Quel bilan sur le plan économique ?
Sur le plan économique, le triennat du Président Ndayishimiye n’a pas été un long fleuve tranquille. Au cours de cette période, le Burundi a connu des pénuries de carburant, des devises, la montée en flèche de la dette publique, la résiliation des contrats miniers, etc. Tour d’horizon.
Par Gilbert Nkurunziza, Burundi Eco
Parmi les défis auxquels a fait face le Burundi au cours des trois dernières années, la pénurie de carburant vient en tête. C’est un problème devenu quasiment insoluble. De longues files d’attente de véhicules s’observent toujours devant les stations-service. Les produits pétroliers se raréfient alors qu’ils constituent le gros des importations en termes de devises que le pays injecte dans ce secteur. Le gouvernement a tenté d’apporter des réponses à cette problématique, mais les stations-service restent à sec.
L’arrivée de la Regideso, un nouvel acteur dans le circuit de l’approvisionnement et de la distribution du carburant au mois d’août 2022, semblait prometteuse, mais la situation reste confuse. La Regideso est une société nationale de distribution de l’eau et de l’électricité qui n’arrive pas à satisfaire la demande croissante de ces produits et n’a pas non plus réussi à résoudre le problème de la pénurie de carburant.

Le Président de la République a expliqué via la radio anglaise BBC que le pays n’a pas de problème de carburant. Il a précisé que les entrepôts du Burundi qui sont à Dar-es-Salaam (Tanzanie) sont pleins à craquer. Ce ne sont que les importateurs qui disposent de camions qui ne veulent pas amener le carburant comme il faut : « Si jamais un importateur amène le carburant, il le distribue uniquement à ses propres stations-services pour attirer beaucoup de monde. Dans ce cas, comme c’est un seul ‘’robinet’’ disponible, même si 100 millions de litres étaient disponibles, les files aux stations-service resteraient inévitables », a expliqué le Président Ndayishimiye. Pour remédier à cela, il rassure que les réflexions sont en cours autour de la mise en place d’une société publique pour régler tous ces problèmes.
La pénurie de carburant n’est pas sans conséquences sur la mobilité et le commerce où la hausse des prix devient récurrente. Les transporteurs ou les taximen fixent le prix d’une course en fonction du coût auquel ils se sont approvisionnés en carburant. Dans la plupart des cas, ils achètent un litre d’essence à plus ou moins 10 000 Fbu au marché noir. Par conséquent, la pénurie et la cherté du carburant influent sur les prix pratiqués sur le marché et sur le coût du transport en général.
Pour Faustin Ndikumana, directeur national de l’ONG locale PARCEM, le problème lié à l’approvisionnement en produits de première nécessité dont le carburant a causé la hausse des prix des produits alimentaires où le taux d’inflation a frôlé 30%.
Quid des devises ?
La BRB a annoncé le 7 octobre 2022 la réouverture des bureaux de change. Cela plus de deux ans après leur fermeture sous prétexte de lutter contre la dépréciation du franc burundais. Cette mesure a été saluée par les économistes, car elle libéralise le marché de change. Malgré tout, cela n’a pas suffi pour rendre accessible le billet vert dans le pays. La pénurie des devises est devenue un casse-tête pour l’économie nationale. M. Ndikumana reste pessimiste. Pour lui, le problème des devises n’a pas encore trouvé de solution durable. Même s’il y a une certaine transparence dans la gestion des devises, leur quantité reste insuffisante.
Au premier trimestre de 2023, le taux de change a battu le record où un dollar américain valait plus de 4 000 Fbu sur le marché noir. Ce qui a plongé le pays dans une crise économique sans précédent. Malheureusement, le marché noir finance jusqu’à présent 74% des importations du pays. Dans ce cas, l’inflation importée plonge davantage le pays dans le marasme économique car il dépend généralement des importations.
La dette publique fait froid dans le dos
L’encours de la dette publique s’est accru de 14,5% fin juillet 2022, se fixant à 4 763,7 milliards de Fbu contre 4 161,3 milliards de Fbu à la même période en 2021, en liaison avec l’accroissement à la fois de la dette intérieure (+11,8%) et de la dette extérieure (+22,0%). Par rapport au mois précédent, la dette publique a augmenté de 0,2% en rapport avec la diminution de la dette intérieure (-0,2%) et de la dette extérieure (-0,7%) selon le rapport de la Banque centrale.
Sur une période de 10 ans (2013-2023), la dette publique est partie de plus de 598 milliards de Fbu pour atteindre plus de 4005 milliards, soit une augmentation record de près de 570%. En plus, ce sont les banques commerciales qui financent la dette intérieure à plus de 50%. Elles avancent à l’Etat plus de 1 500 milliards de Fbu.
Lors du forum national sur le développement du Burundi tenu du 18 au 19 novembre 2021, les experts se sont inquiétés sur l’augmentation de la dette publique depuis 2015. Selon Dr Euphrem Niyongabo, cette dette est dominée par la dette intérieure estimée aux trois quarts de la dette totale du pays. Néanmoins, cet expert s’inquiète du fait que la croissance économique n’est pas en train de suivre cette cadence.
Le secteur minier au point mort
A la mi-2021, les sociétés britanniques, chinoises et russes œuvrant dans l’exploitation des terres rares et de l’or dont Rainbow Mining Burundi (RMB), Tanganyika Mining, se sont vues systématiquement interdites d’activité. Les conventions entre le gouvernement et ces sociétés présentaient un certain déséquilibre, ce qui a occasionné la suspension de leurs activités. Le gouvernement voulait établir des contrats gagnant-gagnant. Seules les coopératives d’exploitation aurifère artisanale ont été par après autorisées à reprendre leurs activités : « Le gouvernement a pris des mesures pour mieux réglementer le secteur minier. Cela après avoir constaté que la richesse du sous-sol ne profitait qu’à une poignée de gens au lieu de contribuer au relèvement économique du pays », a déclaré Evariste Ndayishimiye, Président de la République du Burundi dans une émission publique le 30 décembre 2022.

Pour M. Ndikumana, on ne peut pas évaluer les recettes issues de ce secteur et la contribution de ce secteur au PIB du pays. A noter que le code minier est sur le point d’être promulgué, car il a déjà été adopté par l’Assemblée nationale.
L’électricité, un casse-tête
Les coupures répétitives de l’électricité sont devenues monnaie courante. Elles affectent les activités génératrices de revenus et les industriels ne sont pas épargnés. A part le déficit énergétique, la vétusté du réseau électrique pose un réel problème.
Dans certains quartiers, les ménages se sont habitués aux coupures intempestives du courant électrique. Les personnes vivant de petits métiers comme la soudure, le commerce du lait ou les propriétaires des salons de coiffure et des secrétariats publics voient souvent leurs activités perturbées. Parfois, les coupures d’électricité s’étendent sur de longues heures.
Même son de cloche chez les industriels qui indiquent que l’insuffisance de l’électricité plombe leurs activités. Dans certaines entreprises, l’électricité fournie par la Regideso est insuffisante pour faire tourner les machines. Elles doivent faire recours aux groupes électrogènes malgré la pénurie récurrente du carburant.




