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Faire tomber les stéréotypes qui pèsent sur les femmes Batwa

Derrière certaines croyances longtemps associées aux femmes Batwa se cachent des stéréotypes qui peuvent favoriser leur vulnérabilité face aux violences basées sur le genre. À Ruyigi, un appel à rompre avec ces préjugés est lancé par le représentant légal UNIPROBA, tandis que des habitants de Kigamba témoignent d’une évolution des mentalités et des relations entre communautés.

Les stéréotypes font partie des difficultés auxquelles la communauté Batwa est confrontée depuis longtemps. Emmanuel Nengo, représentant légal de l’UNIPROBA (Unissons-nous pour la promotion des Batwa), affirme que certaines croyances ont particulièrement exposé les femmes Batwa aux violences basées sur le genre. Une certaine opinion dit que le fait de coucher avec une femme de la communauté Batwa soignerait les maux de dos « kwivura ikinyamugongo». Ce qui accentue les violences sexuelles à l’encontre de cette catégorie. Selon lui, cette croyance sert de prétexte aux hommes pour faire des avances sexuelles aux femmes Batwa. Dans certaines situations, ces dernières auraient été contraintes ou manipulées, notamment parce que leur position sociale les rendait plus vulnérables.

Les stéréotypes font partie des difficultés auxquelles la communauté Batwa est confrontée depuis longtemps. Emmanuel Nengo, représentant légal de l’UNIPROBA (Unissons-nous pour la promotion des Batwa)

Pour le représentant de l’UNIPROBA, aucune croyance ne devrait justifier de telles violences. Il invite les jeunes filles à la prudence dans leurs relations et à privilégier les hommes qui ont l’intention de construire une vie de couple dans le respect de la loi, plutôt que ceux qui sont guidés par des pulsations sexuelles.

Ce n’est plus une réalité dans notre communauté…….

Sur la colline Kigamba, dans la commune de Ruyigi, plusieurs personnes interrogées affirment pourtant que cette pratique n’est plus observée aujourd’hui.

Melanthia Hakizimana raconte avoir grandi en entendant parler de cette croyance, sans toutefois avoir été témoin d’un cas concret. Pour elle, les relations entre Batwa et les membres des autres communautés ont beaucoup évolué. « Aujourd’hui, ils vivent bien avec les autres communautés et ils se marient même entre eux », témoigne-t-elle.

Ngendakumana Barnaba partage cette perception. Selon lui, la pratique de « kuvura ikinyamugongo» n’est que du passé. Il estime que les personnes qui souffrent de douleurs devraient plutôt se rendre dans un centre de santé pour recevoir des soins appropriés.

Aline Nshimirimana, une habitante de Kigamba qui n’appartient pas à la communauté Batwa, affirme également que les relations entre les habitants sont aujourd’hui bonnes. Selon elle, Batwa et non-Batwa vivent ensemble, partagent certains moments de la vie quotidienne et peuvent même se marier entre eux. Pour elle, les anciennes formes de séparation entre les communautés ne devraient plus avoir leur place dans la société actuelle.

« Celui qui soigne, c’est le médecin »

Joël Citegetse, représentant les habitants Batwa de la localité, affirme lui aussi avoir entendu parler de cette croyance depuis son enfance. Il dit toutefois continuer à entendre certaines personnes en parler encore aujourd’hui.

Selon lui, cette croyance est parfois associée à la pauvreté dont souffrent certaines familles Batwa. Il appelle ceux qui continuent à la propager à abandonner ces pratiques et à privilégier les soins médicaux.

« Celui qui soigne, c’est le médecin », rappelle-t-il, invitant la population à ne plus recourir à des croyances pour expliquer ou traiter les problèmes de santé.

Rompre avec les préjugés

Gérard Sindaharaye, conseiller au département Genre à Ruyigi, affirme également avoir entendu parler de cette croyance dans le passé. Il explique que les services chargés du genre restent disponibles pour écouter les personnes confrontées à des violences ou à d’autres difficultés.

Il précise toutefois que parmi les personnes reçues dans son service, aucune femme Batwa ne lui a jusqu’ici déclaré avoir personnellement subi une violence liée à cette pratique. Pour lui, les membres de la communauté Batwa doivent éviter de s’isoler et participer pleinement à la vie sociale. Il appelle également les autres membres de la société à abandonner les préjugés qui peuvent contribuer à leur marginalisation.

Les mentalités évoluent, mais la vigilance reste nécessaire

Les témoignages recueillis à Kigamba montrent une évolution des relations entre les différentes communautés. Le partage du quotidien et les mariages entre Batwa et non-Batwa sont notamment présentés par plusieurs habitants comme des signes d’une cohabitation plus étroite.

Mais pour l’UNIPROBA, le changement des mentalités doit aller plus loin. Il s’agit notamment de faire disparaître les stéréotypes qui peuvent rendre certaines personnes vulnérables aux violences ou à la discrimination.

La protection des femmes Batwa passe ainsi par l’information, l’écoute, l’accès aux services de santé et de justice, mais aussi par la remise en question des croyances utilisées pour justifier des comportements abusifs.

À Kigamba, plusieurs habitants affirment que les anciennes croyances perdent du terrain face à une cohabitation devenue plus étroite. Pour l’UNIPROBA, le combat doit néanmoins se poursuivre : aucune croyance, aucune tradition et aucune différence sociale ne devrait servir de justification à une violence faite à une femme.

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