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Assistance aux réfugiés des Grands-Lacs : la solidarité internationale en péril

Au moment où les tensions géopolitiques dans la région des Grands Lacs ont aggravé la situation des réfugiés, le HCR alerte sur le manque criant des financements. Cette situation oblige les réfugiés à opérer des choix pas toujours faciles pour leur survie…

Selon le rapport du haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), le monde enregistre un nombre de 123,2 millions de réfugiés et de déplacés intérieurs. Ce nombre record est dû à la persistance des guerres, des persécutions, des violences et des violations des droits humains dans le monde.

Ces réalités n’épargnent pas la région des Grands-Lacs où des centaines de milliers de personnes vivent à l’écart de leurs terres natales, indique Brigitte Mukanga-Eno, représentante de HCR au Burundi qui avance un bilan de plus de 120.000 réfugiés essentiellement composées par les réfugiés congolais : « Ils sont constitués de deux différents groupes : celui d’avant la crise de cette année avec près de 90 000 réfugiés qui sont dans différentes provinces : Muyinga, Ngozi, et Cankuzo qui est le plus grand camp avec 18.000 réfugiés. »

En dépit de cet afflux élevé des réfugiés congolais, l’assistance humanitaire reste mitigée suite au manque de financements. Dans un point de presse du 25 avril, le HCR a déjà alerté sur les chutes des financements qui s’observent, mettant au danger la vie des réfugiés congolais sous plusieurs aspects : « Cela met en danger la vie des milliers de réfugiés et plus particulièrement ceux du tout nouveau camp de Musenyi en province Rutana. » Un besoin de 76,5 millions de dollars est nécessaire pour répondre favorablement à cette crise des réfugiés, dit le même communiqué.

Une vie pas facile

Par ailleurs, le Burundi enregistre encore des réfugiés estimés à 257 893, qui sont répartis essentiellement dans les pays de l’Afrique de l’Est.

D’après la déclaration de la coalition pour la défense des droits humains vivant dans les camps des réfugiés (CDH/VICAR en sigle), ces personnes sont laissées à elles-mêmes, souvent dans l’incapacité de satisfaire leurs besoins fondamentaux. « Par exemple, souligne la déclaration, près de 45 000 réfugiés burundais, installés dans les camps de Lusenda, Mulongwe et dans d’autres sites des territoires d’Uvira et de Fizi (Sud-Kivu), ont vu la coupure de l’assistance alimentaire depuis six mois. »

Cette déclaration continue de préciser que les réfugiés de la région des Grands Lacs font face à une réduction des financements alloués à leur assistance, ce qui ne cesse de se répercuter sur leur vie quotidienne : « De nombreux enfants réfugiés ne fréquentent pas l’école, soit faute d’établissements scolaires dans les camps, soit parce que leurs familles ne peuvent pas assumer les frais liés à la scolarité (uniformes, cahiers, fournitures, etc) », s’indigne Léopold Sharangabo, président de cette coalition.

En matière de santé, cet activiste déplore l’insuffisance des soins : « Les structures médicales manquent de médicaments, de personnel qualifié et d’équipements essentiels. Un problème particulièrement grave concerne les transferts vers les hôpitaux : de nombreux réfugiés sont morts faute de moyens pour être transférés à temps dans un centre de soins adéquat. »

Cette réalité s’observe également chez les réfugiés logés au Burundi, essentiellement composés de Congolais. Bien que la vie soit plus ou moins dynamique, les réfugiés des camps de Musasa et Kinama, respectivement en province de Ngozi et Muyinga, déplorent la quantité et la qualité de nourriture qui leur est offerte. De plus, ces réfugiés font état de certaines restrictions quant à la liberté de mouvement, ce qui les empêche de chercher des opportunités d’emploi pour compenser l’assistance limitée qu’ils reçoivent.

Cohabitation avec les locaux

D’après M. Sharangabo, la cohabitation entre les réfugiés et les communautés hôtes varie selon les contextes : « Dans certaines zones, les relations sont pacifiques, marquées par la solidarité, les échanges commerciaux et la participation commune à la vie sociale. Les réfugiés peuvent ainsi contribuer à l’économie locale, notamment à travers des petits métiers ou des travaux agricoles. »

Toutefois, regrette le président de CDH/VICAR, dans d’autres endroits, des tensions émergent. Il donne l’exemple au Kenya dans le camp des réfugiés de Kakuma où des accrochages ne manquent pas avec les nationaux de la localité : « La population locale perçoit les réfugiés comme des concurrents injustement favorisés par l’aide humanitaire, explique-t-il, et ces tensions sont parfois accentuées par un manque d’implication des autorités locales dans la gestion des camps ou par une mauvaise intégration des réfugiés dans les plans de développement. »

Quant aux réfugiés congolais situés dans les camps de Musasa et Kinama, ils témoignent que les relations sont harmonieuses. Et pour cause, il se forme souvent des couples mixtes (congolais burundais) et les enfants sont récupérés par leurs pères congolais. Selon le jeune homme rencontré dans le camp de Musasa, cela est bénéfique pour eux car ils reçoivent une bonne quantité de nourriture et d’autres assistances suite à la composition familiale.

Même constat au camp de Musenyi situé en province de Rutana où la relation entre les réfugiés et la population locale est pacifique, souvent caractérisée par l’entraide mutuelle. « La population locale aux alentours a une grande importance pour nous », se réjouissent certains résidents du camp, reconnaissant leur collaboration dans les petites affaires commerciales où ils arrivent à se prêter des capitaux. Bien plus, il y a des réfugiés qui font le petit commerce dans des espaces cédés par la population locale, a reconnu un Congolais du site sous couvert d’anonymat, ce qui leur permet de compléter les aides perçues, parfois limitées et irrégulières.

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