Zones d’ombre autour d’une annonce
Depuis l’annonce du Ministre Dukundane, Des citadins demandent à l’Etat de prendre d’abord des mesures pour réduire l’inflation et booster la croissance économique.
Par Egide Harerimana, Iwacu

« Nous allonsrépertorier toutes les parcelles qui n’ont pas été exploitées valablement dans la ville de Bujumbura, du centre jusqu’aux quartiers périphériques et industriels pour qu’elles soient octroyés aux investisseurs burundais, aux membres de la diaspora et aux étrangers qui veulent investir dans le pays pour le développement du pays », a indiqué Dieudonné Dukundane, ministre des Infrastructures, de l’Equipement et des Logements sociaux.
Ainsi, il a appelé tous les propriétaires des parcelles dans la ville de Bujumbura à commencer par la commune Mukaza de se présenter à la direction de l’urbanisme au ministère des Infrastructures pour voir le plan directeur de l’image de la ville les 16 ans prochains.
« Dans ce mois d’août, tout propriétaire de parcelle doit amener au ministère un calendrier des travaux de construction et son plan pour se conformer à schéma directeur de la ville de Bujumbura dans les 15 prochaines années. Pour celui qui ne le fera pas, on comprendra qu’il n’est pas capable d’exploiter valablement sa parcelle. Cette dernière lui sera retirée pour être donnée à ceux qui disposent les moyens pour bien l’exploiter », a-t-il martelé.
En outre, il a fait savoir que son ministère vadésormais suivre de près la vente et l’achat des parcelles dans les villes. Concernant l’octroi des parcelles dans les villes, Dieudonné Dukundane fait savoir que les investisseurs et les hommes d’affaires qui veulent implanter des usines dans le pays doivent être prioritaires pour faciliter leurs activités.
Pour lui, on ne peut pas devenir un pays émergent en 2040 et développé en 2060, quand des constructions en milieu urbain « apparaissent encore comme des huttes ».
Avis partagé par le premier ministre Gervais Ndirakubuca. Pour lui, les habitants de la ville de Bujumbura doivent se préparer en conséquence pour se conformer au plan d’aménagement de cette ville conformément à l’image du Burundi à l’horizon de 2040 et 2060. « L’image de la ville doit changer. Il y a des constructions qui ne méritent pas d’être dans cette ville de Bujumbura. Il faut élaborer des plans architecturaux pour que toutes les constructions s’y conforment. Celui qui ne sera pas capable devra trouver un autre endroit correspondant à ses moyens », a indiqué le premier ministre, ce 13 août 2023, lors d’une rencontre avec les natifs de la nouvelle province de Bujumbura.
Une mesure qui fait penser à un plan d’expropriation
Certains habitants de la ville de Bujumbura s’indignent contre la mesure annoncée par le ministre des Infrastructures. Pour eux, le gouvernement devrait plutôt penser à trouver des solutions à la « crise économique » que traverse le pays. Pour d’autres, la mesure visant à assainir l’image de la ville de Bujumbura est salutaire. Ils appellent au ministre des Infrastructures de donner des éclaircissements pour que la population comprenne le bien-fondé de cette mesure.
Selon A.T., propriétaire d’une parcelle dans la zone urbaine de Kanyosha, cette mesure fait penser à une expropriation des parcelles appartenant aux habitants aux moyens limités pour les octroyer aux hommes d’affaires burundais et étrangers.
Il rappelle que la propriété est sacrée dans la culture burundaise. Pour lui, faire de la ville de Bujumbura une ville moderne est une bonne chose : « Mais il faut penser comment aider les propriétaires des parcelles à faibles moyens à se conformer au plan plutôt qu’envisager une expropriation, car cela créera un malaise dans la population ».
Ainsi, il appelle le ministère des Infrastructures à vulgariser d’abord ce plan d’urbanisation 2040 et donner suffisamment du temps aux propriétaires des parcelles à planifier comment s’y conformer avant de présenter leurs plans de construction au ministère de tutelle après une année.
Pour un autre propriétaire d’une parcelle dans la zone urbaine de Bwiza, il faut que le gouvernement prenne des mesures adéquates pour la croissance économique avant d’obliger la population à construire des maisons en étage : « L’inflation devient de plus en plus galopante. Pour le moment, il est difficile de subvenir aux besoins fondamentaux de la famille. La pauvreté fait rage dans différentes familles en mairie de Bujumbura. Où trouvera-t-on les moyens pour construire ces maisons exigées par l’Etat ? ».
Il appelle à l’Etat de trouver la solution aux problèmes actuels notamment la pénurie de différents produits de première nécessité, la carence des devises et le chômage.
Concernant ce plan d’urbanisation de la ville de Bujumbura à l’horizon de 2040, il estime que le ministre des Infrastructures n’a pas donné des explications suffisantes pour comprendre le contenu de ce plan. Et de lui exhorter de lever des zones d’ombre de sa récente annonce.
Anicet Habarugira, habitant de la zone urbaine de Gihosha, apprécie le plan annoncé par le ministre des Infrastructures : « La ville de Bujumbura a été construite pendant des années dans un désordre. Dans différents quartiers, on y trouve des maisons qui ne méritent pas d’être dans la capitale économique. Il est vraiment temps qu’on prenne des mesures pour avoir une ville semblable à d’autres capitales dans la région ».
Il appelle au ministre de commencer par imposer ce plan dans le centre-ville. Et de déplorer que dix ans après l’incendie qui a ravagé le marché central de Bujumbura, tous les déchets restent enfermés en place : « Il faut commencer par construire un centre commercial dans la place qui abritait le marché central. Toutes ces galeries, magasins et boutiques construits en désordre doivent être détruits. On a besoin d’un centre-ville où on ne voit que des gratte-ciels ».
Cependant, il doute de la faisabilité de ce plan d’urbanisation 2040. Il regrette que le plan directeur innovant de la ville de Bujumbura vision 2045 n’ait pas encore été mis en œuvre. Et d’appeler le gouvernement du Burundi à commencer par l’évaluation de ce plan ainsi que des raisons derrière l’échec de sa mise en œuvre.
Quid du plan directeur innovant de la ville de Bujumbura, vision 2045 ?
Approuvé en 2014 et lancé en novembre 2017 par feu président Pierre Nkurunziza, le plan directeur innovant de la ville de Bujumbura et ses environs, vision 2045, vise à développer la ville de Bujumbura selon les tendances d’implantation et de démographie de la ville, les capacités infrastructurelles et les priorités locales.
Selon ce plan, la ville de Bujumbura doit s’étendre, jusqu’en 2045, sur trois provinces dont la mairie de Bujumbura, certaines communes des provinces Bujumbura et Bubanza, avec une superficie de 913 km2. Le nord ayant pour centre Gihanga servira de la zone agricole et industrielle, le centre sera réservé à l’administration et au commerce alors que le sud sera consacré au tourisme.
La mise en œuvre de ce plan permettra que la population citadine s’élève à plus de 4 millions en 2045, avec une projection d’environ 4 mille habitants/ km2. Ce plan vise aussi à faire de Bujumbura un carrefour commercial de la région des Grands Lacs et de la Communauté est-africaine (EAC).
Pour la réalisation de ce plan directeur innovant de la ville de Bujumbura, le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) a octroyé un financement de plus de 2 millions de dollars américains. Les travaux de cette étude ont été confiés à Singapore Corporation Enterprise (SCE).




