Les agriculteurs souhaitent bénéficier des fertilisants qu’ils prépaient plusieurs mois à l’avance, avec une livraison effectuée à temps, avant qu’il ne soit trop tard. Ils appellent également à une gestion rigoureuse des quantités disponibles et à leur implication dans le processus de distribution afin de garantir davantage de transparence.
Ce souhait, exprimé depuis plus de trois années successives, s’est progressivement transformé en indignation chez certains agriculteurs des régions de Butanyerera et Buhumuza. D’autres ont développé une forme de résilience en se détournant des engrais organominéraux pour revenir à l’utilisation du fumier organique.
Selon eux, les distributions sont insuffisantes, tardives et souvent incomplètes. Une situation d’autant plus incompréhensible que la FOMI a été implantée dans le pays pour réduire la dépendance à l’importation d’engrais, produire des fertilisants durables, améliorer la fertilité des sols, accroître les rendements agricoles et moderniser le secteur agricole burundais.
Une équation à multiples inconnues
Une cultivatrice rencontrée à Gisuru se lamente : « Je n’ai pas reçu l’engrais que j’avais prépayé au moment où j’en avais besoin. J’ai dû utiliser de faibles quantités de fumier organique, mais je sais que je n’aurai pas un bon rendement. Je n’ai pas beaucoup d’espoir. »
Elle dénonce également des pratiques opaques : « Ici, on voit des habitants recevoir de l’engrais dans des conditions peu claires, à des prix très bas, alors même qu’ils ne sont pas agriculteurs. Ils le stockent pour le revendre au double, voire au triple, aux frontières ou à des commerçants tanzaniens. Mais il est difficile de porter plainte sans savoir comment ils s’en procurent. Les choses seraient différentes si nous, les vrais agriculteurs, étions associés à une distribution transparente. Pour ceux qui ne vivent pas de l’agriculture, c’est devenu un simple business. »
Bucumi Juvénal, agronome zonal de Nyabitsinda, reste réservé : « Je ne souhaite pas répondre à cette question. Nous n’avons aucun souci concernant les fertilisants. Pour d’autres préoccupations, adressez-vous au chef de département. »
De son côté, Siméon, chef de département communal en charge de l’agriculture, de l’élevage et de l’environnement à Ruyigi, explique que « les listes sont établies en fonction des quantités d’engrais disponibles, et les habitants se partagent le peu qui est accessible ».
Associer les agriculteurs pour plus de transparence
Pour Gérard Buturo, moniteur de la colline Ruyaga, le problème réside dans le retard et l’insuffisance des quantités reçues. « Ceux qui cultivent dans les marais et qui avaient des fiches de confirmation ont reçu un peu d’engrais, mais ceux qui détenaient des tickets n’ont encore rien reçu. Sur notre colline, nous n’avons reçu que 30 sacs », déplore-t-il.
Selon lui, la distribution est actuellement gérée par le chef de colline, qui organise les journées de réception. « Le problème, c’est le manque de clarté. On ne précise pas les quantités disponibles. Tous ceux qui ont payé passent la journée à attendre, mais certains repartent bredouilles après avoir perdu une journée de travail », explique-t-il.
Cette situation entraîne, d’après lui, une baisse de la production agricole et contribue à la flambée des prix des denrées alimentaires sur les marchés. « Il faut éradiquer la corruption chez ceux qui sont censés protéger les intérêts des habitants. Il est également nécessaire de renforcer la sécurité aux frontières de manière transparente et rigoureuse. Enfin, il faut associer les cultivateurs afin qu’ils soient informés et ne restent pas frustrés », conclut-il.
La situation n’est guère différente à Ngozi. « C’est la même chose ici. Je ne comprends pas pourquoi la FOMI ne livre pas l’engrais à temps alors que nous le payons au moins trois mois à l’avance. Et quand il arrive, les quantités sont insuffisantes, alors que je comptais l’utiliser pour la saison suivante. On reste dans le même cycle. Je ne sais pas quand cela prendra fin », s’indigne Jean-Marie Ndarurinze, de la colline Vyerwa.
Selon lui, les agriculteurs sont exclus du processus de distribution. « Nous n’avons qu’à nous résigner, car la pénurie vient d’en haut. Ce sont pourtant ces autorités qui sont censées nous fournir les fertilisants. En tant que simples agriculteurs, nous ne savons pas comment résoudre ce problème. Tout se décide à un autre niveau », déplore-t-il.
S’il reconnaît l’utilité du fumier organique, il estime qu’il ne suffit pas : « Cela risque d’entraîner une baisse des récoltes d’au moins 60 %, car les sols ne sont plus aussi fertiles qu’avant. »
Pour une autorité de Kayanza ayant requis l’anonymat, « le simple cultivateur ne devrait pas subir une telle injustice. Les distributeurs doivent fournir l’engrais à temps et en quantité suffisante afin de stabiliser les prix sur les marchés et garantir la sécurité alimentaire de tous les Burundais ».




