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Entreprises à participation publique au Burundi : la mauvaise gestion au cœur des inquiétudes

Endettement, faible performance, coûts élevés et insuffisance des mécanismes de contrôle : plusieurs entreprises à participation publique peinent à atteindre leurs objectifs économiques et financiers. Au Parlement comme au sein de la société civile, des voix s’élèvent pour dénoncer des pratiques de gestion qui, selon elles, fragilisent ces structures et pèsent sur les finances publiques.

Les entreprises à participation publique occupent une place importante dans l’économie burundaise, notamment dans la production de biens et de services ainsi que dans la création d’emplois. Pourtant, plusieurs d’entre elles peinent à maintenir des performances économiques et financières satisfaisantes.

Des responsables politiques et des acteurs de la société civile pointent notamment du doigt la mauvaise gestion, la corruption, la politisation des nominations et la faiblesse des mécanismes de contrôle comme autant de facteurs susceptibles d’expliquer ces difficultés.

Des entreprises lourdement endettées

Lors de l’examen, le 3 septembre 2026, du rapport définitif d’audit sur la gestion de la Centrale d’achat des médicaments essentiels, des dispositifs médicaux, des produits et matériels de laboratoire du Burundi (CAMEBU), réalisé par la Cour des comptes, le président de l’Assemblée nationale, Daniel Gélase Ndabirabe, a dénoncé les pertes enregistrées par certaines entreprises à participation publique.

« Certains responsables disent que des fonds utilisés sont irrécupérables et non applicables, alors que les citoyens continuent pourtant de renouveler leur confiance en votant de nouveaux financements en faveur de ces entreprises », a-t-il déploré.

Les données du ministère des Finances contenues dans le rapport final relatif à l’exercice 2022, publié en mai 2023, montrent l’ampleur des engagements financiers. Au 31 décembre 2022, le stock de la dette des entreprises publiques s’élevait à 1 295 002 899 737 BIF.

A la même date, le montant total des arriérés intérieurs de l’Etat envers les entreprises publiques concernées atteignait 103 900 932 817 BIF.

Ces chiffres interviennent alors qu’un rapport d’évaluation de la gouvernance des sociétés à participation publique avait déjà relevé des difficultés à atteindre des performances économiques et financières satisfaisantes. Les conclusions avaient été présentées lors d’un atelier de renforcement des capacités et de restitution sur la gouvernance et la performance de ces sociétés, dirigé par le Premier ministre Nestor Ntahontuye le 15 juin 2026.

Qu’est-ce qui explique ces contre-performances ?

Daniel Gélase Ndabirabe, président de l’Assemblée nationale du Burundi : « Certains responsables disent que des fonds utilisés sont irrécupérables et non applicables.

Pour Daniel Gélase Ndabirabe, la mauvaise gestion et le détournement de fonds figurent parmi les principaux facteurs expliquant les difficultés rencontrées par certaines entreprises publiques.

Le président de l’Assemblée nationale n’est pas le seul à mettre en cause la gouvernance de ces structures.

Faustin Ndikumana, président de Parole et Actions pour le Réveil des consciences et l’Evolution des Mentalités (PARCEM), estime que la performance des entreprises à participation publique demeure globalement faible, alors même qu’il s’agit souvent de grandes structures industrielles et de production de biens et services, à forte intensité capitalistique et employant un nombre important de travailleurs.

Selon lui, plusieurs facteurs peuvent expliquer cette situation : une gestion défaillante, des coûts de production élevés, un manque de compétitivité, une faible capacité d’innovation et d’adaptation à l’environnement économique, ainsi qu’une stratégie marketing insuffisante pour favoriser la commercialisation des produits et services.

Il cite également « la politisation des nominations, la corruption, le favoritisme dans l’attribution des marchés publics, la mauvaise maîtrise des charges, des frais de mission jugés excessifs et le manque de respect du patrimoine de l’Etat ».

Gabriel Banzawitonde, président du parti politique Alliance pour la Paix, la Démocratie et la Réconciliation (APDR), estime-lui aussi que la gouvernance constitue un enjeu majeur. Selon lui, certaines personnes nommées à des postes de responsabilité dans les entreprises publiques considéreraient ces fonctions comme une récompense politique.

Il affirme que, dans certains cas, des responsables privilégieraient leurs intérêts personnels au détriment de la bonne gestion et de l’intérêt général. Pour lui, cette situation pourrait avoir des répercussions sur les performances économiques des entreprises, mais également sur la capacité d’exportation du pays et la création d’emplois.

Renforcer les mécanismes de contrôle

Face à ces difficultés, plusieurs intervenants appellent à renforcer les mécanismes de contrôle et à revoir les modes de gestion des entreprises à participation publique.

« Il est donc nécessaire de renforcer le contrôle de ces sociétés, d’autant plus que certains gestionnaires ne se montrent même pas ouverts aux mécanismes de contrôle interne », déplore Daniel Gélase Ndabirabe.

Faustin Ndikumana propose, pour sa part, d’envisager la cession d’une partie du capital de certaines entreprises afin de créer des sociétés mixtes et d’ouvrir la voie à une privatisation de leur gestion. Selon lui, cette approche pourrait contribuer à limiter certaines pratiques qui entravent leur fonctionnement et à améliorer leurs performances.

Pour Léonce Ngendakumana, ancien président de l’Assemblée nationale, le Parlement ne devrait pas se limiter aux déclarations, mais exercer pleinement son rôle de contrôle de l’action gouvernementale.

Il propose notamment que les membres du gouvernement soient appelés à fournir des explications à travers des questions orales ou écrites. Il évoque également la possibilité de mettre en place une commission d’enquête parlementaire afin d’établir les faits et, le cas échéant, d’identifier les responsabilités.

Si une enquête établissait la responsabilité d’un ministre dans des manquements, Léonce Ngendakumana rappelle que la Constitution et le règlement intérieur de l’Assemblée nationale prévoient des mécanismes permettant au Parlement d’engager sa responsabilité politique.

Ce que prévoit la Constitution

Léonce Ngendakumana rappelle que l’article 7 de la Constitution de la République du Burundi consacre le principe de souveraineté du peuple, exercée directement ou par l’intermédiaire de ses représentants élus.

Selon lui, ces représentants ont notamment pour mission de voter les lois et de contrôler l’action gouvernementale, ce qui inclut, dans son analyse, la gestion des entreprises publiques et parapubliques.

L’article 163 de la Constitution précise que le Parlement vote les lois et contrôle l’action du gouvernement.

L’article 164 énonce, quant à lui, des garanties et obligations fondamentales du citoyen. Il porte notamment sur la sauvegarde de la liberté individuelle, la protection des libertés publiques, ainsi que certaines sujétions imposées dans l’intérêt de la défense nationale et de la sécurité publique, notamment concernant la personne et les biens des citoyens. Il traite également du régime de protection des bonnes mœurs et de la culture.

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