Poursuivre ses études à l’étranger est devenu une nécessité pour profiter d’un système éducatif plus performant, permettant aux lauréats de s’intégrer sur le marché du travail à l’étranger ou de retour au Burundi. Pourtant, l’accès à l’information pour les opportunités de mobilité étudiante reste handicapé par la propension toute burundaise de se confier aux on-dit, au lieu de piocher dans la vaste documentation disponible en ligne. Gros plan avec le Dr Eric Ndayisaba, enseignant à l’Ecole Normale Supérieure (ENS) et à l’Université du Burundi
La question de la mobilité étudiante devient de plus en plus cruciale, intéressant plusieurs institutions aussi bien étatiques que non-gouvernementales. Dans le contexte de l’émergence absolue du numérique, les informations sur les programmes de mobilité universitaire sont largement accessibles en ligne via les sites officiels des différentes institutions. Pour bénéficier des opportunités offertes par la mobilité universitaire, nous devons donc évoluer de notre culture de l’oralité pour nous approprier des technologies numériques de l’information et de la communication.
Par définition, le concept de mobilité universitaire exprime le fait que des étudiants ou des professeurs intègrent une autre institution d’enseignement et de recherche à l’intérieur comme à l’extérieur du pays pour question d’études ou de recherches. Parfois, on ajoute international pour marquer l’aspect transfrontalier du mouvement. On peut aussi parler de de mobilité étudiante tout court ou academic mobility pour les anglo-saxons. En général, on parle de mobilité quand il s’agit de séjourner dans un autre pays et davantage pour les pays du «Nord», réputés pour la performance de leurs universités.
Certains programmes de mobilité sont payants c’est-à-dire que c’est l’étudiant qui finance lui-même en totalité ou en partie les frais de scolarité et de séjour. Pour d’autres programmes, les financements sont octroyés au candidat après l’analyse, souvent minutieuse, de son dossier. Les financements sont de plusieurs sources : les États, les universités, les centres de recherches, les organisations privées, etc.
Postuler pour un programme de mobilité universitaire ne signifie pas donc juste s’inscrire. C’est soumettre la candidature au moyen d’un dossier selon les exigences de chaque programme. Cela veut dire que le projet de mobilité se prépare bien à l’avance. Le candidat doit d’abord savoir quel type de mobilité il souhaite faire ainsi que l’ensemble des exigences pour en bénéficier. Ensuite, il doit réunir l’ensemble des éléments qui constituent le dossier de candidature. Ces éléments sont indiqués sur les sites internet des institutions.
Les défis à l’appropriation du numérique
Notre culture de l’oralité nous impose ses règles, qui voudraient que la bonne information soit celle reçue par un ami, un proche, un parent. Cela est peut-être dû à une crise de confiance généralisée envers l’institutionnel, l’officiel, qui trouve ses origines dans les rapports de domination et de crainte entre la population et ses dirigeants. Ce qui fait qu’on a toujours l’idée qu’il faut toujours passer par quelqu’un de plus proche, de priori son «aîné social» pour avoir son «occasion» : un stage, un emploi, une bourse d’étude, etc.
Pour toute communication, le messager se révèle plus important que le message. Pour une information obtenue par n’importe quelle voie, médiatique, orale, …, il faut contacter son ami le plus proche de la source pour confirmation.
Il en est de même de la manière de soumettre son dossier. Quelle que soit sa nature, pour la plupart des Burundais dont les jeunes, il faut se rendre au bureau pour obtenir des informations et surtout pour voir qui peut faire «avancer» le dossier, de préférence en documents physiques.
Cela peut se vérifier à travers les commentaires sur les publications des programmes de mobilité universitaire par les médias, dont le Magazine Jimbere. Pour les uns, le pessimisme est réel car «la mobilité est pour les autres, ceux qui sont choisis à l’avance par les institutions responsables de ces programmes en faveur des proches.» Pour les autres, ils demandent où se trouve le bureau pour «déposer» le dossier.
Tout cela ne favorise pas l’appropriation des technologies numériques comme des outils permettant au niveau individuel d’accéder aux opportunités de formation universitaire. Ainsi, la plupart des jeunes se limitent à l’usage des réseaux sociaux en particulier Facebook et WhatsApp.
Cela est dû également à la faiblesse et à l’instabilité de la connexion internet qui ne garantissent pas toujours un usage de qualité des technologies numériques. A cela s’ajoute le manque du matériel, à l’exemple de l’ordinateur portable, pour mettre régulièrement en pratique les théories apprises parfois à la hâte dans les cours d’Informatique ou de Technologie de l’Information et de la communication.
La nécessité d’intégrer le numérique dans le quotidien des universités
On avait déjà constaté l’importance de la révolution numérique. La crise de Covid-19 a prouvé qu’un autre «monde» est possible, que les technologies du numérique sont une machine incontournable dans tous les domaines, qui doit saper sur les normes et règles traditionnellement reconnues ailleurs, mais aussi chez nous.
Dans le contexte donc de la mondialisation, la jeunesse burundaise, comme celle du monde entier, a besoin de s’approprier l’ensemble des outils dont le numérique pour s’intégrer et s’adapter. Au moment où le besoin de partir ailleurs est plus que jamais pressant, l’enseignement et l’appropriation des outils numériques se révèlent comme une priorité.
Pour la petite histoire, lors de la journée de mobilité internationale du 26/10/2022 à l’Université du Burundi, l’amphithéâtre était déjà rempli dès le début de l’évènement, tandis que les étudiants se bousculaient vers les stands pour récupérer, voire arracher en premier les dépliants qui détaillent les informations sur les programmes de mobilité.
Cet engouement a révélé pour plus d’un, qu’un tel évènement était très attendu et qu’il devrait plutôt être régulièrement organisé par chaque université à l’endroit de ses étudiants.

La contribution des établissements supérieurs
Le service aux étudiants devrait intégrer l’option “Relations Internationales” comme c’est le cas dans les universités ouvertes sur le monde. Ce qui favoriserait le coaching à l’endroit des étudiants qui veulent partir à l’étranger mais aussi ceux qui viennent d’ailleurs. Le service aux étudiants devrait être en contact permanent avec les autres universités dans le monde et surtout être régulièrement informé sur les programmes de mobilité pour relayer l’information auprès des étudiants.
Pour y arriver, les universités sont appelées à renforcer l’infrastructure informatique et rendre accessible l’internet à tout le monde, au personnel enseignant mais aussi et surtout aux étudiants.
Il s’agirait alors de préparer les jeunes Burundais à ce qui se passe ailleurs dans le domaine des études. Car un départ bien préparé peut garantir un retour possible dans la mesure où l’étudiant aura les compétences nécessaires lui permettant de s’intégrer facilement sur le marché du travail aussi bien au niveau national que régional.
A ce sujet, le projet «Favoriser l’accès à la mobilité et à l’employabilité des jeunes au Burundi» financé par l’Union Européenne et exécuté par Bibliothèques Sans Frontières et le Magazine Jimbere est en phase d’implantation dans trois universités pilotes, l’Université du Burundi, l’Université Polytechnique de Gitega et l’Université de Ngozi. Ce projet déploie des espaces d’information et de coaching sur la mobilité universitaire, grâce aux “Ideas Box”, des médiathèques en kit offrant une documentation très riche au milieu universitaire.
Pour assurer la durabilité du programme et son efficacité, ces universités devraient s’approprier ces dispositifs.




