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Des réfugiés congolais à Cishemere: un appel urgent pour des conditions de vie dignes

Les réfugiés congolais du camp de transit de Cishemere, dans la commune de Cibitoke, vivent dans des conditions précaires, où la souffrance, notamment des femmes et des enfants, est omniprésente. Bien que plusieurs organisations humanitaires apportent une aide, celle-ci reste insuffisante pour répondre à l’ampleur des besoins.

Mardi 16 décembre 2025. Il est 11 h du matin et le soleil frappe fort lorsque nous arrivons au camp de Cishemere, situé dans la commune de Cibitoke, dans la province de Bujumbura. À l’entrée du camp, des petits marchands improvisent leur commerce, vendant des légumes, du charbon, des fruits, des ustensiles, et plus encore. En entrant, on découvre un enchevêtrement de tentes serrées les unes contre les autres, créant un véritable labyrinthe de bâches et de cordes.

Brigitte Mukanga Eno, représentante du HCR au Burundi

À l’intérieur du camp, la vie s’organise tant bien que mal. Certains réfugiés, notamment les plus âgés et les jeunes enfants, s’allongent sur des nattes, tandis que d’autres s’activent à cuisiner, laver le linge, ou puiser de l’eau. À chaque fois qu’un véhicule franchit l’entrée du camp, une foule d’enfants, d’adolescents et d’adultes se précipite pour l’accueillir. Beaucoup d’entre eux se disent épuisés et menacés par la faim. Certains, avec des voix tremblantes de colère, s’écrient : « Qu’on nous ramène en RDC. »

Des femmes, les premières victimes de la précarité

Les réfugiés du camp témoignent des conditions de vie extrêmement difficiles. Malgré la présence de plusieurs tentes, toutes les familles ne bénéficient pas d’un abri. Certaines d’entre elles sont obligées de rester à découvert, assises en plein soleil et exposées aux intempéries, dormants à même le sol sous un ciel étoilé. En période de pluie, elles sont trempées et doivent attendre que l’orage passe, sans aucune protection contre le froid.

Le manque de nourriture est également un problème majeur. « La quantité de riz et de petit pois que l’on nous donne est insuffisante. Nous ne comprenons même pas pourquoi on nous parle de nourriture cuite », confie P.B., une mère de 8 enfants.

De plus, le camp souffre d’un manque d’infrastructures sanitaires. Les toilettes et douches sont quasiment inexistantes, et l’eau potable fait cruellement défaut. Les réfugiés redoutent les maladies liées au manque d’hygiène, dans un environnement où les médicaments sont rares.

« Lorsque quelqu’un tombe malade, on lui donne seulement du paracétamol sans même une consultation médicale sérieuse », explique U.M., une mère de 9 enfants. Et de poursuivre : « Prendre une douche est une tâche difficile, car il n’y a pas d’eau. Si tu te laves aujourd’hui, demain tu ne peux plus. Et vous savez que les femmes et les filles sont particulièrement exposées aux maladies. »

Les femmes et les jeunes filles sont particulièrement vulnérables, notamment durant leurs menstruations, faute de moyens pour se procurer des kits d’hygiène. Les femmes enceintes, qui ont fui sans rien emporter, appellent à une aide particulière. R.L., enceinte et mère de huit enfants, témoigne : « Je suis arrivée ici comme vous me voyez, avec mes enfants et celui qui va naître. » Elle lance un appel de détresse, implorant une aide d’urgence.

Des conditions d’accueil qui laissent à désirer

Hagabimana Jacques, conseiller juridique de l’administrateur de Cibitoke, explique que l’accueil des réfugiés est difficile à gérer. « Beaucoup arrivent sans nourriture, et les organisations humanitaires ne sont pas toujours préparées à leur arrivée », précise-t-il.

Hagabimana Jacques: « Certains réfugiés congolais quittent le camp pour aller chercher de quoi manger, ce qui peut créer des problèmes de sécurité. Mais, les forces de défense interviennent alors pour prévenir tout incident »

Il ajoute que la commune aide les Burundais rapatriés du Congo à se réintégrer dans leurs familles, mais souligne les défis sécuritaires pour les réfugiés congolais. « Certains quittent le camp pour chercher à se nourrir ailleurs, ce qui peut créer des problèmes de sécurité. Les forces de défense interviennent alors pour prévenir tout incident », indique M. Hagabimana.

M. Hagabimana confirme que les conditions de vie dans le camp restent précaires, avec des rations alimentaires limitées et un espace pour dormir insuffisant, obligeant parfois des familles entières à partager une seule tente.

Un appel à l’aide d’urgence face à une situation de plus en plus critique

Bien que les organisations humanitaires tentent de venir en aide aux réfugiés, elles peinent à répondre à l’afflux ne croissant de personnes. Certaines communes, comme Rumonge, signalent être dépassées par le nombre de réfugiés arrivant chaque jour.

Lors d’une réunion tenue le 17 décembre 2025, Brigitte Mukanga Eno, représentante du HCR au Burundi, a annoncé que 3 millions de dollars sont actuellement disponibles pour l’aide humanitaire. Cependant, elle a précisé qu’il en faudrait plus de 33 millions pour garantir des conditions de vie dignes aux réfugiés.

Elle a également révélé qu’entre le 5 et le 16 décembre, plus de 76 000 réfugiés congolais ont été enregistrés au Burundi. Parmi eux, 12 786 ont été transférés vers le nouveau camp de Busuma, dans l’ancienne province de Ruyigi.

Selon Mme Mukanga Eno, les centres de transit de Cishemere (Cibitoke) et Makombe (Rumonge), ainsi que les sites informels de Ndava et Gatumba, sont désormais saturés, avec des taux d’occupation proches de 200%, bien au-delà de leurs capacités normales. Le HCR lance un appel à une mobilisation accrue des ressources pour faire face à cette crise humanitaire grandissante.

Même son de cloche pour le ministre des Affaires étrangères, Édouard Bizimana qui insiste sur l’urgence d’un soutien rapide pour faire face à cette crise.

Cependant, L’Office national de la protection des réfugiés et apatrides (ONPRA) continue de répartir les réfugiés dans différents camps, notamment à Busuma, où 39 394 personnes ont été transférées entre le 9 et le 21 décembre 2025. Au 16 décembre 2025, le camp de Cishemere comptait 7 097 réfugiés, dont 869 anciens et 6 228 nouveaux arrivants.

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