Voyage au cœur des universités de Pékin et de Hebei, où la langue de Ntare Rushatsi forge les ambassadeurs de demain. – Par Bankuwiha Etienne, Sinologue burundais, Doctorant à l’Université de Nanjing
En ce mois de mai 2026, alors que le Burundi assume la présidence tournante de l’Union africaine et que nous célébrons la Journée de l’Afrique, l’enseignement du kirundi en Chine connaît un essor sans précédent. Cette année revêt une signification toute particulière : 2026 a été désignée Année des échanges humains sino-africains. De la rigueur académique de Pékin à l’innovation technologique du Hebei, découvrez comment notre langue nationale devient un pilier de la diplomatie éducative et culturelle entre l’Empire du Milieu et le Pays du Tambour.

L’histoire de l’enseignement des langues africaines en Chine remonte aux années 1960. Cependant, pour le Kirundi, tout commence véritablement en 2016 lorsque l’Université des Études Étrangères de Beijing (BFSU) dépose une demande historique auprès du ministère de l’Éducation. En mars 2017, la réponse tombe : le Kirundi devient officiellement une filière universitaire enregistrée sous le numéro 050293T.
Cette reconnaissance n’est pas fortuite. Elle fait écho à l’introduction du Chinois au Burundi via l’Institut Confucius en 2012. Comme l’observait l’ancien Ambassadeur Li Changli, cette réciprocité permet aujourd’hui de former des diplomates chinois capables de dialoguer directement avec le cœur du peuple burundais.
BFSU et HISU : Deux trajectoires, une mission commune
Depuis les premiers cours lancés en 2019, deux institutions phares portent ce flambeau avec des approches complémentaires.
À BFSU (Pékin), pionnière du département, selon les différentes annonces officielles, le Kirundi est souvent jumelé au Kinyarwanda. Le programme est exigeant : six heures de cours hebdomadaires (souvent le soir et le week-end) pour des étudiants issus de filières variées comme la diplomatie, le droit ou l’économie. Bien que l’immersion linguistique au Burundi soit inscrite au programme, le défi actuel reste de multiplier les échanges directs pour parfaire la pratique des étudiants.
À l’Université des Langues Étrangères du Hebei (HISU), l’approche est révolutionnaire. Le Kirundi y est intégré comme matière obligatoire dans certains cursus de pointe, notamment en informatique. Ici, les classes comptent entre 40 et 50 étudiants, avec un volume horaire allant jusqu’à 12 heures par semaine. HISU mise sur l’authenticité en recrutant directement des professeurs burundais natifs, garantissant ainsi une maîtrise parfaite de l’accent et de la culture.
Innovation numérique : Quand le Kirundi rencontre les TIC

L’innovation est au cœur de l’apprentissage au Hebei. En mars 2024, une compétition intitulée « Multiculturalisme, bâtir un pont linguistique » a démontré que le Kirundi peut s’allier aux technologies de l’information. Des étudiants chinois ont développé des applications mobiles de vocabulaire et des supports numériques pour faciliter l’étude de la langue.
Pour un lecteur burundais, voir sa langue maternelle, pilier de sa souveraineté culturelle, faire l’objet de telles innovations technologiques est une source de grande fierté. C’est la preuve que le Kirundi a franchi les océans pour devenir une langue d’avenir, de science et de prestige.
Un leadership burundais sur la scène internationale
En ce mois de mai 2026, alors que le Burundi assure la présidence de l’Union africaine, l’enseignement du kirundi en Chine prend une dimension hautement stratégique. Cette dynamique s’inscrit pleinement dans l’Année des échanges humains sino-africains, cadre idéal pour renforcer la coopération culturelle entre nos pays. Pour pérenniser ces efforts, une collaboration plus étroite entre les universités chinoises et le gouvernement burundais est nécessaire, afin de standardiser les manuels et les méthodes pédagogiques.
Le respect passe par le verbe. Lorsqu’un étudiant chinois accueille un diplomate burundais par un chaleureux « Amahoro » ou un « Urakomeye ? », il ne fait pas que pratiquer une langue : il honore une nation et son histoire.
Conclusion : les Ambassadeurs du Cœur
En cette Année des échanges humains sino-africains, ces jeunes Chinois sont bien plus que des étudiants ; ils sont les nouveaux bâtisseurs de l’amitié entre nos deux peuples. Du dossier déposé en 2016 aux applications numériques de 2026, le Kirundi a tracé un chemin indéfectible. En maîtrisant notre langue, la jeunesse chinoise prouve qu’elle est prête à construire, un mot après l’autre, un destin partagé avec le peuple burundais.
A propos de l’auteur | Bankuwiha Etienne: Sinologue burundais, Doctorant de l’Université de Nanjing, spécialiste des relations sino-africaines.




