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Justice

Violence collective : les dérives de l’instinct grégaire

Dans plusieurs localités du pays, des actes de violence collective éclatent à la suite de vols, de viols ou d’accusations de sorcellerie. Des foules en colère se substituent aux institutions. Si la population cherche souvent à rendre justice par elle-même, ces réactions de masse engendrent des conséquences dramatiques. Zoom sur un phénomène alarmant qui gangrène le tissu social.

C’est un fait connu de tous sur la colline Kabere, en zone Mabayi, de la commune Mugina, en province Bujumbura : les présumés coupables des actes de vol ont une minime chance de se retrouver indemne devant les instances judiciaires.

Le témoignage de Méthode*, habitant cette contrée, en dit long sur ce phénomène. Ce quadragénaire confie avoir participé aux châtiments orchestrés par un groupe de voisins à un présumé maraudeur dans les champs de banane : « Je l’ai fait parce que l’homme était soupçonné voleur depuis longtemps. Nous l’avons roué des coups, avant que la police intervienne, car il n’avait pas accepté avoir commis cette infraction, alors qu’il a été attrapé en flagrant délit. »

Loin d’être un cas isolé, Protais* (36 ans), habitant lui aussi la colline Kabere, affirme être intervenu un soir lorsque ses voisins avaient ligoté et frappé un voleur qui s’était introduit nuitamment dans leur domicile : « J’ai surpris une foule de gens qui voulaient en finir avec ce voleur. Mais, je les ai dissuadés de l’amener  devant la justice. »

Une justice populaire aux conséquences tragiques

En revanche, indique Protais*, le risque d’un lynchage public était plutôt évident : « J’ai redouté l’intention derrière les gestes violents que mes voisins manifestaient devant le présumé voleur. Je me suis dit que s’il arrive que cet individu soit tué, on allait se retrouver dans les geôles  suite à notre rôle dans son exécution. »

En effet, fait savoir Consolate* (57 ans), habitant Kabere, lorsque des gens choisissent de se rendre justice, elles ouvrent un cycle de violences et de vengeance sans fin : « Imaginez si une personne innocente est mise à mort suite aux accusations sans preuve tangible, vous comprenez que sa famille ou ses proches voudront toujours se venger contre ses agresseurs, et ni la communauté ni les institutions publiques ne réussiront à contrôler ces incidents qui peuvent se perpétuer à travers des générations. »

Toutefois, reconnaît Consolate*, il est difficile de ne pas suivre des réactions de masse : « Premièrement, quand la foule décide, personne ne peut l’arrêter. On ne peut pas convaincre une centaine d’individus déchainés de ne pas punir les voleurs, car ils nuisent à la quiétude sur notre colline. »

Pour Brigitte Nshimirimana, experte en consolidation de la paix, le fait de se rendre justice par n’importe quel moyen est une très mauvaise attitude : « Des fois, on peut même tuer ou blesser les gens qui sont des innocents. Imaginez-vous s’il y a une personne qui est tuée, et qu’on vérifie par après que ce n’était même pas la vérité. Il y’aura sans doute de la vengeance. »

En outre, poursuit Mme Brigitte, les gens qui ont assisté à ces scènes de barbarie peuvent subir des traumatismes : « Si jamais on a tué ou bien on a blessé une personne qui est innocente, vous comprenez qu’il y aura des regrets, et ce n’est pas facile vraiment de corriger. Ce sont des conflits qui restent de génération en génération. »

Servir de témoins actifs

Selon toujours cette experte, afin de prévenir de tels conflits dans la société, les témoins de ces incidents doivent se diriger vers les chefs de collines ou bien d’autres leaders communautaires pour le signaler à temps : « Il faut aussi que ces administratifs locaux, ne prennent pas ça à la légère, et interviennent directement, pour quand même sauver les personnes avant qu’elles soient tuées. » La vindicte populaire est à bannir, insiste-t-elle, et tous les membres de la communauté doivent comprendre que c’est vraiment mauvais d’agir brutalement, sans même preuve : « Et quand bien même il y aurait des preuves, il faut recourir à la justice et aux organes compétents et ne pas se faire justice soi-même. »

Abondant dans le même sens, Chadrack Bakundukize, l’adjoint du chef de colline Kabere, appelle la population à observer un comportement responsable face à des violences collectives. Il invite tout un chacun dans la mesure du possible à dissuader la foule qui cherche à se rendre justice, ou dans le cas échéant, à dénoncer ces actes préjudiciables à temps devant l’administration locale.

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