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‎Femmes en politique au Burundi : une représentation en hausse, un combat loin d’être gagné

‎La présence des femmes dans plusieurs institutions burundaises a progressé, atteignant des proportions considérables. Pourtant, la participation des femmes à la prise de décision reste confrontée à des obstacles persistants, particulièrement aux échelons communal et collinaire.

‎La représentation féminine dans les instances de décision burundaises a franchi de nouveaux paliers au lendemain des élections de 2025. Avec près de la moitié des sièges au Sénat occupés par des femmes et quatre députés sur dix de sexe féminin à l’Assemblée nationale, leur présence institutionnelle n’est plus marginale.

‎Cette progression se retrouve également dans l’administration territoriale. Les femmes représentent environ 31 % des administrateurs communaux, 30 % des membres du Gouvernement et 25 % des gouverneurs de province.

‎Malgré une évolution importante de la place des femmes dans la vie publique, des écarts importants persistent selon les niveaux de responsabilité. Plus l’on descend vers les structures locales, particulièrement au niveau des collines, plus la présence féminine devient faible.

‎Pour les participantes à l’atelier de partage d’expériences entre femmes élues sortantes et femmes occupant des postes de direction, organisé le 18 septembre 2026 par le CAFOB, l’enjeu n’est donc plus seulement d’accroître les chiffres au sommet. Il consiste aussi à créer un véritable parcours permettant aux femmes de gravir progressivement les différents échelons de la décision.

Un déséquilibre déroutant  

‎Le diagnostic le plus brutal vient de la colline, là où se joue le pouvoir de proximité. En 2020, les femmes à la colline étaient 12%, maintenant elles sont descendues à 8%. Selon Emérence Bucumi, présidente du Forum national des femmes, seuls 22% de candidats au niveau collinaire était des femmes. Parmi elles, 8% ont pu accéder à la haute autorité collinaire, et 18% siègent au conseil collinaire : « Là où ça a bloqué, c’est le faible nombre de celles qui se sont fait votée. », pointe-t-elle.

La participation politique des femmes se heurte également à des normes sociales qui peuvent limiter leur mobilité, leur confiance et leur capacité à s’exprimer. Emérence Bucumi met en avant un autre obstacle : le manque de solidarité entre femmes. Mme Bucumi souligne aussi une difficulté plus difficile à mesurer : les rivalités et les calomnies entre femmes : « Nous les femmes, nous ne nous soutenons pas », déplore-t-elle, évoquant des propos selon lesquels une femme ne pourrait progresser qu’en ayant recours à des relations personnelles avec des hommes.

Ces accusations peuvent décourager celles qui souhaitent s’engager dans la vie publique et alimenter la méfiance à l’égard des femmes déjà en responsabilité. Pour la présidente du Forum national des femmes, le renforcement de l’estime de soi doit donc aller de pair avec une nouvelle culture de solidarité féminine. Une femme qui accède à une responsabilité ne devrait pas être perçue comme une concurrente, mais comme une porte ouverte pour d’autres.

Par ailleurs, fait savoir Angleberthe Ndayikengurukiye, membre du conseil communal de Gitega, une femme peut perdre une fonction à la suite d’un comportement jugé inapproprié. Le problème, ajoute-t-elle, survient lorsque vient le moment de la remplacer : plutôt que de choisir une autre femme, certains responsables peuvent être tentés de nommer un homme. La conséquence est immédiate sur la représentativité : « Il arrive qu’on retire une femme de ses fonctions à cause de son mauvais comportement, et quand vient le moment de la remplacer, on dit qu’il ne sert à rien de la remplacer par une autre femme », explique-t-elle.

‎Mme Ndayikengurukiye propose ainsi de réfléchir à un mécanisme garantissant que lorsqu’une femme quitte une fonction réservée à la représentation féminine, son remplacement puisse également se faire par une autre femme compétente : « Ce sont déjà très peu de postes. Si elle est remplacée par un homme, la représentativité tombe à zéro », insiste-t-elle. Ainsi, poursuit Mme Ndayikengurukiye, la responsabilité incombe aussi aux femmes elles-mêmes. Leur comportement au travail, dans la communauté et au sein de la famille peut contribuer à renforcer ou à fragiliser la confiance placée en elles.

La maison comme première vitrine

‎Selon Jacqueline Nimbona, membre du conseil communal Matongo et aujourd’hui vice-présidente du Forum des femmes au niveau provincial Butanyerera, son propre parcours illustre l’importance de la persévérance et du soutien familial. Membre du conseil communal depuis 2015, elle attribue une partie de son ascension au travail accompli au quotidien, mais aussi à l’appui de son conjoint : « Bien faire tout travail dans lequel on est, cela t’amène là où tu ne pensais pas arriver », témoigne-t-elle.

‎Son expérience l’a convaincue qu’une femme engagée dans la vie publique ne peut pas dissocier complètement son rôle familial de son image sociale. « La façon dont tu te comportes à la maison sert d’exemple pour les gens de l’extérieur », explique-t-elle. Le soutien du conjoint joue également un rôle déterminant. Pour Mme Nimbona, cette stabilité permet aussi de mieux résister aux accusations et aux tentatives de discrédit. Elle estime qu’une femme connue pour son sérieux et son engagement bénéficie d’une certaine protection sociale face aux rumeurs.

Dr Sabine Ntakarutimana, sénatrice et présidente du Forum régional des femmes de la CIRGL, insiste également sur la responsabilité individuelle des femmes une fois qu’elles accèdent aux fonctions. Pour elle, une femme nommée ou élue doit prendre au sérieux la responsabilité qui lui est confiée, faire preuve de professionnalisme et préserver la confiance placée en elle. Pour Dr Ntakarutimana, cette exigence ne devrait cependant pas se transformer en une charge supplémentaire imposée aux femmes, mais plutôt un défi à relever au profit des futures générations de femmes leaders.

‎Former avant de promouvoir

L’absence de femmes dans certaines fonctions découle aussi du faible nombre de candidates disposant des qualifications exigées. Les postes de responsabilité nécessitant des diplômes restent ainsi difficiles d’accès pour les femmes lorsqu’elles ont été orientées très tôt vers des filières courtes. Pour Agathe Nsengiyumva, représentante légale du CAFOB, certaines filles sont parfaitement capables de poursuivre de longues études, mais sont parfois orientées vers des cycles courts ou des formations techniques avant même d’avoir pu démontrer tout leur potentiel.

‎Selon Mme Nsengiyumva, le plaidoyer doit ainsi commencer dans les familles, auprès des parents, mais aussi dans les communautés et auprès des institutions éducatives : « Il faut encourager nos enfants à poursuivre leur cursus et à étudier toutes les filières », souligne-t-elle.

La progression de la représentation féminine passe également par les partis politiques, qui jouent un rôle déterminant dans la sélection des candidats. Agathe Nsengiyumva souligne que les hommes occupent encore une grande partie des positions dirigeantes au sein des formations politiques et participent largement à l’établissement des listes électorales. Elle appelle donc les responsables politiques à donner davantage de place aux femmes compétentes.

‎Pour elle, il ne suffit pas de placer des femmes sur les listes pour satisfaire un quota. Les candidates doivent également pouvoir figurer dans des positions qui leur donnent une réelle possibilité d’accéder aux responsabilités. Elle plaide notamment pour que, parmi les premières positions d’une liste, une femme compétente puisse être placée en première ou deuxième position.

‎Cette question doit, selon elle, faire l’objet de séances de sensibilisation avec les responsables des partis politiques afin de les convaincre de l’importance du leadership féminin et de la participation des femmes à la vie politique.

Pour transformer ces constats en actions, le CAFOB entend poursuivre ses campagnes de sensibilisation, ses formations et son plaidoyer auprès des décideurs. L’organisation prévoit notamment de renforcer les connaissances des femmes sur les textes qui régissent différents domaines, particulièrement ceux liés aux élections. Le plaidoyer doit également cibler les responsables politiques, les institutions publiques, les communautés, les parents et les partenaires qui accompagnent les initiatives en faveur des droits des femmes et des filles.

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