Jimbere

Kirundi French
Agriculture

Rumonge : quand les escargots et les chenilles menacent les cultures

Au cours de la saison culturale A 2022-2023, entre 40 et 50 ha des champs ont été ravagés par des escargots dans toutes les communes de la province de Rumonge hormis Bugarama. Il y aura des incidences sur les récoltes, les agriculteurs broient du noir et demandent que les pesticides soient subventionnées. Reportage.

Mardi 24 janvier 2023, une équipe de reporters se rend à Rumonge, pour se rendre compte des ravages causés par des escargots sur des cultures sous le regard impuissant des agriculteurs désemparés.

C’est dans l’après-midi après une forte pluie, que nous empruntons la route presque impraticable menant dans la commune Buyengero. Quand nous décidons de descendre du véhicule, au chef-lieu de la colline Kirama, une trentaine de gens aux regards perplexes nous encerclent déjà.

« Dieu vient de répondre à nos prières, ces gens nous apportent des pesticides pour lutter contre les escargots ravageurs de nos champs», murmurent-ils. Nous déclinons vite notre identité pour qu’ils ne nous confondent pas aux agents du ministère de l’Agriculture.

Après avoir compris que nous sommes des journalistes, c’est tout le monde veut parler pour exposer son malheur : ses cultures menacées par une horde d’escargots.

Selon Eliezer Mpabwanayo, la cinquantaine, ces escargots ravagent toutes les cultures sauf les palmiers à l’huile, qui ont des feuilles dures. « Ces escargots existent dans la région de l’Imbo depuis longtemps, ils se reproduisent beaucoup pendant la saison pluvieuse. Nous cultivons mais l’espoir d’avoir de bonnes récoltes sont minimes », déplore-t-il.

Un agriculteur et sa fille en train de mettre de la cendre sur les escargots

Le souci que Mpabwanayo présente, c’est le manque des pesticides efficace que les agriculteurs peuvent utiliser pour lutter efficacement contre ces ravageurs. « Aujourd’hui, nous les ramassons pour les rassembler et puis nous y mettons de la cendre ou du savon Omo mélangé avec du sel. Ils meurent à petit feu. Cette méthode nous aide un peu. Le problème est que nous ne parvenons pas à ramasser tous les escargots », se lamente Eliezer.

Et d’insister : « L’usage des pesticides serait le seul moyen pour en finir avec cette invasion. Nous demandons à l’Etat de prendre cette question en main ».

Marcien Kabura, 62 ans révolus, nous emmènera dans les champs afin de nous rendre compte de la situation. Nous l’invitons à monter à bord de notre véhicule et il nous montre le chemin vers ses champs. Quand nous nous sortons du véhicule, nous nous retrouvons avec un autre jeune agriculteur en train de ramasser les escargots. 

Didier Ntunzwenimana, la trentaine est dans son champ avec sa fille, elle rentre de l’école. Elle s’active à apporter à son papa de la cendre que tout le monde se sert pour lutter contre ces mollusques. « C’est terrible, les champs de cette colline sont tous ravagés. Nous avons besoin des produits phytopharmaceutiques, rien d’autre ».

Ne pouvant pas se retenir, Zacharie Nkeshimana, un des conseillers collinaires de Kirama prend la parole et soulève la question des pertes et des conséquences remarquées à cause de ces escargots. Selon lui la récolte n’est pas bonne et les prix sur le marché ne cessent d’augmenter. « Il y a trois mois un kilo de farine de manioc s’achetait à 1.300FBu, aujourd’hui, c’est 2.500 FBu.  Le haricot qui était à 2.200FBu se vend à 3.400Fbu ». 

Ce conseiller collinaire se lamente aussi du temps qu’ils perdent en ramassant des escargots au lieu de faire d’autres activités génératrices de revenu. Ce conseiller fait également savoir qu’il a un champ de 3 ha environ abandonné à cause de ces ravageurs.

Des solutions efficaces, mais éphémères…

Le directeur du Bureau provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage à Rumonge, Ir Abel Ndayishimiye fait savoir que l’invasion des escargots ne date pas d’hier dans cette province. 

Mais, il affirme que dans cette saison culturale A 2022-2023, ces ravageurs étaient tellement nombreux. La cause serait due aux changements climatiques : « La région de l’Imbo où se trouve la province de Rumonge est de nature chaude. Alors, si la pluie tombe, ces escargots se reproduisent et se multiplient très rapidement », explique-t-il.               

Abel Ndayishimiye DPAE Rumonge: « L’Etat ne peut pas offrir gratuitement le métaldéhyde« 

Des cris d’alarmes des paysans de Rumonge sont parvenus au ministère de l’Agriculture. Ce dernier est intervenu et leur a apporté 100 kg de métaldéhyde, un pesticide efficace pour éradiquer ces escargots.

« Les champs ravagés représentent une superficie de 50 ha dans les communes de Muhuta, Rumonge, Buyengero et Burambi. La production sera mauvaise dans cette saison culturale A 2022-2023 », déplore le directeur du BPEAE.

La campagne d’éradication de ces escargots à l’aide de ce produit phytopharmaceutique a commencé à Muhuta, la commune la plus menacée. « On y a utilisé 40kg de métaldéhyde. Les autres communes ont reçu 20 kg chacune, hormis Bugarama. Bien sûr que 100kg ne pouvaient pas suffire pour tous les champs se trouvant dans les 4 communes touchées. Nous avons fait une campagne de ramassage de ces escargots. Et puis, nous les mettions ensemble dans un fossé pour y verser ce produit. Ils sont morts. La population constate que ce pesticide est véritablement efficace », se réjouit Ndayishimiye.

Alors que la population demande à l’Etat de leur offrir du pesticide pour mettre dans leur champs afin de lutter efficacement contre l’invasion des escargots, le directeur du BPEAE sensibilise plutôt les agriculteurs de mettre de l’argent ensemble  pour qu’ils puissent s’en acheter eux-mêmes.

 « Un kilo coûte 12.000 FBu, et peut couvrir entre 6 à 10 ha.  L’Etat ne peut pas offrir gratuitement le métaldéhyde pour couvrir toute la province de Rumonge, étant donné que les autres provinces en ont besoin ».

A ceux qui disent que les paysans ne seront pas à mesure de s’acheter de ces pesticides, car, étant pauvres, cet administratif les interpelle à recourir à des méthodes naturelles notamment l’usage de la cendre ou du savon Omo mêlé de sel, en attendant une solution plus efficace. Il demande aux agriculteurs d’être en étroite collaboration avec les moniteurs agricoles afin de mieux se préparer pour la saison culturale B 2023.

Aux escargots, s’ajoute l’invasion des chenilles …

« Le malheur ne vient jamais seul », dit l’adage français. Le directeur provincial de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage à Rumonge, fait savoir que les marais de Kagoti  couvrant une superficie de 97 ha et de Kijigo avec ses 16 ha de la zone Gatete ont été envahis par des chenilles qui ravagent  les céréales et surtout le riz. « Elles ravagent les feuilles vertes du riz, de blé, du sorgho, de maïs, de millet, d’éleusine, etc. Les riziculteurs sont dans le désarroi. Les champs qui étaient verts ont été complétement rasés par ces bestioles », déplore-t-il.

Ce directeur explique que ces chenilles proviennent des œufs de papillons. Il tient à tranquilliser : « Les produits phytosanitaires pour lutter contre ces chenilles sont déjà arrivés. Le ministère chargé de l’agriculture nous a apporté 10 l de pesticide de type ’’Iron’’ qui seront utilisés dans la campagne de pulvérisation dans tous les 113 ha de Kagoti et Kijigo ».

Après cet entretien, cap sur Gatete pour nous rendre compte de l’ampleur des dégâts dans les rizières. Dans le marais de Kagoti, il se remarquent plusieurs corbeaux, ils sont très actifs, ils sont attirés par ces chenilles un festin pour eux, un malheur pour les riziculteurs.

Les agriculteurs sont en train d’essayer ce produit, tout le monde veut être servi en premier. Les 10 l d’iron offert par le ministère de l’Agriculture sont à distribuer.

Evelyne Ndayisaba, moniteur agricole dans ce marais, leur demande de mettre ces 4cc dans un arrosoir de 16 l d’eau qui remplit une pompe.  « Un litre d’iron doit couvrir entre 8 à 10 ha », avertit-elle. Les agriculteurs font recours à l’eau puisée juste dans ce marais.

Thomas Masabarakiza, la quarantaine, a loué dans le marais de Kagoti un demi-hectare pour y planter du riz. Il avoue avoir utilisé beaucoup d’argent dans le labour.

Désespéré, il dit qu’il ne récoltera presque rien. Les chenilles ont ravagé tout son champ. Pour la pulvérisation, il affirme que les 4 cc d’iron qu’on leur donne ne sont pas efficaces.

Venu superviser cette campagne de pulvérisation, Evode Ndagijimana inspecteur phytosanitaire à Rumonge, constatera l’inefficacité de ces 4cc, et décidera en commun accord avec sa hiérarchie d’augmenter la dose jusqu’à 10cc. Mais, la quantité prévue de ce produit deviendra insuffisante.

La pulvérisation des rizières pour lutter contre l’invasion des chenilles dans le marais de Kijigo

« C’est la troisième fois que ce marais connaisse l’invasion des chenilles depuis 1960 », dira Mathias Nsambaniruka, 80 ans. « Dans le temps, en cas d’invasion des chenilles, des garde-bœufs affluaient envoyés par la Providence pour manger ces bestioles. Les moniteurs agricoles étaient moins nombreux. La cause de ces chenilles serait due au manque d’eau suffisante dans ce marais. Car, si la pluie tombe suffisamment, ces chenilles disparaissent », affirme ce vieil agriculteur.

Pour cela, les agriculteurs demandent au gouvernement d’envisager des travaux de déviation d’une partie des eaux des rivières Murembwe et Buzimba, étant donné que le marais de Kagoti se trouve entre ces deux rivières.

Vous saurez que le ministère de l’Agriculture a fait savoir dans un communiqué du 27 janvier 2023, que les provinces de Ruyigi, Rumonge, Rutana, Gitega, Muramvya, Ngozi, Karusi, Kayanza et Bururi ont été envahies par ces chenilles.

Ce ministère appelle la population à lutter contre ces chenilles en utilisant des insecticides de types Iron, Dercis, Cypalm, Dudu Acelarnectine, Dudu Fenos et Dursban, disponibles dans les pharmacies vétérinaires.  

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top