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Salaires insuffisants : la principale cause de l’abandon du métier d’enseignant

Face à des rémunérations jugées trop faibles et à un coût de la vie en constante hausse, de nombreux enseignants burundais quittent progressivement le système éducatif. Entre départs vers l’étranger, démissions internes et démotivation croissante, les syndicats et les autorités s’alarment d’une crise qui menace gravement la qualité de l’enseignement et l’avenir du pays.

Au Burundi, les abandons du métier d’enseignant se multiplient, aussi bien chez les titulaires du diplôme D7 que chez les licenciés. Beaucoup expliquent que leurs salaires ne leur permettent plus de subvenir aux besoins de leurs familles, dans un contexte marqué par la flambée des prix des produits de première nécessité


Les enseignants vacataires ne sont pas épargnés : souvent appelés à travailler quelques jours seulement, ils finissent par abandonner, faute d’être rémunérés à temps. Cette situation a un impact direct sur la qualité de l’apprentissage des élèves et sur le fonctionnement normal des établissements scolaires.

Antoine Manuma :  » Recruter des enseignants bénévoles ou temporaires ne résoudra pas le problème. Même les nouveaux enseignants risquent d’abandonner à leur tour si les salaires demeurent insuffisants. »

Manuma Antoine, président de la Fédération nationale des syndicats du secteur de l’enseignement et de l’éducation au Burundi (FNASEEB), affirme que des enseignants du primaire, du secondaire et de l’université continuent de quitter leur poste jour après jour, principalement en raison des bas salaires. Selon lui, il est difficile d’établir un chiffre exact des départs.

Il précise : « Il est rapporté que dans la province de Burunga, au cours du premier trimestre de l’année scolaire 2025-2026, plus de 200 enseignants ont déjà quitté leur emploi. Dans la province de Gitega, plus de 100 enseignants auraient démissionné jusqu’à ce jour. Ces chiffres pourraient être plus élevés, car les enseignants sont de plus en plus sollicités par d’autres employeurs. »

Dans la province de Butanyerera, commune de Kayanza, 69 enseignants ont abandonné leur poste durant le premier trimestre de l’année scolaire 2025-2026. Nzohabonayo Jean Paul, ancien DCE de Kayanza, explique : « Ces départs aggravent le déficit, car la commune accuse un besoin total de 367 enseignants. »

Des interrogations persistantes

Dans plusieurs secteurs, on s’interroge sur les raisons qui poussent autant d’enseignants à quitter leur emploi, alors que d’autres secteurs enregistrent moins de départs.
Lors d’une séance au Sénat tenue le 13 janvier 2026, la sénatrice Sabine Ntakarutimana a exprimé ses inquiétudes : « Les enseignants s’en vont, les médecins s’en vont. Ne voyez-vous pas que nous risquons de faire face à un sérieux problème ? Il faut agir pour le bien des citoyens. »

Hon.Sabine Ntakarutimana :  » Les enseignants s’en vont, les médecins s’en vont. Ne voyez-vous pas que nous risquons de faire face à un sérieux problème ? « 

Elle a indiqué qu’au cours de descentes effectuées sur le terrain, il a été constaté que dans la province de Gitega, plus de 50 enseignants titulaires du diplôme D7 et environ 60 licenciés avaient déjà quitté leur poste, laissant certaines écoles sans personnel enseignant. Elle a appelé les ministres concernés à analyser en profondeur les causes de ces départs afin d’y apporter des solutions durables.


De leur côté, les sénateurs ont insisté sur la nécessité de mettre en place des mesures urgentes pour freiner ces abandons et assurer le remplacement des enseignants qui quittent le service.

En réponse, le ministre en charge des affaires étrangères, Édouard Bizimana a indiqué que cette question relève d’une politique nationale qui devra être mise en œuvre.

La fuite des cerveaux s’accentue

La Confédération des syndicats du Burundi (COSYBU) déplore une recrudescence des départs de travailleurs vers l’étranger, en raison du coût de la vie élevé et des faibles rémunérations.
Interrogé par Bonesha FM, Célestin Nsavyimana, président de la COSYBU, attribue ces départs aux bas salaires, aux conditions de travail difficiles et au niveau de vie précaire.

 Il souligne que de nombreux fonctionnaires cherchent des pays où les salaires sont plus attractifs et où l’accès aux soins de santé est plus facile, rappelant qu’il devient aujourd’hui difficile pour un fonctionnaire burundais de se faire soigner correctement.

Selon lui, les travailleurs se dirigent principalement vers les pays voisins comme la Tanzanie, l’Ouganda et la RDC, tandis que les profils les plus qualifiés, notamment les médecins, s’installent en Europe.

Célestin Nsavyimana estime que cette situation est préoccupante et entraîne une perte considérable de compétences pour le pays. Il appelle ainsi à l’adoption d’une politique nationale capable de retenir les travailleurs et invite le gouvernement à ouvrir un dialogue avec les partenaires sociaux pour trouver des solutions durables.

Quelles pistes de solution ?

Jean Christophe Irambona, porte-parole du ministère de l’Éducation, indique que les écoles sont appelées à recourir aux enseignants vacataires en attendant le recrutement de nouveaux enseignants pour combler les postes vacants.

Il précise qu’en collaboration avec le ministère de la Fonction publique, 2 295 enseignants retenus parmi les lauréats du test de recrutement organisé en août 2025 viennent d’être engagés :
« Ils ont déjà reçu leurs lettres d’affectation et seront déployés dans différentes écoles pour aider à combler le vide. En attendant les autorisations définitives de remplacement, les écoles continueront de recourir aux vacataires. »

Pour Antoine Manuma, cette approche reste insuffisante. Il estime que seule une revalorisation salariale permettra de mettre fin aux départs massifs :« Recruter des enseignants bénévoles ou temporaires ne résoudra pas le problème. Même les nouveaux enseignants risquent d’abandonner à leur tour si les salaires demeurent insuffisants. Cela entraîne une démotivation générale et une perte de compétences dans le secteur éducatif. »

Il appelle le gouvernement à engager un dialogue avec les syndicats afin de trouver des solutions concrètes, notamment l’augmentation des salaires :« Les enseignants méritent une rémunération qui leur permette de vivre dignement. Leur rôle est essentiel pour l’atteinte de la Vision 2040-2060. L’avenir du pays ne peut être assuré sans un secteur éducatif valorisé et des enseignants bien traités. »

Dans une note signée le 16 janvier 2026, le ministre de l’Éducation, François Havyarimana, a demandé aux directeurs provinciaux de l’éducation (DPE) de signaler régulièrement tout départ d’enseignant ou de membre du personnel du ministère, afin de procéder à leur remplacement. Il avertit que tout responsable scolaire qui ne dénoncerait pas un cas de désertion sera tenu de rembourser les salaires indûment perçus par la personne concernée.

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