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Entre prix bas et paiements tardifs : les caféiculteurs burundais face à la tentation rwandaise

Le café burundais, produit phare du pays, suscite des inquiétudes à Kayanza. Selon plusieurs cultivateurs, le prix relativement bas payé aux producteurs, combiné aux retards de paiement dans les usines de transformation, incite certains caféiculteurs à écouler leur récolte frauduleusement au Rwanda voisin, où les gains sont plus élevés.

Zone Mparamirundi, commune Kayanza, province Butanyerera, B.T., un caféiculteur  confie : « Des personnes prises en flagrant délit sont souvent arrêtées la nuit sur la route puis jetées en prison ». Selon lui, le mobile principal de ces cas de fraude est la recherche de revenus supérieurs.

Toutefois, depuis l’augmentation du prix du café cerise A à 2 800 BIF, reconnait-il,  la fraude a quelque peu diminué. Du coup, cette fraude touche d’autres produits agricoles. « Comme il n’y a plus de café, certains se tournent vers  le maïs ou le haricot, et certains fraudeurs sont arrêtés ».

Pour lui, la seule solution durable est une revalorisation significative du prix : « Que l’État augmente le prix de 2 800 BIF à 5 000 BIF ou plus, car la caféiculture est pénible et coûteuse. »

K.N., un autre cultivateur présent, abonde dans le même sens, en soulignant que le différentiel entre le franc rwandais et le franc burundais accentue le phénomène : « Même si le café se vendait au Rwanda au même prix qu’au Burundi, la conversion en francs burundais donnerait plus. On disait récemment que 100 francs rwandais s’échangeaient à plus de 500 BIF. »

De plus, soutient-il, les retards de paiement n’arrangent pas la situation : « Voilà plus de cinq mois que nous avons livré le café aux usines, et nous n’avons toujours pas reçu notre argent. Si le kilo atteignait 10 000 BIF voire plus, et que les paiements se faisaient rapidement, la fraude disparaîtrait complètement. »

Malgré tout, ces caféiculteurs reconnaissent l’efficacité des forces de l’ordre : « Actuellement, toute personne tentant de franchir la frontière avec du café ou tout autre produit est arrêtée. Les frontières sont très surveillées et tous les points de passage clandestins ont été fermés. »

« La fraude, c’est se piller soi-même et piller son pays »

Niyonizigiye Godefroid, administrateur communal de Kayanza

Niyonizigiye Godefroid, administrateur communal de Kayanza, rappelle que les zones de Mparamirundi et Kabarore, rattachées à la commune, font de Kayanza la plus grande zone caféicole du pays.

Concernant la contrebande vers le Rwanda, il souligne la proximité frontalière : « Kabarore touche directement le Rwanda, et il n’y a même pas de rivière entre les deux pays. Burundais et Rwandais vont puiser l’eau au même endroit. Certains en profitent pour transporter du café dans des bidons, ce qui rend la détection difficile. »

Pour contrer le phénomène, l’administration a multiplié les réunions de sensibilisation. « Toute personne prise en flagrant délit, même avec un seul kilo, est arrêtée », insiste-t-il. Même ceux qui vont chercher de l’eau sont parfois fouillés. « La fraude s’intensifie surtout pendant la récolte, mais aujourd’hui, comme le café a déjà été livré aux usines, elle est presque inexistante. »

L’administrateur condamne fermement cette pratique : « Le café appartient à tous les Burundais. Quand un kilo est détourné, c’est toute la nation qui en paie le prix. » Il assure que les fraudeurs sont systématiquement traduits en justice et que les forces de sécurité renforcent la surveillance des frontières.

Selon lui, écouler le café dans des pays qui n’ont pas contribué aux frais d’encadrement agronomique ou aux produits phytosanitaires s’apparente à du vol. « Un calendrier de récolte sera bientôt instauré pour suivre de près la production et réduire les pertes », ajoute-t-il.

Des rumeurs démenties

Interrogé sur les rumeurs évoquant l’implication de commerçants influents, parfois couverts par certaines autorités, M. Niyonizigiye dément formellement : « Les fraudeurs sont de simples citoyens sans ressources, qui cherchent seulement à survivre. »

Quant à la demande des cultivateurs réclamant une nouvelle hausse de prix pour décourager la fraude, il appelle à la patience : « Les producteurs devraient reconnaître les efforts déjà consentis par l’État. Leur priorité doit être d’accroître la production. Lorsque le prix du café grimpera sur le marché international, l’État pourra mieux vendre et améliorer leurs revenus. »

Il conclut par un appel à la responsabilité : « Celui qui a planté du café et en récolte abondamment profite réellement du prix fixé. Mais il est absurde qu’une personne qui n’a pas cultivé un seul caféier prétende que ce prix est trop bas. Le vrai producteur se contente de ce qu’il a, tout en encourageant l’État à poursuivre ses efforts. »

Pour rappel,  en 2022, selon les informations rapportées par Shima FM, le Tribunal de grande instance de Ngozi a condamné seize personnes de l’ancienne commune de Busiga, dans la zone de Mparamirundi, pour tentative d’exportation illégale de 560 kilos de café cerises vers le Rwanda.

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