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Infrastructures

Alimentation en eau potable : un secteur presque oublié

La Regideso en chiffres

En janvier 2021, le groupement Nodalis a été chargé, par la Banque mondiale, d’une mission de Conseil pour le développement d’options et d’outils pour le redressement financier de la Regideso. Au cours de cette mission, le Consultant a procédé à une analyse financière rétrospective de la Regideso sur les 5 dernières années.

Selon lui, le taux d’accès à l’eau potable est beaucoup plus élevé qu’en électricité. En 2020, selon les données commerciales de la Regideso et de l’AHAMR, le taux de desserte est de 74 % (85 % en milieu urbain, 71 % en milieu rural). « Cet accès au service bénéficie d’une ressource en eau suffisante pour couvrir les besoins, et un développement important des infrastructures au cours des dernières années ».

Malgré une stagnation en 2019, poursuit-t-il, les abonnés AEP ont augmenté en moyenne de 5 % sur la période 2016-2020. La consommation unitaire moyenne est également en augmentation sur la période (+14%), ce qui s’explique en partie par la forte réduction des pertes.

L’analyse montre que, dans les deux secteurs, les pertes restent élevées, aux alentours de 30 % pour l’électricité et 45 % pour l’eau potable sur la période 2016-2018. Les pertes en eau connaissent une forte baisse entre 2017 et 2020, passant de 48 % à 27 %. Selon la Regideso, une des raisons de cette amélioration est la sectorisation du réseau d’eau de Bujumbura, ainsi qu’une campagne de remplacement / redressement de compteurs défectueux.

Analyse du compte de résultat

Cette analyse a dégagé le compte de résultat synthétique de la REGIDESO sur la période 2016-2020 :

Concernant le secteur de l’eau, il est observé une marge sur la vente très bénéficiaire entre 2016 et 2019 (en moyenne 28 %). La marge nettement plus réduite de 2020 (3 %) s’explique essentiellement par le niveau très élevé des coûts de matériel, lié à une opération ponctuelle de grosse réparation sur le réseau de distribution.

Cette première analyse, même si elle devra être affinée par la suite, permet déjà de constater que, contrairement à ce qu’on observe généralement, le secteur de l’eau potable est en meilleure situation d’équilibre que le secteur de l’électricité, et ce malgré les coûts élevés de pompage dans le Lac Tanganyika.

Entre 2017 et 2019, les ventes d’eau ont permis de dégager une marge substantielle alors que les ventes d’électricité s’effectuaient à perte (en raison notamment du coût d’achat à INTERPETROL, supérieur au prix moyen de vente).

Les ressources stables de la REGIDESO sont quant à elles constituées quasi uniquement, jusqu’en 2019, par des dotations en capital de l’Etat et des subventions d’investissement. La dette financière ne représentant qu’environ 2 % du passif à long terme sur la période 2016-2019.

La Regideso a néanmoins ouvert deux lignes de crédit pour financer deux centrales hydroélectriques, Jiji et Murembwe : Une ligne de crédit de l’IDA (100 M USD) d’une durée 25 ans au taux d’intérêt annuel de 1 % ainsi qu’une ligne de crédit de la Banque Européenne d’Investissement (70 M €), d’une durée de 25 ans au taux d’intérêt de 0,4 % annuel (0,2 % semestriel). Après un premier tirage sur l’emprunt BEI pour le financement des barrages de Jiji et Murembwe, le ratio d’endettement est monté à 23 %.  

D’après cette étude, les créances clients de la REGIDESO restent toutefois encore très élevées, que ce soit pour les clients publics (gouvernement et communes) mais aussi les ménages et les commerces, impactant sensiblement à la baisse la trésorerie disponible.

Le Consultant a relevé des facteurs qui fragilisent la santé financière de la Regideso. Il s’agit entre du taux de perte élevé, que ce soit en électricité et en eau potable, même si la performance s’est nettement améliorée au cours des 2 dernières années ; du niveau élevé de créances clients, principalement sur l’Etat et les communes, mais aussi les clients privés (ménages et commerces) ; dans une moindre mesure, l’augmentation de la rémunération moyenne du personnel nettement au-delà de l’évolution du coût de la vie au Burundi (+7%/an en moyenne sur la période 2016-2019 en termes réels) et l’absence d’une formule d’indexation des tarifs sur l’inflation.

Quid de la dette et créances de la Regideso ?

Selon le rapport du ministère des Finances sur l’état de la dette intérieure de 2021 paru en Janvier 2023, les entreprises et institutions devaient à l’Etat burundais 386.838.388.628 BIF. Parmi ces entreprises figure, la Regideso qui doit à l’Etat une somme de 35.914.296.561 BIF avec une dette rétrocédée de 86 834 356 593 BIF.  

D’après toujours ce même rapport, le montant total des arriérés intérieurs de l’Etat envers la Regideso s’élevait en 2021 à 1.798.481.776 BIF.

En mars 2019, le ministre de l’époque en charge de l’hydraulique, de l’énergie et des mines, Côme Manirakiza, a fait un diagnostic peu reluisant de la Regideso. D’après lui, la Regideso a un personnel pléthorique inoccupé qui, malheureusement, gonfle la masse salariale de cette société. De plus, le ratio employé-abonné reste très élevé. « Aujourd’hui, nous avons au moins 110 000 abonnés de la Regideso au moment où le personnel oscille autour de 1200-1300 employés. Les standards de l’EAC recommandent que ce ratio soit d’un employé pour 50 abonnés alors que la Regideso dépasse 80 abonnés par employé », a précisé le porte-parole du ministère en charge de l’énergie de l’époque.

Un stock « mort » de plus de 10 milliards de BIF 

La passation des marchés publics est aussi une épine dans le pied de la Regideso. A l’époque, certains fonctionnaires de la cellule de gestion des marchés publics commandaient des équipements obsolètes et le stock « mort » totalisait plus de 13 milliards de BIF. Aucune transparence dans la passation des marchés. « Après la soumission des offres, les membres de la cellule de gestion des marchés publics retirent certains éléments du Dossier d’Appel d’Offre (DAO) pour favoriser l’un ou l’autre soumissionnaire. C’est pourquoi, ce sont les mêmes personnes qui gagnent les marchés. Des enquêtes sont en cours pour identifier les auteurs de ces magouilles », avait souligné le ministre.  

En mai 2018, la Regideso accusait des créances de plus 60 milliards de BIF. Malgré les multiples campagnes de recouvrement, la situation ne s’améliore pas.  Car, deux mois après le volume d’impayés a augmenté. La part des grands consommateurs atteignait 20 milliards de BIF. Cette situation entrave le fonctionnement la Regideso et l’empêche de bien servir ses clients. Le constat est qu’il y a un déséquilibre entre les recettes et les charges de la Regideso.

En avril 2020, le Ministre de tutelle évoquait une santé financière de la Regideso qui laissait à désirer. D’après lui, elle accusait des impayés d’un montant faramineux de 63 milliards BIF et évoquait des difficultés de payer les factures de ses créanciers surtout la dette pour l’Interpetrol qui s’élevait autour de 12 milliards BIF à la fin de février 2020.

Nous avons essayé de joindre le directeur général de la Regideso en vain.

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