Des initiatives de développement pour désamorcer les tensions

Alors que le Burundi s’achemine vers les élections de 2025, plusieurs initiatives de rapprochement entre membres et militants de différentes formations politiques s’opèrent en provinces pour assainir l’espace publique. Cap au nord et au sud du pays.
En province Ngozi précisément en commune Gashikanwa 28 jeunes, femmes et filles issues du CNDD-FDD, du CNL et de l’Uprona se sont mises en ensemble depuis 2022 autour de la devise « divergence d’opinion, union pour plus produire ». Elles cultivent des pommes de terre sur la colline Kivumu et le maïs sur la colline Musumba de la même commune.

Ces membres de différentes formations politiques se rencontrent pendant les week-ends, cotisent 5000 BIF pour se procurer des intrants agricoles. Pascasie Mukangabire, présidente de cette union, affirme que l’appel du président Evariste Ndayishimiye invitant à produire plus pour que chaque bouche ait à manger et chaque poche de l’argent a été la grande motivation pour réveiller ces jeunes femmes.
Sur la chaîne, houe à la main, corbeilles remplies de fertilisants ou pompes pleines de pesticides, ces jeunes œuvrent ensemble tout en se taquinant sur les chances de leurs partis respectifs à remporter les prochaines élections. Des discussions souvent ponctuées de quelques chansons religieux, une ambiance qui relaxe les esprits, selon toujours Pascasie Mukangabire, présidente de l’union des jeunes de Gashikanwa.
Cette initiative, poursuit-elle, a convaincu le PAEEJ qui leur a accordé un prêt de 8 millions, une somme qu’elles sont déterminées à rembourser rapidement car avec les champs de pomme de terre sur 1,5 ha à Kivumu et du maïs sur un ha à Musumba, elles comptent dépasser 12 millions de Fbu après les récoltes selon leur prévision.
Une preuve d’un haut degré de tolérance politique
Jacqueline Bireha, la maman d’une des jeunes filles membres de cette union, se félicite des progrès socioéconomiques que sa fille connaît depuis son adhésion à cette initiative de ressembler les forces vives pour la production commune : « Avant cette union, chaque groupe que ça soit du CNDD-FDD, CNL ou autres se distinguait par des propos discriminatoires, des agressions physiques. Actuellement, nos enfants sont plus apaisés et reconnaissent la valeur et le choix des autres. »
Même appréciation affichée par les habitants de la vallée de Vyegwa en commune Ngozi et Mwumba. Les jeunes du Cndd-Fdd, Cnl, Uprona et Frodebu et autres ont défriché des hectares pour cultiver différentes cultures et y pratiquer l’élevage des porcs, vaches et autres. C’est un exemple unique qui témoigne d’un degré élevé de tolérance politique qui règne actuellement sans oublier les retombées économiques qui s’en suivent.
En communes Nyamurenza et Kiremba, les esprits qui se chamaillaient à l’époque des meetings sont les guides de la production agricole. Les jeunes du CNL, ceux du CNDD-FDD respectent le choix de tout un chacun.
Les témoignages de Kiremba, commune d’origine d’Agathon Rwasa, leader du CNL, et ceux des Imbonerakure, jeunes du parti CNDD-FDD, affichent le changement total. Des réunions de chaque parti politique se tiennent juste après les travaux en commun.
Œuvrer ensemble, une pratique qui réussit
Un ouf de soulagement chez les parents qui reconnaissent la valeur ajoutée et le progrès significatif que vivent ces jeunes dévoués pour le respect mutuel et les travaux de développement.
Même son de cloche chez certains membres de différents partis politiques interrogés en province Rumonge. Ils disent vivre dans l’harmonie à l’approche des prochaines élections. Eric Bizindavyi, habitant la colline Mutambara et membre du CNDD-FDD, affirme que la méfiance s’est estompée entre les jeunes issus de différents partis politiques : « Cela est en partie dû au fait que nous nous rencontrons souvent dans des associations et coopératives d’agriculture et d’élevage. »
Propos corroborés par Samuel Nihangaje du CNL qui soutient que la cohabitation entre eux et les jeunes Imbonerakure s’est beaucoup améliorée depuis 2015 : « Nous sommes appelés au même titre à participer dans les travaux de développement et lorsque des aides ou crédits sont octroyés, nous en bénéficions tous. »
Toutefois, tempère-t-il, il reste un domaine où ils ne sont jamais associés : celui des rondes nocturnes pour aider la police et l’administration à assurer la sécurité : « Ce domaine semble dédié exclusivement aux seuls Imbonerakure, ce qui devrait changer pour rassurer tout le monde. »
Un appel à rester uni
Une proposition soutenue par Eric Bizindavyi : « Nous approchons la période électorale et comme nous le savons tous, c’est souvent une période délicate en termes de sécurité et donc toutes les forces devraient être associées pour éviter des suspicions. »
Contacté, Augustin Minani, administrateur communal de Rumonge, affirme que du côté de l’administration, ils collaborent avec tout le monde sans considération de l’appartenance politique des individus : « C’est l’une des raisons qui explique sans doute le calme observé dans notre commune contrairement à ce qui s’est passé dans les années antérieures. »
Sensibiliser les jeunes issus de différentes formations politiques, poursuit-il, à œuvrer ensemble à travers des associations et différentes coopératives, est devenu une priorité pour l’administration : « Cette pratique s’est avérée payante dans le renforcement du vivre-ensemble entre ces jeunes malgré leur différence partisane. »
Et d’appeler tous les habitants de Rumonge, membres ou pas des partis politiques à rester unis et préserver la cohésion et la sécurité de leur commune.
Jean Bosco Ndayiragije et David Ndereyimana, Jimbere Magazine




