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Justice

De la discrimination aux violences de masse : comment des lois et traditions font basculer toute la société ?

Absent dans le débat populaire, mais présent dans les consciences des citoyens, le caractère discriminatoire et injuste de certaines normes sociales et dispositions légales alimente haine et méfiance entre différents groupes ou catégories d’individus.

C’est une triste réalité vécue par plus d’un dans la bourgade de Masama I, en commune Gahombo, de la nouvelle province de Butanyerera. Cette localité, comme tant d’autres d’ailleurs, a hérité d’un certain nombre de traditions qui sont aux antipodes de l’équité comme le droit à la succession, etc.

Alice* (38 ans) déplore des inégalités liées aux partages de l’héritage familial qui frappe souvent la gent féminine : « Les filles sont quasi exclues lorsqu’il s’agit de jouir des biens laissés par les parents. C’est une vieille tradition qui veut que la femme soit financièrement dépendante de son mari, lui privant ainsi de son autonomie. »

Gérard* (44 ans), habitant lui aussi Masama I, porte  quant à lui, un regard critique sur la pratique qui veut qu’un mari remplisse ses responsabilités dans un foyer même lorsque fa femme lui a été infidèle l’infidélité. « Tant que la femme est encore engagée dans le mariage, un homme a l’obligation d’élever l’enfant né de cette dernière malgré l’absence d’une relation biologique entre le père de famille et l’enfant », regrette-t-il.

Pour Gérard*, c’est une injustice notoire que la loi matrimoniale soutient, et qui entretient des discordes : « Être contraint d’élever le fruit de l’infidélité de sa femme est détestable. De telle situation génère parfois un climat malsain au sein du foyer. »

Des conséquences désastreuses

Lorsqu’il y a un système de discrimination, avertit Vital Nzambimana, doctorant en sociologie, les messages de haine deviennent omniprésents dans les communications : « Dans ce contexte, on entend des discours dévalorisants qui soutiennent que certaines personnes sont capables de faire ceci, d’autres ne le sont pas. Ou bien certaines personnes sont nées pour gouverner, par exemple, et d’autres sont nées pour être soumises à un groupe quelconque. Il y a des gens qui disent que certaines personnes sont naturellement incompétentes, etc. »

Selon Mr Nzambimana, ce qui pousse les gens à voter des lois qui discriminent les autres, sont des intérêts politiques, économiques, sociaux ou religieux : « Il y a aussi une certaine motivation de dominer et de se sentir supérieur. Ainsi, les coutumes ou les traditions culturelles, l’influence de l’éducation et de l’environnement renforcent ces discriminations. »

Ce doctorant alerte sur les conséquences de ces comportements qui peuvent partir des traumatismes psychologiques durables à la perte de confiance dans les institutions régaliennes, allant même jusqu’à susciter des violences : « Lorsque l’État est perçu comme complice ou responsable de la discrimination, cela affaiblit la cohésion sociale et alimente la défiance envers la justice, la police ou l’armée. En excluant certains groupes, la société peut basculer dans les conflits, dans les guerres civiles ou bien même dans les génocides. »

Mr Nzambimana rappelle qu’avec le régime de l’apartheid, les Noirs sud-africains étaient privés des droits civiques, cantonnés à des zones géographiques spécifiques et exclus de nombreuses professions. « Ce système a incité les Noirs qui étaient exclus à se battre contre le régime des Blancs qui les discriminaient jusqu’à ce qu’ils le renversent avec force et fracas dans les années 1990

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