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Gitega : des femmes de chambre surexposées à l’exploitation et au harcèlement sexuels

Dans les hôtels et maisons de passage de Gitega, certaines femmes de chambre disent être régulièrement victimes du harcèlement sexuel. Parfois, ces formes de harcèlement virent au viol et agressions sexuelles. Les victimes coincées entre la peur, l’angoisse souffrent en silence à cause de l’absence des mécanismes de dénonciation. Une attitude lourde de conséquences pour les victimes qui demandent à ce que leur vie privée soient respectés pour bannir à jamais ce genre d’abus sexuels.

L’espace hôtelier expose plus que jamais les employées à plusieurs formes de violences basées sur le genre qui vont du harcèlement verbal jusqu’au viol et agressions sexuelles. La rédaction du magazine Jimbere a rencontré certaines femmes de chambre de la capitale politique. Leurs témoignages font froid au dos.  « Avant de venir travailler à Gitega, j’avais entendu dire que les filles employées dans les hôtels étaient confrontées à des tentations sexuelles. Je n’y croyais pas », raconte Denise Barayavuga*, originaire de Ngozi. Arrivée à Gitega en 2022 après ses études fondamentales, section pédagogique, elle a été engagée dans un hôtel où elle s’occupe principalement du turndown service (la préparation des chambres) et de la restauration.

Quelques jours seulement après son arrivée, elle dit avoir reçu sa première proposition à caractère sexuel. Un client venu participer à un atelier de cinq jours lui aurait demandé d’avoir des relations sexuelles avec lui. Denise refuse, mais lui communique son numéro de téléphone.

Le soir même, vers 21 heures, le client l’appelle, prétextant qu’il ne trouve pas de linge (essuie-main) dans sa chambre. Lorsqu’elle le lui apporte, elle quitte rapidement les lieux. Quelques instants plus tard, l’occupant de la chambre rappelle pour demander de l’eau chaude pour prendre une douche. Soucieuse de bien accomplir son travail, elle lui en apporte.

« Quand je suis arrivée, je l’ai trouvé torse nu. Il a fermé la porte. J’ai commencé à avoir peur », témoigne-t-elle. Elle affirme que l’homme aurait alors tenté de la forcer à avoir des relations sexuelles avec lui. Elle menace de crier. Finalement, elle parvient à quitter la chambre, mais Denise ne signale pas l’incident. Ni à ses collègues, ni à son employeur de peur de représailles ou d’être mal perçue par ses collègues.

« J’avais peur que personne ne me croie », explique-t-elle. Elle était également fiancée et craignait les conséquences d’une telle révélation dans son couple et dans sa communauté. Pour elle, dénoncer un homme marié pourrait également avoir des conséquences sur sa famille. « Je conseille aux hommes d’avoir du respect et de rester fidèles, même lorsqu’ils sont loin de leurs épouses », dit-elle.

Des tentatives d’exploitation sexuelle à répétition

Le témoignage de Denise n’est pas isolé. Chacha Kamanzi*, 37 ans, mère de quatre enfants et employée depuis plus de dix ans dans le secteur hôtelier, affirme avoir été confrontée à de nombreuses situations similaires.

Selon elle, les femmes de chambre sont particulièrement exposées en raison de la nature même de leur travail : elles entrent seules dans les chambres, parfois à la demande de clients qu’elles connaissent à peine.

« Dès leur arrivée à la réception, la plupart des hommes demandent le numéro de téléphone personnel. Ils disent qu’ils veulent simplement faciliter les réservations ultérieures. Mais, souvent, c’est le contraire », témoigne-t-elle.

Une fois le numéro obtenu, certains clients appelleraient à différents moments de la journée ou de la nuit pour solliciter des faveurs sexuelles. Il faut vraiment une éducation pour pouvoir échapper à ces tentations. « C’est la croix », déplore-t-elle.

Le problème ne viendrait toutefois pas uniquement des clients. Chacha affirme que certaines femmes de chambre sont également victimes de comportements déplacés de la part de collègues masculins. « Il y en a qui osent venir dans une chambre pendant que je fais le lit et me forcer à coucher avec eux sans mon consentement », affirme-t-elle.

La peur de parler et le risque de perdre son emploi

Pour ces travailleuses, le silence apparaît souvent comme le moyen de préserver leur emploi. Dénoncer un client ou un collègue peut, selon elles, entraîner des représailles, une mauvaise évaluation professionnelle ou même un licenciement. Cette crainte est renforcée par la stigmatisation sociale. Certaines victimes redoutent d’être accusées d’avoir elles-mêmes provoqué la situation ou d’avoir accepté les avances sexuelles.

Les conséquences peuvent pourtant être lourdes. Chacha évoque notamment des grossesses non désirées, le risque d’être contaminées par les maladies sexuellement transmissibles et des enfants dont la paternité reste inconnue. Elle cite le cas d’une jeune femme employée dans une maison de passage proche de son lieu de travail, qui aurait été licenciée après que son employeur eut appris qu’elle était enceinte.

Transformer les normes qui banalisent le harcèlement

Pour prévenir ces situations, la sensibilisation apparaît comme une priorité. Les employées du secteur hôtelier souhaitent la mise en place de plateformes de dialogue, de séminaires et de réunions régulières réunissant les employées, responsables d’hôtels, autorités et acteurs de la protection des droits des femmes. « Nous voulons pouvoir nous exprimer librement et connaître nos droits », explique Chacha.

Ces espaces pourraient contribuer à créer un environnement de travail plus sûr. Car pour ces femmes, travailler dans un hôtel ne devrait pas signifier accepter des avances sexuelles, subir des pressions ou risquer son emploi en refusant une relation.

Ce dossier rédactionnel a été réalisé dans le cadre du projet « Lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles : transformation des normes sociales discriminatoires – TWIRINDE IKUMIRANA II ». Ce projet est exécuté sur financement de l’Union Européenne à travers ONU Femmes Burundi et mis en œuvre par le consortium composé du Collectif des Associations et ONGs Féminines du Burundi (CAFOB) comme Lead, de l’United for Children Burundi Bw’uno Musi (UCBUM) et du Forum National des Femmes (FNF). Ainsi, le CAFOB apporte un soutien financier à la concrétisation de l’initiative médiatique de promotion du genre mise en œuvre par le magazine Jimbere.

* Les noms ont été modifiés afin de protéger l’identité des personnes témoignant de faits sensibles.     

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