Le Burundi durcit les sanctions en matière d’hygiène et d’assainissement. Mais sur le terrain, le manque d’infrastructures essentielles, comme les toilettes publiques et les systèmes de gestion des déchets, complique l’application effective de la loi.
L’ordonnance ministérielle conjointe n°1041 du 18 février 2026 sanctionne le non-respect des règles d’hygiène et d’assainissement, notamment le rejet des déchets et des eaux usées dans la nature, ainsi que le tabagisme dans les lieux publics.
Toute personne en infraction est passible d’une amende comprise entre 5 000 et 500 000 francs burundais, selon la gravité de l’infraction. Cette ordonnance est signée par trois ministres : celui des Finances, du Budget et de l’Économie numérique ; celui de l’Intérieur, du Développement communautaire et de la Sécurité publique ; ainsi que celui de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida.
Par ailleurs, il est interdit aux industries et aux établissements commerciaux de rejeter des déchets dans la nature, les rivières ou les lacs. Le non-respect de cette mesure est sanctionné par une amende pouvant atteindre 500 000 francs burundais, payable dans un délai de cinq jours. Les quittances sont délivrées par les services chargés de l’hygiène et par les autorités compétentes.
Une application difficile sur le terrain

Dans certaines zones de Bujumbura, notamment sur l’avenue de l’Amitié (côté T2000), près des installations de la REGIDESO, l’insalubrité est visible : mauvaises odeurs, présence de mouches et excréments s’y observent par endroits.
Au parking du Nord de la ville de Bujumbura, pourtant très fréquenté, l’absence de toilettes publiques pose un sérieux problème d’hygiène. Les seules installations disponibles sont privées et payantes (500 FBu par utilisation), ce qui limite l’accès pour certains usagers.
De même, sur l’axe reliant le boulevard Mwezi Gisabo, du parking du Nord jusqu’à la Gare du Nord puis vers le rond-point des Nations-Unies, aucune infrastructure sanitaire publique n’est disponible. En cas de besoin, certains passagers sont contraints de se rendre dans les broussailles, notamment près de l’église Rehoboth et aux alentours du lycée Ngagara. Certains passagers estiment que sanctionner les citoyens dans ces conditions relève de l’injustice, faute d’alternatives sanitaires accessibles.
À Rumonge, dans le centre de Minago, la situation est similaire. Les habitants dénoncent la difficulté d’appliquer la loi en raison de l’absence de toilettes publiques, de points d’eau et d’espaces dédiés aux déchets. Ils affirment être parfois contraints d’utiliser l’eau des rivières ou du lac Tanganyika, malgré sa qualité inadéquate.
Les avis des acteurs sociaux
Selon Hamza Venant Burikukiye, porte-parole de la PISC Burundi (Plateforme Intégrale de la Société Civile au Burundi), cette loi s’inscrit dans les valeurs et les bonnes mœurs burundaises. Il estime qu’elle est globalement bénéfique pour la population, mais qu’elle doit être accompagnée d’une forte sensibilisation et d’une éducation civique afin de favoriser un changement durable des comportements.
Il précise également que ces mesures ne doivent pas être perçues uniquement comme des sanctions, mais aussi comme un outil d’encouragement à la responsabilité citoyenne.

Pour sa part, Pamphile Malaika, ancien membre de l’Assemblée nationale en 2015, souligne qu’avant d’appliquer une telle loi, l’État doit d’abord mettre en place les infrastructures nécessaires, ensuite sensibiliser la population, puis appliquer les sanctions. Il s’interroge sur la pertinence de punir les citoyens alors que les infrastructures de base restent insuffisantes sur les routes et dans les lieux publics.
De son côté, Maître Salvator Minani estime que le manque d’infrastructures ne peut pas constituer une excuse pour le non-respect de la loi. Selon lui, l’État est en droit de sanctionner toute personne en infraction.
Quelles solutions pour une application efficace ?
Selon Maître Minani, le renforcement de la loi sur l’hygiène et l’assainissement vise à inciter les citoyens à abandonner les mauvaises pratiques, à renforcer leur responsabilité et à améliorer la coordination des actions publiques en matière d’assainissement.

Pour une meilleure application de la loi, Burikukiye et Minani estiment que l’État devrait prioritairement construire des infrastructures sanitaires publiques (toilettes, points d’eau) ; aménager des espaces de gestion des déchets dans les lieux publics ; autoriser et encourager le secteur privé à investir dans les infrastructures manquantes et renforcer la sensibilisation de la population.
Selon Pamphile Malaika, ces mesures permettraient de rendre la loi plus efficace et plus équitable, en assurant son application dans des conditions adéquates.
Ecrit par Blaise Kandikandi




