L’Ecole doctorale de l’Université du Burundi a officiellement lancé son unité genre. Cette initiative vise à promouvoir l’égalité des chances entre les femmes et les hommes au sein de l’institution. Les participants ont toutefois souligné que plusieurs obstacles, notamment socioculturels et économiques, continuent de freiner l’accès et le maintien des jeunes femmes dans les études supérieures.
Dans la matinée du 12 juin 2026, l’Ecole doctorale de l’Université du Burundi a organisé un atelier marquant le lancement officiel de son unité genre. La rencontre a réuni des représentants de la gouvernance de l’université, des doyens de facultés, des professeurs d’université, des représentants de l’ARES ainsi que des doctorants.
L’objectif de cet atelier était d’amener les 80 participants, femmes et hommes, à mieux comprendre le rôle de cette unité dans la promotion de l’égalité du genre au sein de l’Université du Burundi, en vue de contribuer à la vision nationale de faire du Burundi un pays émergent en 2040 et un pays développé en 2060, avec la participation de tous.
Avant le lancement de cette unité, un état des lieux inspiré des pratiques d’établissements d’enseignement supérieur étrangers a été réalisé. Malgré les initiatives déjà entreprises par l’Université du Burundi, le constat demeure celui d’une faible représentation des femmes dans les différentes catégories, notamment parmi les responsables, le personnel académique et administratif ainsi que les étudiants.
L’une des principales interrogations soulevées au cours de cet atelier était la suivante : qu’est-ce qui empêche les jeunes filles et les femmes de poursuivre les études supérieures, et comment lever ces obstacles ?
La stratégie de l’unité repose sur la promotion de la paix, de la tolérance, de l’excellence et de l’innovation, à travers des formations sur les questions de genre, des activités de sensibilisation ainsi que la création d’un environnement d’études et de travail sûr et inclusif.
La culture et les conditions de vie, parmi les principaux défis

Selon la professeure Ancilla Nininahazwe, cheffe pilote de l’atteinte du résultat 2 du projet de l’unité genre, mis en œuvre de septembre 2022 à septembre 2027, cette initiative vise à promouvoir l’équité et l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes les responsabilités universitaires.
« Cette unité facilitera la promotion de l’égalité du genre à l’Université du Burundi grâce à des sensibilisations et à des renforcements de capacités pour une meilleure compréhension du concept et une bonne application, au bénéfice de tous et d’un développement national inclusif », a-t-elle souligné.
Dans sa présentation, le professeur Dionise Arakaza, chef du département à la Faculté de droit, des sciences politiques et de gestion, a rappelé que les filles et les femmes possèdent les mêmes capacités que les hommes.
« Parler du sexe renvoie à la biologie, tandis que parler du genre renvoie aux rôles et responsabilités attribués par la société. Les stéréotypes qui limitent certains et favorisent d’autres doivent être combattus », a-t-il expliqué.
Toutefois, plusieurs intervenants ont reconnu que les pesanteurs culturelles et l’héritage historique continuent de freiner l’évolution des femmes dans le monde académique.
Pour la Dr Sœur Rosette Minani, enseignante-chercheuse et vice-doyenne de la Faculté des lettres et des sciences humaines, « la faible estime de soi, façonnée par l’histoire et certaines conceptions de la femme burundaise, constitue l’un des obstacles auxquels sont confrontées de nombreuses jeunes filles et femmes désireuses de poursuivre leurs études supérieures et de mettre leurs compétences au service de la nation ».
Elle estime également que les mentalités qui prédestinent les filles au mariage ou les réduisent au seul rôle de mère constituent un frein important à leur parcours universitaire.
Pour la professeure Hélène Mpawenimana, enseignante-chercheuse et cheffe du département de journalisme et communication, la suppression des services de restauration et de logement pour les étudiants représente également un obstacle majeur, particulièrement pour les jeunes femmes issues de l’intérieur du pays.
De son côté, Patrice Sabuguheba, chargé de l’écoute sociale et du conseil, rappelle que le développement inclusif nécessite la contribution de toutes les compétences, sans distinction de sexe. « Ce qui importe n’est pas d’être un homme ou une femme, mais d’être compétent, volontaire et engagé », a-t-il affirmé.
Détermination, soutien familial et changement de mentalités
Les participants ont proposé plusieurs pistes de solutions pour favoriser la poursuite des études supérieures par les jeunes filles et les femmes.

Pour la Dr Sœur Rosette Minani et Lorraine Josiane Manishatse, doctorante en genre à l’Université du Burundi, il est nécessaire de changer les mentalités au sein des familles, de renforcer le soutien des conjoints et des proches, mais aussi d’encourager la détermination et une bonne organisation personnelle.
« Ce n’est pas facile de concilier le rôle de maman et celui de doctorante. On doit être partout à la fois et ne rien faire à moitié. Mais avec de la détermination, une bonne organisation et le soutien de la famille, c’est possible », témoigne Lorraine Josiane Manishatse.
La Dr Sœur Rosette Minani appelle également à abandonner les préjugés qui présentent les filles comme moins capables que les garçons.
Selon elle, les jeunes filles ne devraient pas être prédestinées au mariage précoce ou à la maternité, mais être encouragées à poursuivre leurs études afin de mettre leurs compétences au service du développement du pays.
Le professeur Dionise Arakaza partage cette conviction. Il affirme avoir lui-même été formé par des enseignantes particulièrement compétentes.
« Dans nos classes, nous observons des filles qui réussissent parfois mieux que les garçons. Cela montre que les compétences ne dépendent pas du sexe, mais du travail, de la volonté et de l’engagement. Les postes de responsabilité doivent être occupés par des personnes qualifiées, qu’elles soient femmes ou hommes », souligne-t-il.
Il lance ainsi un appel à toute la jeunesse, et particulièrement aux jeunes filles, afin qu’elles ne s’autocensurent pas et poursuivent leurs ambitions académiques.
A l’issue du projet, la professeure Ancilla Nininahazwe espère que l’ensemble de la communauté universitaire maîtrisera les concepts liés au genre et contribuera à promouvoir une éducation inclusive ainsi qu’un environnement d’études et de travail sécurisé pour tous.




