Dans la ville de Bujumbura, les prix du charbon de bois ont connu une hausse spectaculaire en moins de trois mois, atteignant un niveau inédit. Un grand sac, qui coûtait entre 120 000 et 150 000 Fbu en février, se vend actuellement entre 280 000 et 300 000 Fbu. La demi-portion, quant à elle, est passée de 70 000–80 000 Fbu à 120 000–130 000 Fbu.
Dans plusieurs zones de la capitale économique, les consommateurs, qui utilisent quotidiennement ce combustible, expriment leur inquiétude face à cette flambée. Désormais, une quantité de charbon d’une valeur de 5 000 Fbu ne suffit presque plus à couvrir les besoins journaliers.
« Avant cette hausse, j’utilisais du charbon de 6 000 Fbu pendant deux jours, et encore le matin du troisième jour pour préparer le thé. Aujourd’hui, cette même quantité ne dépasse pas une journée. Parfois, je suis obligée d’en racheter pour 2 000 Fbu le soir », témoigne Sandrine Nshimirimana, habitante de la zone Ngagara, quartier 3.

Même constat chez les restaurateurs. Vestine, cheffe d’un restaurant dans ce quartier, indique que ses dépenses quotidiennes en charbon sont passées de 15 000 Fbu à 25 000 Fbu pour une même quantité.
La situation est similaire dans la zone Bwiza, où plusieurs points de vente font face à une pénurie. Certains espaces de stockage restent vides, faute d’un approvisionnement régulier par les camions de transport.
Un habitant de Bwiza explique : « Avant, avec 2 000 Fbu de charbon, je pouvais cuisiner du riz et des haricots et garder un reste pour le lendemain. Aujourd’hui, même avec 4 000 Fbu, je dois en racheter dès le matin ». Des vendeurs de charbon de bois indiquent qu’ils peuvent passer jusqu’à quatre jours sans être ravitaillés par les camions.
Les causes de la flambée des prix
Selon ces vendeurs, les pluies rendent difficile l’acheminement du charbon vers la ville. À cela s’ajoute la pénurie de carburant, qui perturbe fortement le transport.
D’après une analyse de l’organisation PARCEM, présentée par son président Faustin Ndikumana, environ 98 % de la population burundaise dépend du bois de chauffage et du charbon pour la cuisson, tant en milieu urbain que rural.
Il souligne également l’absence d’une véritable stratégie énergétique à long terme. « Le Burundi ne dispose pas d’une vision claire à cinq ou dix ans pour garantir un approvisionnement durable en énergie », déplore-t-il.
Il ajoute que la pression démographique, l’extension des terres agricoles et les usages multiples du bois figurent aussi parmi les facteurs aggravants. Par ailleurs, l’insuffisance des sources d’énergie alternatives contribue à cette crise.
Quelles alternatives ?
Du côté de l’Office national de la tourbe (ONATOUR), des efforts sont en cours pour proposer des solutions. Son directeur technique, l’ingénieur Juvénal Kantore, indique que l’usine produit actuellement entre 12 et 15 tonnes de briquettes carbonisées par jour.

Il rappelle qu’en 2023, l’objectif était d’atteindre une production annuelle de 45 000 à 50 000 tonnes. Toutefois, plusieurs défis freinent cette ambition, notamment les coupures répétées d’électricité et le manque de devises pour importer les matières nécessaires à la fabrication des briquettes. À cause de ces contraintes, l’usine ne produit qu’environ 2 300 tonnes par an.
« Nous avons récemment approvisionné la Police nationale et collaborons également avec le HCR pour les camps de réfugiés », précise-t-il.

Pour améliorer la disponibilité du combustible, l’ONATOUR propose l’extension de ses usines dans toutes les provinces, avec l’appui du gouvernement et des partenariats avec des entreprises européennes expérimentées, compte tenu des exigences technologiques et du besoin en main-d’œuvre qualifiée.
De son côté, Faustin Ndikumana recommande la mise en place de mesures incitatives, notamment l’exonération des équipements liés à l’utilisation du gaz, afin de promouvoir des alternatives au charbon de bois.
Blaise Kandikandi




