Face au dilemme entre la nécessité sanitaire et la multiplication de commerces se présentant comme des pharmacies, les députés ont exprimé leurs préoccupations. Le Ministère de la santé publique admet des problèmes et s’engage à assainir ce secteur…
Il ne se passe pas aucun jour sans entendre de cas d’empoisonnements au Burundi. En meme temps, l’affluence de ceux qui se disent capables de donner des remèdes ne cesse de grandir. A cela s’ajoute la vague d’ouverture de pharmacies sur le territoire. Jouent-elles réellement leur rôle d’accompagner le secteur de la santé. Ou bien elles sont devenues tout simplement des lieux de commerce ?
Pour les représentants du peuple, cette préoccupation semble avoir été reléguée au second plan au profit de la seule opportunité commerciale que revêt ce secteur. Et cette situation s’accompagne d’un manque de transparence en ce qui concerne les importations de médicaments, ou de la vente de médicaments rares en cachette et à un prix exorbitant.
Parfois, des pharmacies qui collaborent avec la mutuelle de la fonction publique ne donnent pas les médicaments prescrits vu la cherté de ceux-ci. Les patients se résignent donc à en acheter des dérivés ou acheter à 100% dans les pharmacies publiques ou privées à un prix élevé. Si ce secteur demeure donc désordonné, il risque d’être une source de sérieux problèmes de santé, accusent les représentants du peuple.
Des inquiétudes dans tous les sens
Le député Martin Nivyabandi, y est pas allé sans ménagement, lors de la plénière du 26 juin. « D’un côté, nous faisons face à des citoyens qui, à chaque malaise, évoquent l’empoisonnement. De l’autre, nous avons des pharmacies qui pullulent même dans les coins les plus reculés du pays où il n’y a même pas d’électricité pour faire fonctionner un réfrigérateur », a-t-il accusé.
Et de s’interroger sur la qualité des produits offerts par ces pharmacies: « Ne vendent-elles pas des médicaments dont la date de péremption a été largement dépassée ou mal conservée au risque d’empoisonner les malades au lieu de les guérir ? »

A cette préoccupation, la Ministre de la Santé Dr Lydwine Baradahana a rétorqué être au courant de cette situation qu’elle a jugé, par ailleurs, préoccupante. « Une administration parallèle s’est arrogé le droit de fabriquer un cachet au nom du Ministère de la Santé et a donc autorisé frauduleusement l’ouverture de plusieurs pharmacies », a-t-elle révélé.
A ce sujet, a-t-elle indiqué, une enquête est en train d’être menée et il y a déjà des suspects traduits en justice et une fois coupables ils seront punis conformément à la loi. Et d’annoncer la fermeture de 2400 pharmacies et 4300 autres qui seront accompagnées pour un meilleur exercice de leur fonction. »Pour la Ministre de la Santé, nul doute donc que l’expansion des médicaments périmés susceptibles d’empoisonner les patients au lieu de les guérir, ait été causé par des pharmacies qui ne remplissent pas les normes.
Explications loin de satisfaire…
Justine Ndayirorere qui tient une pharmacie au quartier Mirango en zone urbaine de Kamenge, ne partage pas cette analyse. Il serait injuste de se retrouver à la rue après avoir patienté et subi un long et pénible processus d’agreement, martèle-t-elle : « Tenez, pour seulement bénéficier de l’agreement, j’ai dû débourser plus de six millions de Fbu. Je dois aussi payer chaque année à la mairie soixante mille Fbu sous peine d’en payer cent comme pénalité pour un retard. Là, je ne vous dis pas les frais de déplacements à chaque fois que je devais me rendre au ministère pour m’enquérir de la situation, qui a d’ailleurs trainée longtemps que prévu. Et là, me dire de fermer pour aller au chômage sans même avoir recouvert mon capital, c’est injuste parce que j’ai respecté toutes les procédures exigées. »
Face à cette volonté du Ministre, les députés ont, eux aussi, soulevé des inquiétudes, par rapport au risque d’instaurer un monopole de fait, susceptible de bénéficier aux seuls gros poissons du secteur commercial, la non-conformité aux règles et la possibilité d’une ouverture à la corruption. D’où la nécessité d’une rigueur impartiale
‘‘1400 pharmacies devraient suffire’’
S’adressant à nos confrères du journal Iwacu, Serges Harindogo, représentant l’Ordre des pharmacies, estime également leur institution ne devrait pas être tirée du jeu de règlementation. Selon lui, l’on devrait suivre l’exemple de la Tanzanie où cet ordre joue un rôle prépondérant pour un encadrement renforcé dans la prise de décisions stratégiques pour une gouvernance rationnelle de ce secteur.
Quoiqu’il en soit, la ministre reconnait un secteur gangrené par le désordre marqué par la négligence de certains fonctionnaires de l’état. D’ailleurs pour elle, « si les postes de soins de santé, les centres de santé et les hôpitaux jouaient leur rôle comme il faut, 1400 pharmacies suffiraient à servir tout le pays. »
A la fin de cette plénière, une paysanne qui ne comprend rien de la réglementation et des conditions de conservation de médicaments, n’entendra-t-elle plus parler d’empoisonnement au quartier ? Devrait-elle garder sa confiance aux pharmaciens de son quartier ou les remettre en question ? Peut-elle espérer un changement rapide comme promis par la ministre Baradahana ? Le temps nous le dira…




