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Pénurie d’eau : un casse-tête

Bujumbura : l’eau potable se raréfie alors que la principale source déborde

Pénurie, manque, insuffisance, coupure, …, très difficile aujourd’hui d’avoir un terme approprié pour décrire ce que  vivent les habitants de Bujumbura en ce qui est de l’eau potable. Une situation  incompréhensible au moment où la ville de Bujumbura se trouve au bord du lac Tanganyika, un grand réservoir planétaire d’eau douce. Qu’est-ce qui ne va pas ?

Par Gabriel Sana, Yaga

En 2018, avec une population de plus de 750.000 habitants, la Regideso parvenait à fournir 61.500 m3 par jour sur une demande globale de plus de 110.000 m3

Albert Mbonerane, ancien ministre de l’environnement, trouve que c’est un vrai problème. « Et ce qui dérange, c’est que la Regideso  ne s’exprime pas sur cette situation pour en connaître la cause. » Il signale que pour les régions rurales, on peut peut-être dire que les sources tarissent. « Mais pour la ville de Bujumbura, 80% de l’eau consommée provient du Lac Tanganyika. Est-ce que cela serait lié au manque d’énergie suffisante pour charger les réservoirs ? », se demande-t-il.  D’après cet environnementaliste, une question mérite une réponse de la Regideso : « Quelle est la place du client? Avoir accès à l’eau est un droit humain. »

Des causes internes et externes à la Regideso

I.K, un ancien cadre de la Regideso estime que les causes d’une telle situation sont endogènes et exogènes. D’abord, il parle d’une mauvaise gestion de la Regideso. « En fait, cette entreprise est gérée comme toutes les autres entreprises para étatiques. Un personnel pléthorique, vol, détournement, etc. Et dans ces conditions, c’est impossible qu’une entreprise progresse.»

D’après lui, il suffit de voir le  nombre du personnel qui est de 1200 actuellement voir plus. Et cela entraîne, selon lui, une masse salariale qui dépasse les entrées. A la base de cette augmentation démesurée du personnel se trouve le clientélisme, décortique-t-il : « Des jeunes gens y sont engagés parce qu’ils ont des liens familiaux avec tel ou tel autre cadre, ou parce qu’ils sont membres d’un tel ou tel autre parti politique. »

Il évoque aussi la question de gestion des équipements, du matériel de cette entreprise. Cet ancien cadre de la Regideso rappelle des cas de  vols des câbles, des tuyaux, … qui sont souvent signalés dans cette entreprise. « Et vous allez constater que les auteurs sont des employés de cette entreprise. » Au cours de l’exercice 2021, le ministère des Finances a indiqué que la dette de la Regideso s’élevait à 30 945 421 871 BIF.

Il ajoute aussi la question de la pollution des eaux du lac Tanganyika. « Si je ne me trompe pas, aujourd’hui, ils sont obligés de faire plus de 3 km pour le captage d’eau. Ce qui entraîne des dépenses énormes en ce qui est de l’équipement, du matériel, … » Pour lui, la Regideso devrait installer un ou deux autres points de captage pour bien servir la ville de Bujumbura. « De préférence, un point de captage vers Kabezi serait très utile. Parce que là, l’eau n’est pas polluée. Le sud de Bujumbura serait totalement servi et en permanence.»

Alors que des lamentations fusent de partout, sur le site web de la Regideso, dans sa partie Mission et Vision, on écrit que pour obtenir de l’eau, il suffit d’ouvrir le robinet de nos maisons. 

Et du côté gouvernement, on reconnaît que des problèmes existent mais on n’accepte pas certaines réalités : « Je ne peux pas accepter l’idée qu’il y a certains quartiers à Bujumbura qui peuvent passer toute une semaine sans eau. En vérité, cela n’est pas possible », a déclaré Léonidas Sindayigaya, porte-parole du ministère de l’Hydraulique, de l’Energie et des mines. Il répondait à une question d’un journaliste, lors de la récente émission publique des porte-paroles des institutions à Muramvya. Reconnaissant quand même que la quantité d’eau potable reste insuffisante, il a promis à cette occasion que le gouvernement est à l’œuvre pour augmenter la production en eau potable.

Un nouveau plan qui tarde à produire des effets

Cela fait déjà trois ans qu’un nouveau plan directeur d’alimentation en eau potable en mairie de Bujumbura ait été élaboré par la Regideso, et ce, en collaboration avec le Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Avec un montant de 88 millions de dollars américains, ce plan prévoyait qu’en 2030, la ville de Bujumbura sera suffisamment alimentée en eau potable.

Le même plan indique  qu’en 2020, le réseau d’eau potable en marie de Bujumbura, comportait près de 1000 km de conduits, environs 25 réservoirs, 33 stations de pompage et deux stations de traitement, avec quelques pompes hors services, réduisant ainsi la capacité de certaines stations de pompage.

Avec un déficit de 45%, la Regideso a déjà prouvé son incapacité à satisfaire la demande grandissante en eau potable.

A titre illustratif, en 2018, avec une population de plus de 750.000 habitants, cette entreprise paraétatique parvenait à fournir 61.500 m3 par jour sur une demande globale de plus de 110.000 m3. Donc, elle ne fournissait qu’autour de 55% de la demande.

La Regideso a été créée en 1962. Et le dernier schéma directeur d’alimentation en eau potable datait de 1981 et avait été mis à jour en 1997.

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