Mairie Bujumbura: les citadins dans la désolation
Plusieurs quartiers de la municipalité de Bujumbura font face à des pénuries récurrentes d’eau potable. Certains viennent de passer des semaines voire des mois sans une goutte d’eau dans leurs robinets. Les habitants alertent et exhortent la Regideso à agir.
Par Jérémie Misago, Iwacu

Il est midi vendredi 22 septembre au quartier Muyaga, zone urbaine de Gihosha, commune Ntahangwa. Ce quartier de la périphérie de la ville fait face à un manque criant d’eau potable. Des robinets sont à sec depuis plusieurs semaines. Des domestiques et autres habitants font des navettes à la recherche de l’eau. C’est leur quotidien. Au moment où le choléra refait surface en mairie de Bujumbura, la population est dans le désarroi. « Pour la prévention, on a besoin d’eau potable pour se laver les mains et faire l’hygiène dans les ménages. Mais, tout cela n’est pas possible au moment où nous passons trois semaines sans eau potable. On nous a tout simplement abandonné », se lamente une habitante de ce quartier Muyaga.
Selon elle, les habitants de ce quartier doivent sillonner différents quartiers à la recherche d’eau potable : «Nous achetons un bidon à 1000 BIF ». Elle prévient que plusieurs familles risquent d’être victimes de choléra, si la Regideso ne distribue pas immédiatement d’eau potable dans cette localité : « L’hygiène n’est plus possible dans une telle situation. Impossible d’assurer l’hygiène d’une toilette à siège avec seulement 10 litres d’eau pendant toute la journée. Il faut s’attendre au pire ».
Selon Protais Ndayisaba, chef de cellule de Muyaga, certains habitants de cette localité font recours à des eaux insalubres des rivières, ce qui est parmi les causes du choléra. Il confie que certains robinets publics ne fonctionnent plus depuis presque une année : « Les robinets opérationnels sont secs. Des familles disposant des robinets dans les ménages n’ont pas aussi d’eau. C’est une désolation totale pour plus de 1 000 familles habitant dans ce quartier ».
Les habitants se rabattent sur l’eau des rivières
La pénurie est également très prononcée dans les quartiers Taba, Nyabagere, Winterekwa. Dans le quartier Taba, cellule V, la situation est déplorable. « Aucune goutte d’eau depuis bientôt deux semaines. L’eau potable est aussi rare que l’or », décrit A.B., un habitant de la localité. Ce père de six enfants indique que leur santé est en danger : « Nous craignons pour notre santé et celle de nos familles. Il y a un risque élevé de résurgence des cas de maladies des mains sales. Malheureusement, le constat est que la réponse n’est pas pour demain. Aujourd’hui, au lieu de se concentrer sur l’eau, voilà que la Regideso sert du carburant. Une mission qu’elle remplit difficilement. » Et ce taximan d’ajouter : « Chaque jour, j’utilise 10 bidons de 20 litres. Cela équivaut à 5.000 BIF par jour. » Or, souligne-t-il, dans les conditions normales, cet argent aurait été utilisé pour satisfaire d’autres besoins.
La rivière Nyabagere est devenue une source d’approvisionnement. Selon les habitants, l’eau de cette rivière est sale mais, ils n’ont pas d’autres choix. Pour ceux qui n’ont pas d’argent, ils utilisent l’eau de la rivière Nyabagere pour la cuisson, le nettoyage, la lessive. Les enfants en boivent avec le risque d’attraper les maladies des mains sales. Il y a une autre catégorie de gens qui est obligée de parcourir de longues distances (environ 3km) pour transporter de l’eau sur la tête, les vélos ne circulant pas dans le quartier.
Avec la rentrée scolaire, la situation est insupportable dans les écoles. Les élèves et le personnel de certains établissements sont dans le désarroi. L’Ecole fondamentale Nyabagere I, Gasenyi I et L’Ecole fondamentale Winterekwa sont durement touchées. Dans les toilettes, ils utilisent l’eau puisée dans la rivière Nyabagere. Cette situation inquiète plus d’un, car il y a beaucoup d’élèves qui ont besoin d’eau potable tout le temps et en quantité suffisante.
Même situation en zone Kamenge de la commune Ntahangwa. « Nous n’avons pas d’eau, que ce soit dans les robinets publics ou dans les ménages. Pour en avoir, nous devons aller dans les quartiers Gikizi ou Heha », témoigne Jeanne Ndayisaba, une habitante du quartier Mirango I, zone Kamenge. Cette situation vient de durer plusieurs semaines. Elle précise que pour un bidon de 20 litres, on doit débourser 100 BIF. Et quand on utilise un taxi-vélo, détaille-t-elle, tu dois donner 500 BIF pour un seul bidon. Pour une seule journée, elle indique qu’elle dépense entre 6.500 BIF et 7.000 BIF. Pour d’autres services liés à l’hygiène, les habitants se rabattent sur les eaux souterraines. « Beaucoup de familles ont creusé des puits. On y puise de l’eau qui n’est pas propre. Mais, on l’utilise pour le lavage des ustensiles de cuisine, les toilettes, etc. »
Les quartiers des zones Cibitoke et Ngagara sont également concernés. Pour certains, l’eau est disponible seulement pendant la nuit et dure moins de 30 minutes. Cette pénurie d’eau potable a un impact négatif sur le business. Les propriétaires des cabarets et des restaurants ne savent plus à quel saint se vouer. Ils s’approvisionnent en eau potable dans les autres quartiers moyennant de l’argent.
Les quartiers du centre de la mairie de Bujumbura enregistrent moins de pénuries d’eau. Il s’agit notamment des quartiers des zones Nyakabiga, Bwiza et Rohero. Dans ces localités, il peut y avoir des coupures d’eau potable mais très rarement selon les témoignages des habitants. « Nous ne sommes pas totalement épargnés de cette problématique mais, nous sommes moins impactés », explique un habitant du quartier Nyakabiga.

Les quartiers sud de Bujumbura ne sont pas épargnés
Il est 10 h 30 min ce lundi 25 septembre à Musaga, au sud de la ville de Bujumbura. Le robinet public de la 1ère avenue est à sec. Certains usagers attendent le retour d’eau et ils ont déjà aligné leurs bidons par ordre d’arrivée. Pour eux, c’est le calvaire de tous les jours depuis presque deux mois. Un bidon de 20 litres est vendu à 50 BIF sur le robinet et à 500 BIF s’il est livré à la maison. D’après eux, ils sont obligés de se rendre à Gasekebuye pour trouver de l’eau potable. Comme conséquence, des domestiques abandonnent le travail. Ils n’acceptent pas de parcourir de longues distances car c’est très fatigant pour eux.
C’est la même situation à la 2ème avenue, les robinets sont également à sec. Des fois, l’eau revient durant la nuit vers 2 heures du matin. A la 3ème avenue par contre, l’eau du robinet public coule 24h/24h. Seulement, la quantité se réduit de temps en temps. Ce robinet est alors envahi par beaucoup d’habitants de la zone. « Il y a même des gens qui viennent en voiture pour puiser ici. Du coup, les files d’attente deviennent longues », témoigne un habitant de Musaga.
Même son de cloche pour un domestique du quartier Kinanira II qui dit être fatigué à parcourir plusieurs quartiers pour chercher de l’eau potable dans des bidons.
Les habitants du quartier Kizingwe de la zone Kanyosha, au sud de la ville de Bujumbura, vivent depuis plus d’une semaine sans eau potable. La pénurie semble s’éterniser. Ils craignent pour leur santé et demandent à la Regideso de résoudre ce problème avant qu’il y ait irruption des maladies liées au manque d’hygiène.
«Les cyclistes font du business avec leurs vélos et vendent de l’eau dans le quartier. Un bidon de 20 litres s’achète entre 1000 à 1500 BIF. Ce n’est pas tout le monde qui peut s’en procurer. Faute de moyens, certains habitants utilisent les eaux des rivières », déplore J.M. résidant du quartier de Kizingwe.
Les habitants de la mairie de Bujumbura invitent les autorités compétentes à trouver des solutions à cette problématique qui menace la santé des citadins.




