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Les minerais burundais, un secteur gangréné

La richesse du sous-sol burundais semble profiter qu’à une poignée de gens au lieu de contribuer au relèvement économique du pays. Le Trésor public affiche zéro recette pour l’année fiscale 2023-2024. Le Président de la République a tapé du poing sur la table. L’Olucome appelle à des réformes audacieuses. Le point.

Le rapport de la commission parlementaire chargée de la bonne gouvernance de mai 2024 est sans équivoque : « Le secteur minier est encore marqué par certains déséquilibres quant à la collecte des taxes sur l’exploitation minière, la vente des minerais, en l’occurrence l’or, par la BRB. Il manque de clarté dans le code minier, pour savoir qui est habilité pour la collecte des recettes minières. »

Lorsqu’on visite le site de la BRB, l’on constate qu’il y a eu zéro recette à l’issue des ventes des mines prévues dans le budget 2023-2024. D’aucuns se demandent où vont tous les minerais extraits dans les centaines de sites éparpillés à travers le pays, remettant en cause le circuit des minerais depuis le permis de prospection, l’extraction jusqu’à la commercialisation.

Le président Evariste Ndayishimiye, lui-même, dans une rencontre le 25 mars dernier, avec les représentants des coopératives minières pour échanger sur les voies et moyens d’assainir ce secteur pour qu’il contribue de façon significative aux recettes de l’Etat, a tapé du poing sur la table.

Des pistes de solutions…

Dormais, a-t-il martelé, chaque coopérative devra préciser la quantité des minerais qu’elle pourra avoir dans l’objectif d’établir des statistiques qui seront prises en compte lors de la fixation du budget général de l’Etat.

Bien plus, le Chef de l’Etat a lancé un dernier appel aux coopératives minières qui n’ont pas actualisé leurs contrats avec l’Office Burundais des Mines (OBM) conformément au Code minier en vigueur de le faire rapidement, afin de permettre une supervision transparente et couper court à la fraude.

De leur côté, les représentants des coopératives minières ont formulé des doléances pour améliorer la production sans oublier de dénoncer des cas de corruption qui gangrènent le domaine minier. A ce propos, ils ont demandé la mise en place d’un guichet unique comme solution à la lenteur des procédures administratives lors de l’octroi du permis d’exploitation et la revue du capital social d’exploitation (fixé à 16 pourcent pour l’Etat et à 5 pourcent pour les entreprises) et surtout pour les coopératives utilisant encore des techniques artisanales.

Une exploitation rudimentaire   

Même si tout le monde semble ignorer où vont l’argent de ces pierres précieuses, elles sont bel et bien exploitées. Contactée, la direction de l’OBM (Office Burundais des Mines et carrières) fait savoir qu’actuellement l’or, les 3T (qui comprennent le coltan, la cassitérite, le wolframite, le titane, bérylle) sont en exploitation.

Ces minerais, précise cette direction, sont répartis sur 231 sites à travers le pays et sont dans les mains de différentes coopératives ou sociétés, avec une possibilité de voir plusieurs sites gérés par une seule société ou coopérative.

Toutefois, regrette la même direction, la mine burundaise reste encore caractérisée par une exploitation artisanale, sauf la société SOTEB qui procède actuellement à une exploitation semi-mécanisée (la petite mine).

Et d’annoncer la mise en place prochainement d’une raffinerie où les lingots d’étain seront produits à base de la cassitérite.  « Mais cela sera fonction de la production des cassitérites », précise la direction de l’OBM.

Des plaintes chez les mineurs

Les mineurs travaillent dans des conditions pénibles, et sont souvent exposé à bien de risques.

A part l’Etat qui ne tire aucun dividende de ce secteur, ceux qui travaillent dans ces mines de fortune subissent le même sort. Communément appelés « Abapira », ces orpailleurs affirment mener une vie précaire quant à leurs conditions de travail.

Rencontré à la fameuse mine de Kamaramagambo, en province de Muyinga, dans ses habits usés appelés Inkima, A. C, un orpailleur de l’une des coopératives minières sur place, confie qu’ils n’ont pas un salaire régulier : « Nous ne percevons notre pourboire que quand il y a une quantité d’or x extraite. » Cependant, assure-t-il, l’employeur assure justement le repas matinal et celui de midi pour donner de l’énergie aux employés.

Ces ouvriers sont exposés aux risques de blessures, de mort provoquée par glissement des collines, mais aussi à différentes maladies liées à la fatigue. Malheureusement, déplorent les ouvriers, bien qu’ils bénéficient des cartes d’assurance maladie, ils n’ont aucune assurance pour les maladies dont le traitement nécessite des spécialistes.

Quant à Jean Ntihabose, président de la coopérative Kundakazi, cette situation résulte de l’instabilité des productions, mais aussi de celle des prix proposés par la BRB. « Nous vendons de l’or auprès de la BRB qui nous propose des prix variant en fonction du taux de change du dollar. C’est pourquoi nos employés n’ont pas de salaire défini et régulier. Ils perçoivent du pourboire en fonction de la production », explique-t-il.

 Un appel à des réformes

Gabriel Rufyiri président de l’Olucome: Le secteur minier est handicapé par le manque de transparence.

Pour Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome, le secteur minier est encore handicapé par le manque de transparence et une gestion inefficace : « Certains opérateurs du secteur minier semblent être plus puissants que l’État lui-même ». Pour cet activiste, il est inconcevable que certains individus effectuent des importations d’un montant compté en milliards de dollars, sans qu’ils expliquent la source de leurs revenus.

Le gouvernement, martèle M. Rufyiri, doit de prendre des mesures audacieuses et de sévir contre tous ceux qui sont impliqués dans le détournement minier. Ce directeur de l’Olucome recommande également de se conformer au plus vite aux normes des pays de la région rassemblés dans la CIRGL, afin de capitaliser les richesses minières pour le bien de toute la nation.

Pour lui, cela permettra au Burundi de bénéficier de la solidarité régionale dans le suivi des activités extractives, à travers l’ITIE (Initiative des industries extractives), notamment dans l’échange des experts du domaine, mais aussi la lutte contre l’exploitation et la vente illégale des minerais.

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