Au Burundi, les citoyens participent à l’identification et à la priorisation des besoins devant guider les projets de développement communal. Pourtant, dans plusieurs communes, des habitants déplorent le faible niveau de réalisation des projets proposés, notamment dans les secteurs de l’eau, des infrastructures et de la transformation agricole. Entre insuffisance des moyens, priorités qui évoluent et difficultés de gestion, l’écart persiste entre les besoins exprimés et les réalisations sur le terrain.
Au Burundi, les plans de développement communal sont élaborés à partir des besoins exprimés par la population, de la colline à la commune. Ce processus participatif permet d’identifier et de prioriser les actions à mener dans l’intérêt public. Cependant, sur le terrain, dans certaines communes, la mise en œuvre des projets proposés reste peu visible.
Lors d’un débat multiplex organisé par LaBenevolencija le 30 juin 2026, consacré à la politique d’investissement dans les projets de développement des communes au Burundi et tenu dans la commune de Muyinga, il a été révélé que les citoyens jouent un rôle important dans le choix des projets prioritaires à mettre en œuvre dans leurs communes.
« L’élaboration des plans de développement repose sur un document de planification conçu en étroite collaboration avec la population. Dans ce processus, les citoyens sont consultés afin d’exprimer leurs besoins, leurs préoccupations ainsi que les actions susceptibles de favoriser leur développement », indique Amédée Misago, administrateur de la commune de Muyinga.
Il précise que les propositions recueillies sont ensuite centralisées au niveau des zones, où une première priorisation est effectuée afin d’identifier les besoins les plus urgents. Celles-ci sont par la suite transmises à l’échelon communal. Au niveau de la commune, un comité chargé de l’analyse examine ces propositions afin de définir les actions à entreprendre. Ce comité regroupe des représentants des zones, des membres de la société civile ainsi que des responsables des confessions religieuses.
Selon lui, les secteurs généralement considérés comme prioritaires sont les infrastructures publiques, les routes, l’électricité, l’approvisionnement en eau, l’éducation, notamment la construction d’écoles, la santé, avec la construction de centres de santé et d’hôpitaux, ainsi que l’agriculture et l’élevage.

Le représentant de l’OLUCOME au débat, Arthémon Muntunutwiwe, affirme que, conformément aux textes légaux régissant les communes, l’élaboration des projets de développement doit se faire avec la participation des différents partenaires, notamment de la société civile. « Selon le Programme national de développement (PND) révisé, la Constitution et la vision du pays, les besoins doivent d’abord être exprimés par les citoyens au niveau des collines avant l’élaboration du document de planification », ajoute-t-il.
Il déplore toutefois que certaines autorités communales planifient des projets sans consulter la population et que la société civile ne soit pas toujours associée. Il regrette également que les représentants de l’OLUCOME ne soient pas systématiquement invités dans certaines communes, comme Muyinga, alors que l’organisation est présente dans toutes les provinces et communes.
« Les groupes de jeunes, de femmes, de personnes handicapées ainsi que d’autres catégories sociales doivent également être impliqués », souligne-t-il. Selon lui, c’est l’administrateur communal qui met en place une équipe chargée d’analyser et de hiérarchiser les priorités afin de retenir les actions les plus urgentes, réalisables et adaptées aux attentes de la population.
Par ailleurs, dans certaines communes, les représentants de la société civile sont invités à contribuer à ce processus, y compris à des niveaux supérieurs à celui de la commune. Néanmoins, le représentant de l’OLUCOME rappelle que toutes les communes devraient systématiquement associer la société civile.
La pénurie d’eau, principale préoccupation dans plusieurs communes
La pénurie d’eau se pose dans plusieurs communes du pays. En saison sèche, la situation s’aggrave : l’eau n’est disponible que deux à trois fois par semaine. Les habitants parcourent de longues distances, font face à de longues files d’attente et doivent supporter le coût élevé d’un bidon.
Dans la commune de Cibitoke, les habitants affirment être contraints d’utiliser des eaux salées. Ils dénoncent un manque d’eau potable depuis plus d’un mois dans certains quartiers et sur certaines collines. « Face à cette situation, nous avons recours à des eaux appelées “amajoro”, contenant du sel, utilisées pour les besoins domestiques mais impropres à la consommation », témoignent-ils.
La situation de pénurie d’eau se présente également dans la commune de Muyinga, comme le précise l’administrateur communal. Selon Aline Manirabarusha, ancienne gouverneure de la province de Muyinga, ce problème persiste depuis longtemps. Elle indique que, pour y faire face, la province, en collaboration avec SOGEA-SATOM, a contribué à l’approvisionnement en eau de la ville de Muyinga.
Pour améliorer la situation, certaines autorités communales ont prévu des budgets destinés à renforcer l’approvisionnement en eau dans les zones les plus touchées.
« Environ 100 millions de francs burundais sont prévus dans le budget annuel 2026-2027 pour le secteur de l’eau », indique Eloge Ajeneza, administrateur de la commune de Cibitoke. Il ajoute qu’un projet de 70 km de réseau est en cours, en partenariat avec PASELEC, ainsi que des discussions autour du projet Rusizi III pour améliorer durablement l’approvisionnement.
De son côté, Amédin Misago indique que la commune de Muyinga a prévu 178 500 000 FBu pour ce secteur. L’Etat envisage également d’investir dans les communes, avec un financement de 4 millions de dollars pour Muyinga.
D’autres besoins exprimés selon les communes
Outre la pénurie d’eau, les citoyens expriment d’autres besoins en fonction des spécificités de chaque commune. Dans les communes de Rumonge et de Gitega, les cultivateurs de fruits demandent l’installation d’une entreprise de transformation, à la suite de la perte de débouchés pour leurs récoltes.
Masumbuko Bernard, président de l’association BAGEA des cultivateurs de manguiers, indique que l’association exploite 12 hectares avec une centaine de manguiers, mais fait face à un manque de marché.
Ntamavukiro Issa Juma souligne qu’auparavant, les produits étaient vendus au Rwanda, en RDC et à Bujumbura, mais que ce n’est plus le cas aujourd’hui. Il demande à l’Etat ou aux investisseurs d’installer des usines de transformation de jus afin de valoriser la production locale.
De même, les habitants de la colline Murayi, dans la zone de Giheta, en commune de Gitega, dénoncent les pertes enregistrées dans la commercialisation des avocats depuis la fermeture de l’entreprise « TWITEZIMBERE », spécialisée dans leur transformation en huile. « L’entreprise nous garantissait des revenus importants : un sac d’avocats pouvait atteindre 100 000 FBu, contre à peine 15 000 FBu aujourd’hui », témoignent-ils.
Des projets restent en attente malgré la participation citoyenne

Dans la commune de Ngozi, les habitants affirment participer à la planification des projets en exprimant leurs besoins, mais regrettent que certains projets ne soient pas réalisés. Selon Amédée Misago, ces manquements s’expliquent par l’insuffisance des moyens financiers prévus dans le budget annuel ou par des urgences qui viennent perturber les priorités. Il précise que tous les projets proposés ne peuvent pas être réalisés et que seuls les plus urgents sont exécutés.
De son côté, Arthémon Muntunutwiwe évoque des défaillances dans l’exécution des marchés publics, des cas de mauvaise gestion et l’utilisation de reçus non officiels par certains collecteurs de taxes. Il appelle les administrations communales à renforcer le contrôle de leurs agents.
Pour corriger ces insuffisances, des évaluations sont menées et des mesures disciplinaires sont prises, selon Amédin Misago.
Abraham Niyongabo, responsable de l’action et de la mobilisation des fonds au ministère de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique, rappelle que les communes disposent du pouvoir de collecter des impôts et taxes, renforcé par une loi révisée. Il souligne également que le découpage administratif, qui a réduit le nombre de communes de 119 à 42, a accru leurs besoins.
Il précise qu’en principe, 40 % des recettes communales doivent être consacrés aux projets de développement et que l’Etat apporte également un appui financier aux communes. Il conclut en indiquant qu’un système d’évaluation permet de suivre la mise en œuvre des projets au début, en cours et à la fin, avec des rapports trimestriels pour chaque commune.




