Marché central de Bujumbura : à reconstruire ou à repenser ?

10 ans que le marché central est parti en fumée. 10 ans que les restes encore ’’fumants’’ rappellent au passant la terrible journée où les vies des milliers de ’’Bujumburois’’ ont basculé. Entre temps, le ’’business’’ s’est développé sur les cendres ou autour des décombres dudit marché. De quoi se demander s’il est opportun aujourd’hui de le reconstruire ou construire une autre infrastructure à la place.
Construit en 1994 sur une superficie de presque 3 hectares pour un montant de 1,5 milliards de FBu de l’époque, le marché central de Bujumbura comptait plus de 7 mille commerçants. Avec 2092 stands officiellement connus, cette infrastructure en avait plus de 3.000 quand il a pris feu. Tout cela pour montrer l’importance de ce marché dans la vie du pays. Il y a même des estimations que ce marché central représentait un cinquième de l’économie nationale.
Pour la plupart des analystes et observateurs, l’importance de l’ex-marché central n’est point à démontrer. Quand l’incendie s’est déclaré le 27 janvier 2013dans ce marché, un des poumons du pays, des vies des milliers de gens ont basculé.
Mais, comme le dit si bien un adage Kirundi, ’’Uwuvunitse aca amenya gucumbagira’’ (Celui qui se casse un membre apprend vite à claudiquer. NDLR), les ’’Bujumburois’’ ont vite appris à avancer clopin-clopant, à s’adapter.
En témoigne la floraison de nombreuses galeries autour de la place où s’érigeait l’ex-marché central et un peu partout au centre-ville. Sans doute que les galeries Village Market, Le Parisien, Flic en Flac, etc., ont connu l’essor quand le marché central est parti en fumée.
De quoi se poser une question, un brin cynique peut-être, mais qui a son importance : doit-on reconstruire le marché tel qu’il était alors que peut-être l’écosystème des affaires au centre-ville n’est plus le même, 10 ans après ?
Ou bien faudrait-il penser à y construire une autre infrastructure publique d’intérêt national ? Cette question, nous sommes allés la poser aux citadins. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’ils ont été surpris par la question.
Construire une autre infrastructure ? Ça ne va pas la tête !
I.B. est une jeune femme de 27 ans qui travaille dans une boîte qui œuvre dans le digital. Quand on lui a posé la question de savoir si on ne ferait pas bien de construire un gratte-ciel de 30 niveaux avec plusieurs centres commerciaux à l’intérieur à la place du marché central, la réponse a fusé automatiquement : Non. Il faut y reconstruire un autre marché, peut-être plus moderne que l’ancien, mais un marché quand même. Parce que, selon elle, l’ancien marché central n’est pas qu’un marché. C’était un lieu important pour toute ville de par son emplacement et sa fréquentation.
C.I., est un jeune homme de 24 ans. Lui aussi pense qu’il faut reconstruire le marché et le rendre plus moderne. Même le Mall qui a été évoqué à un certain moment ne l’emballe pas car, selon lui, les centres commerciaux sont pour les gens aisés qui ont des moyens tandis que les petites gens vont là où les produits coûtent moins chers, c’est-à-dire au marché public.
Nous sommes allés voir un urbaniste pour lui poser la même question. La réponse de Chris-Noël Nduwimana, spécialiste en aménagement, n’est pas différente de celle des deux jeunes interrogés.
Selon lui, il faut y reconstruire le marché, mais il fait quelques nuances. Il trouve qu’il devrait y avoir d’abord une étude de faisabilité pour savoir comment le reconstruire. ’’Pour tout projet de grande envergure, il faut des études quantitatives et qualitatives. Il faudra peut-être montrer la forme du marché qu’on va reconstruire’’, a indiqué l’expert.
Il n’est pas du même avis avec ceux qui pensent qu’avec les bouchons que connaît déjà le centre-ville, la reconstruction du marché serait problématique. « Cela parce que la question de la mobilité se pose déjà et qu’il faut une réflexion en profondeur pour le résoudre indépendamment de la reconstruction du marché ».
Bref, tous ceux qui ont été approchés s’accordent sur une chose : reconstruire le marché central. Ni Mall, ni parking, encore moins une infrastructure à plusieurs niveaux. Seulement le marché et rien que le marché. Une autre preuve supplémentaire que le souvenir du marché central reste gravé dans la mémoire de Burundais, 10 ans après…
Par Parfait Nzeyimana, Yaga
Synergie des médias
Dossier préparé par Jimbere Magazine, Yaga, Iwacu et Burundi Eco




