Dans la commune de Mpanda, en province de Bujumbura, l’abandon scolaire demeure une préoccupation majeure. Entre précarité des ménages, grossesses précoces et manque d’encadrement familial, de nombreux enfants quittent encore prématurément l’école, compromettant leur avenir.
Mardi 21 avril 2026. À l’École fondamentale (ECOFO) Gifurwe I, les chiffres illustrent l’ampleur du phénomène. Sur 187 élèves inscrits en 7ᵉ année pour l’année scolaire 2025-2026, 27 ont déjà abandonné en l’espace de quelques mois seulement. Parmi eux, 19 sont des filles.

Derrière ces chiffres se cachent des réalités souvent difficiles. Ndayishimiye Jeannette, ancienne élève de 5ᵉ année, témoigne d’un parcours marqué par la précarité : « Nous vivions dans des conditions très difficiles. À la maison, il n’y avait pas de moyens pour acheter le matériel scolaire ni même de quoi manger correctement. J’ai été obligée d’arrêter. Aujourd’hui, je le regrette en voyant mes anciens camarades poursuivre leurs études. »
Comme elle, plusieurs enfants se retrouvent contraints d’abandonner l’école non pas par manque de volonté, mais en raison de conditions de vie défavorables. Jeannette lance un appel à ceux qui sont encore sur les bancs de l’école : « Ceux qui ont la chance d’étudier doivent s’accrocher. Abandonner l’école, c’est compromettre son avenir. »
L’administration scolaire tente de régler la situation, mais se heurte à des limites…
Du côté de l’administration scolaire, le constat est sans équivoque. Le directeur de l’ECOFO Gifurwe I, Fidèle Ntacombonye, évoque une combinaison de facteurs à l’origine de ces abandons :« La pauvreté reste la principale cause. À cela s’ajoutent les conflits familiaux, les maladies et parfois le manque de suivi parental. »
Il souligne également une difficulté particulière observée en 7ᵉ année : « Le passage de la 6ᵉ à la 7ᵉ année s’accompagne d’un changement de programme. Certains élèves trouvent les cours plus complexes et finissent par se décourager. »
Pour faire face à cette situation, l’établissement tente de suivre les élèves jusque dans leurs familles afin de comprendre les raisons de leur décrochage et, dans la mesure du possible, les ramener à l’école. Toutefois, ces efforts restent limités face à l’ampleur du problème.
Le directeur plaide pour des réformes structurelles, notamment l’adaptation des programmes scolaires au niveau des élèves et l’amélioration des conditions de travail des enseignants. Il insiste également sur le rôle central des parents : « Les parents doivent s’impliquer davantage dans le suivi de leurs enfants. »
Les autorités locales tirent la sonnette d’alarme
Au niveau communautaire, les autorités locales partagent les mêmes préoccupations. Le chef de la colline Gahwazi, Donatien Niyonkuru, confirme que la pauvreté des ménages constitue le principal facteur d’abandon scolaire. Mais il met aussi en lumière d’autres réalités sociales préoccupantes.

Selon lui, certains conducteurs de motos, communément appelés motards, jouent un rôle négatif dans la déscolarisation des jeunes filles : « Des filles sont attirées par des promesses faciles. Elles tombent dans des pièges qui se terminent souvent par des grossesses non désirées. »
Il évoque également l’influence de jeunes venus d’autres localités, ainsi que la montée de comportements à risque chez certains enfants, notamment ceux qui passent beaucoup de temps à regarder des films au détriment de leurs études.
Face à cette situation, des mesures ont été prises au niveau local, notamment la régulation des horaires d’ouverture des salles de projection de films, désormais autorisées à fonctionner à partir de 15 heures.
Le chef de colline met en garde contre les conséquences de l’abandon scolaire : « Lorsqu’un enfant quitte l’école, il devient plus exposé à la délinquance. On observe une augmentation des vols dans les ménages et des accidents liés à certaines activités dangereuses, comme l’extraction de pierres dans les rivières. »
Dans le domaine de la santé communautaire, le constat est similaire. Ndayitegeyamashi Antoinette, agente de santé communautaire, souligne que le phénomène prend de l’ampleur : « Nous observons de plus en plus d’enfants qui abandonnent l’école. Les causes principales sont la pauvreté, les grossesses précoces et le manque d’encadrement familial. »

Elle insiste sur le fait que les filles restent les plus vulnérables, souvent victimes de manipulation et de séduction, notamment de la part de certains adultes.
Pour y remédier, confie-t-elle, des campagnes de sensibilisation sont menées en collaboration avec les autorités locales et les organisations communautaires, afin d’encourager les enfants à retourner à l’école et de responsabiliser les parents.
Elvis Nshimirimana




