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Logements sociaux au Burundi : entre ambitions, retards et espoirs pour l’économie

Pensés comme un levier pour améliorer les conditions de vie et dynamiser l’économie, les projets de logements sociaux tardent à se concrétiser. Entre attentes déçues et enjeux structurels, la question du logement reste au cœur des préoccupations des Burundais

En 2023, le gouvernement burundais avait lancé une politique ambitieuse de logements sociaux visant la construction de 33 000 appartements par an, notamment sur le site de la SOCARTI, dans la zone de Kamenge. Dans la municipalité de Bujumbura près de 50 000 personnes se sont inscrites pour bénéficier de la politique des logements sociaux. A ce jour, ce projet peine à se concrétiser. Mais si ces logements existaient aujourd’hui, quelle valeur ajoutée apporteraient-ils face à la crise actuelle du logement locatif ?

Dans les zones concernées, certains habitants affirment avoir été contraints de quitter leurs parcelles pour faire place à ces projets, sans bénéficier en retour d’un accès prioritaire aux futurs logements.

Sur le terrain, les avis restent partagés. Certains saluent une initiative qu’ils jugent essentielle pour améliorer les conditions de vie de la population. D’autres, en revanche, dénoncent un mécanisme qu’ils estiment injuste.

« Lorsque l’OBUHA avait commencé à inscrire les personnes souhaitant obtenir un appartement, je me suis présenté pour m’enregistrer. Malheureusement, j’ai attendu jusqu’à aujourd’hui sans réponse », témoigne Élie (nom d’emprunt).

Une habitante de la localité, Spès, soutient quant à elle que ce projet pourrait contribuer à réguler le marché locatif. « Avec l’augmentation constante des loyers, ces logements permettraient probablement de faire baisser les prix et d’améliorer progressivement la situation », explique-t-elle. Elle souligne également que l’augmentation de l’offre pourrait stimuler la demande et générer des effets positifs sur l’économie.

Des politiques ambitieuses, mais freinées dans leur mise en œuvre

Au Burundi, la politique de logement social affiche des objectifs élevés, mais fait face à des retards importants. Le gouvernement prévoit la construction de 530 000 logements d’ici 2040, soit environ 33 000 par an, afin d’accompagner l’urbanisation et soutenir l’ambition d’une économie émergente.

Cependant, certains projets, comme la viabilisation du site de Tenga à Rubirizi, accusent déjà plus d’un an de retard, suscitant l’inquiétude des populations locales.

Le projet mobilise plusieurs institutions : le ministère des Infrastructures, de l’Équipement et des Logements sociaux, alors dirigé par Dieudonné Dukundane, assure le pilotage ; l’OBUHA intervient comme maître d’ouvrage ; la Banque de l’habitat du Burundi joue le rôle de financier ; la Banque centrale régule les flux financiers ; et la REGIDESO prend en charge la viabilisation en eau et en électricité.

À Bujumbura, le Conseil des ministres du 6 juin 2026 a validé la construction de 6 600 appartements sur les sites de Kizingwe-Bihara et de la SOCARTI, avec un système de location-vente destiné à faciliter l’accès au logement. Parallèlement, l’OBUHA poursuit l’enrôlement des demandeurs, tandis que l’État tente de lutter contre les constructions anarchiques.

Malgré ces efforts, plusieurs défis persistent, notamment le manque de ressources financières, le faible pouvoir d’achat de la population et la faible implication du secteur privé, comme l’a souligné le journal Iwacu.

Le poids des loyers sur les ménages

Selon Vénuste Muyabaga, ancien ministre de la Fonction publique, la question du logement devient de plus en plus préoccupante, surtout en milieu urbain où les loyers dépassent parfois les revenus de nombreux travailleurs.

Pour beaucoup de ménages, une grande partie du revenu est absorbée par le loyer, rendant difficile la couverture des autres besoins essentiels. Cette situation fragilise les familles, accentue les inégalités sociales et freine le développement économique. « Lorsqu’un citoyen consacre l’essentiel de son salaire à se loger, il lui reste peu de moyens pour investir, épargner ou entreprendre », souligne-t-il.

La situation est encore plus critique pour les retraités qui, après des années de service, se retrouvent sans logement adéquat ni revenus suffisants. Pour eux, la retraite devient une épreuve supplémentaire.

Le logement social, un levier de développement

De nombreux observateurs estiment qu’il est urgent d’accélérer la mise en œuvre d’une politique nationale de construction massive de logements sociaux. La question du logement étant un besoin fondamental, elle conditionne toute ambition de développement économique.

Selon le journal les petites pierres, le logement social est également considéré comme un pilier d’une société plus équitable. Il permet aux ménages à revenus modestes d’accéder à des habitations décentes, réduit les inégalités, favorise la mixité sociale et renforce la stabilité des familles. Il contribue aussi à l’économie locale en créant des emplois et en stimulant la consommation, tout en améliorant le bien-être des populations.

L’État est ainsi appelé à consolider une politique de logement social accessible à tous, notamment aux fonctionnaires et aux travailleurs du secteur privé. Parmi les solutions envisagées figure la location-vente, un mécanisme déjà expérimenté par le passé.

Ce système permet aux bénéficiaires de devenir progressivement propriétaires en remboursant le coût du logement à travers des mensualités adaptées à leurs revenus. Contrairement au loyer classique, qui ne profite qu’au propriétaire, la location-vente constitue un investissement pour l’avenir du locataire.

Selon Vénuste Muyabaga, un accès élargi aux logements sociaux permettrait de réduire le stress des ménages, d’améliorer leurs conditions de vie et de stimuler leur productivité. « Un citoyen rassuré sur son logement travaille mieux et contribue davantage à l’économie nationale », conclut-il.

Ecrit par Nathalie Muhimpundu

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