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Le CNL dans une situation confuse

Dans une crise récurrente qui dure environ une année au sein du Congrès National pour la Liberté (CNL) où deux parties en conflit s’accusent de dissidence et d’un mauvais leadership, la situation actuelle est complexe. Les réunions du parti ne sont plus tenues jusqu’à ce que les deux parties en conflit se réconcilient. Ce qui n’est pas du tout pour bientôt. Cela au moment où le ministère en charge des partis politiques met les deux parties dans l’embarras de choix.

Le conflit au sein du CNL est entre une dizaine de cadres de ce parti sur les 20 membres statutaires du bureau politique, soit dix députés et Agathon Rwasa que ces derniers qualifient de l’ex-président du parti. Ils se sont suspendus successivement à la tête du parti et en fonction du membre de l’organe du parti.  

Dans une émission publique du 6 octobre 2023, Martin Niteretse, ministre de l’Intérieur, du Développement Communautaire et de la Sécurité publique a déclaré que les statuts du parti CNL reconnus légalement sont ceux du 16 janvier 2019. Or, les organes du parti reconnus par ces statuts ne s’entendent pas et apparemment s’asseoir ensemble n’est pas pour demain.

Par ailleurs, il avait suspendu les activités du CNL sur toute l’étendue nationale en juin dernier.

Un leadership qui laisse à désirer

Martin Niteretse reconnaît un leadership défaillant au sein des bureaux politiques de certains partis politiques de l’opposition.

Quant aux tensions internes qui perdurent au niveau du parti CNL, le ministre Niteretse rappelle que le nœud du problème réside au niveau de la représentation dudit parti.

« Nous les avons contactés pour une réconciliation éventuelle entre les deux parties, mais en vain », précise-t-il avant d’aviser que les autres partis sont sur le terrain et organisent des réunions et des rassemblements sans encombre. 

D’ailleurs, au début de cette année, le ministre de l’Intérieur a instruit les gouverneurs de laisser les partis politiques exercer librement sur l’ensemble du territoire dans le strict respect de la loi.

Les représentants des partis politiques ou leurs délégués ont le droit d’organiser librement des réunions ou des rassemblements politiques.

Pour lui, les chefs des partis politiques ne demandent pas d’autorisation. Ils informent uniquement les administratifs. « Normalement, il ne s’agit pas d’une demande d’autorisation, mais une communication adressée aux administratifs à titre informatif. La correspondance adressée aux gouverneurs venait répondre aux plaintes des partis politiques sur un probable verrouillage de l’espace politique », éclaire M. Niteretse.

Les activités du parti à l’arrêt

« La solution pour sortir de la crise au sein du CNL est la tenue du congrès par les organes de 2019 reconnus par la loi. Cela pour statuer sur les questions internes du parti »

Selon Térence Manirambona, un des 11 cadres du parti suspendus par Agathon Rwasa, depuis que le ministère en charge des partis politiques a pris la décision de suspendre les activités du CNL sur toute l’étendue nationale, la situation est complexe. « On ne tient plus des réunions », dit-il.

Malgré cela, Agathon Rwasa, lui a signalé que cette suspension des activités du parti CNL n’a qu’une durée de six mois et que celle-ci a expiré au 1er décembre 2023. C’était lors d’une conférence de presse du dimanche 3 décembre 2023.

« Nous n’avons pas cessé pendant toute la période de six mois que viennent de durer lesdites sanctions de montrer clairement comment ces sanctions étaient irrégulières, abusives, injustes et arbitraires. Nous avons chaque fois demandé leur annulation, mais l’autorité ministérielle s’est restée dans un silence inédit », regrette Agathon Rwasa avant de citer l’alinéa 2 de la loi régissant les partis politiques au Burundi stipulant que la mesure de suspension et de fermeture des locaux ne peut pas excéder six mois.

Ce qui a surpris M. Manirambona. « Normalement, c’est la personne qui a pris la décision qui a les prérogatives de la lever », fait-il remarquer.

S’exprimant sur les ondes de la radio Isanganiro, M. Niteretse a quant à lui souligné qu’il n’a pas adressé de correspondance au parti CNL pour une reprise éventuelle des activités. La décision de suspendre les activités du CNL a été prise pour favoriser le dialogue et la réconciliation entre les parties en conflits, selon toujours M. Niteretse.

L’origine du conflit

M. Manirambona informe que les conflits au sein du CNL datent de novembre 2022. Les 11 cadres du CNL accusent Agathon Rwasa qu’en cette date, il a tenu une réunion pour la mobilisation de fonds destinés à la construction de la permanence nationale.

« C’est dans cette réunion qu’il a annoncé l’existence d’un complot visant à le destituer à la tête du parti voire à l’exterminer », notifie-t-il avant de signaler qu’Agathon Rwasa a inventé un stratagème consistant à se victimiser pour simuler qu’on veut l’éliminer. Or, continue-t-il, c’était un moyen pour se couvrir des fautes qu’il avait commises.

Et d’indiquer : « Ces fautes sont, les manquements graves, absence des réunions statutaires des organes, le détournement de fonds, considéré le parti comme une société unipersonnelle, la violation des statuts et du règlement d’ordre intérieur du parti, … ».

Avec cela, informe M. Manirambona, les membres du bureau politique ont adressé des messages à Agathon Rwasa jusqu’à faire recours aux amis et connaissances pour lui demander de tenir une réunion et voir comment redresser la situation, mais en vain. Ce qui a occasionné sa destitution à la présidence du parti CNL.

La réconciliation n’est pas pour demain

« La suspension des activités du parti CNL n’a qu’une durée de six mois et les dissidents n’ont qu’à revenir à la raison ».

Agathon Rwasa invite ceux qu’il appelle dissidents de revenir à la raison. Pourtant, Terence Manirambona témoigne qu’Agathon Rwasa reste toujours campé sur sa position et ne veut pas collaborer.

Il souligne également que c’est déjà tard. Cela au cas où Agathon Rwasa reviendrait sur sa position et qu’il accepte de se réconcilier avec ses concurrents.

Et de déplorer : « Les militants des deux côtés se rentrent dedans. Nous avons recensé 12 provinces où des cas de violences se sont passés, soit dans la province de Ruyigi, dans la province de Muyinga, dans la province de Gitega, dans la province de Bubanza, dans la province de Cankuzo, dans la province de Bujumbura… Cela sans oublier les messages haineux qui circulent sur les réseaux via les comptes anonymes ».

Pour M. Manirambona, la solution pour sortir de la crise est la tenue du congrès par les organes de 2019 reconnus par la loi pour statuer sur les questions internes du parti.

Le ministre de l’Intérieur dresse un bilan positif sur la situation politique du pays à la veille des élections de 2025. Il donne des signaux de la réussite des élections en perspective en se référant à la décentralisation des élections législatives et sénatoriales ainsi qu’au nouveau découpage administratif.

Pour ce qui est du financement des partis politiques, le ministre de l’Intérieur confirme que la volonté est là, mais que le budget fait défaut. « Le budget général de l’Etat est toujours déficitaire », dit-il. Et d’affirmer : « Le gouvernement finance indirectement les partis politiques à travers le maintien de la paix et la sécurité ».

Benjamin Kuriyo et Mélance Maniragaba, Burundi Eco

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