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Politique de la sécurité sociale au Burundi

Pension de retraite : Quid de la concrétisation de la volonté du chef de l’Etat ?

Gaspard Kobako : « Pourquoi les ministères sectoriels concernés ne s’exécutent pas ? » 

La promesse du Président de la République envers les retraités tarde à se concrétiser. Ces derniers fustigent le temps mis pour sa mise en application. Les ministères sectoriels concernés devraient se mettre à l’œuvre pour établir les retraités dans leurs droits.

 « Il y a lieu de se poser plusieurs questions sur ce qui bloque la mise en application de la promesse du chef de l’Etat. Pourquoi les ministères sectoriels concernés ne s’exécutent pas  », s’interroge Gaspard Kobako, parti à la retraite au mois de juin 2023.

Pour lui, les ministères sectoriels concernés devraient se mettre à l’œuvre pour établir les retraités dans leurs droits. « En principe, la parole du président de la République à force de loi, tout comme les conventions collectives tiennent lieu de loi envers les personnes qui les ont mises en place », indique-t-il. Et de préciser même que le décret en rapport avec le déblocage de la pension de retraite a été déjà signé.

« Les fonctionnaires qui ont été mis en retraite à partir du mois de juin l’ont été d’une façon surprenante. Ils sont partis sans qu’ils aient les lettres de mise retraite. Et le manque de ces documents a retardé le traitement de nos dossiers au niveau de l’ONPR », s’indigne-t-il.

« J’ai salué la mesure espérant des lendemains qui chantent. Mais la volonté politique du président de la République peine à se concrétiser », se désole N.B, mis à la retraite au mois de janvier 2020. Il espérait l’amélioration de ses conditions de vie durant sa vie de retraite.

 Même désolation du côté de Gérard, magistrat mis en retraite à partir de 2021. Il s’indigne du retard mis dans la mise en application du décret présidentiel. « La situation est préoccupante. La vie devient intenable », se lamente-t-il.

Les défis ne manquent pas

Les fonctionnaires mis en retraite à partir du mois de juin évoquent toute une panoplie de problèmes auxquels ils font face. « Nous éprouvons des difficultés à se faire soigner et payer les frais scolaires pour nos enfants, surtout pour ceux qui n’ont pas encore eu les décisions de mise à la retraite et de mise à jour de leur carrière », déplore Gaspard Kobako. Cet ancien cadre du ministère de l’Education évoque les difficultés de rembourser les crédits contractés auprès des banques et autres institutions financières.

Ces dernières, fait-il savoir, ont déjà commencé et continuent à calculer les intérêts de retard. « Nous ne pouvons plus aussi bénéficier de nos épargnes et les intérêts y afférents dans les différents fonds », déplore M. Kobako.

Il faut le respect de la loi

Mêmes lamentations du côté des syndicalistes qui fustigent le retard dans la mise en application de la promesse du chef de l’Etat. Ils épinglent aussi le non-respect de la loi pour les retraités de 2023.

« Ils n’ont pas été préalablement avertis comme la loi le prévoit. Ils sont partis sans les lettres de mise en retraite. Ils ont dû passer quatre mois sans toucher leur pension de retraite. Les conséquences sont fâcheuses », se lamente Antoine Banuma, président de la Fédération nationale des syndicats du secteur de l’enseignement et de l’éducation du Burundi (Fnaseeb).

« En vue de mettre en œuvre cette volonté politique, des réunions techniques d’analyse de sa faisabilité ont abouti à la proposition d’amendement de certaines dispositions du code de la protection sociale, et partant, la mise en place d’un décret d’application », informe Mélance Hakizimana, président de la Fédération nationale des syndicats du secteur de la santé (Fnss). 

D’après lui, les deux instruments juridiques à eux seuls ne suffisent pas. Il faut aussi le budget y relatif qui doit être prévu par rapport à cette déclaration du Chef de l’Etat car, tient-il à préciser, cela génère une augmentation budgétaire complémentaire au niveau des organismes de sécurité sociale.

 « Les ministères ayant les Finances et la Protection sociale dans leurs attributions devraient alors prendre cette déclaration comme une priorité et prévoir annuellement le budget y relatif en vue de sa mise en œuvre ».

 Et d’ajouter qu’aucune loi budgétaire ne devrait passer au Conseil des ministres pour aller au Parlement sans qu’une ligne budgétaire d’alimentation de son projet soit incluse.

« Le blocage se trouve dans cette même volonté politique parce que le Conseil des ministres est en même temps le tenant et l’aboutissant du dossier, contrairement à ce que certains peuvent penser que c’est l’INSS et l’ONPR qui bloquent le déclenchement du processus », conclut-il.

Des pistes de solutions

Gaspard Kobako constate une disparité entre les institutions de sécurité en l’occurrence l’ONPR et l’INSS quant à l’octroi des pensions de retraite. « Il faut l’harmonisation dans l’octroi des pensions, entre les institutions de sécurité sociale, ONPR et INSS, pour peu que les concernés aient presté à la fonction publique et dans les structures étatiques », recommande-t-il.

Pour lui, les pensions devraient être dénuées de toute charge car, souligne-t-il, elles sont destinées au repos de ceux qui ont atteint leurs limites d’âge, en raison aussi de leur vulnérabilité. Et de marteler : « Il faut donc les accompagner dignement pour avoir servi la République ».

M. Kobako suggère aussi la résolution rapide et pacifique de la question des retraités, en leur octroyant leur dû, par la mise en place d’un ou des médiateurs impliquant les concernés et les syndicats.

De son côté, M. Hakizimana suggère aux ministères des Finances et celui de la Protection sociale de prendre la parole d’honneur du chef de l’Etat comme une priorité nationale pour honorer sa volonté politique et prévoir annuellement le budget de sa mise en œuvre.

Il recommande au gouvernement de mettre en place une commission technique chargée de proposer les stratégies de mise en place de fonds de pérennisation de la réforme de pension de retraite.

Par Félix Haburiyakira, Iwacu

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