Adopté à l’Assemblée nationale, un nouveau projet de loi sur les semences agricoles ambitionne de moderniser en profondeur la filière. Entre valorisation des semences locales, ouverture au privé et quête de souveraineté alimentaire, le Burundi veut rompre avec un cadre légal jugé dépassé.
Le Burundi amorce un tournant décisif dans la transformation de son agriculture. Réunis en séance plénière à l’Assemblée nationale le 8 avril 2026, les députés ont examiné un projet de loi stratégique visant à réformer en profondeur le secteur des semences agricoles, un domaine crucial pour la sécurité alimentaire et le développement économique du pays.
Porté par la ministre de l’Agriculture, Calinie Mbarushimana, ce projet de loi entend remplacer le cadre légal en vigueur depuis 2012, désormais jugé inadapté aux réalités actuelles du secteur agricole.

Dès l’entame des discussions, le gouvernement a tenu à clarifier la portée du texte : il ne s’agit pas d’une réforme partielle, mais d’un encadrement global de toute la filière semencière.
De la production à la commercialisation, en passant par la certification et la distribution, le projet de loi vise à structurer un système jusque-là confronté à de nombreux dysfonctionnements. L’objectif est clair : garantir aux agriculteurs un accès régulier à des semences de qualité, adaptées aux réalités agroclimatiques du Burundi.
La ministre a insisté sur le fait que cette loi constitue un socle général, tandis que des politiques spécifiques continueront d’être élaborées en fonction des différentes cultures.
Sept piliers pour refonder le système semencier
Le texte repose sur une vision structurée autour de sept axes majeurs : l’alignement sur les objectifs de développement durable, afin d’assurer une sécurité alimentaire à long terme ; la promotion de la recherche et de l’innovation, notamment pour développer des variétés résistantes aux maladies et aux changements climatiques ; une implication accrue du secteur privé, considéré comme un levier essentiel pour dynamiser la filière ; la clarification des rôles institutionnels pour améliorer la gouvernance ; la valorisation et la protection des semences locales, perçues comme un patrimoine stratégique ; l’organisation du marché des semences, avec des mécanismes de régulation des prix et de contrôle de la qualité ; l’harmonisation avec les normes régionales et internationales afin de faciliter les échanges commerciaux.
Au cœur des débats parlementaires, une question sensible s’est imposée : la dépendance croissante du Burundi aux semences importées.

De nombreux députés ont exprimé leurs inquiétudes face à l’engouement des agriculteurs pour les variétés étrangères, parfois au détriment des semences locales. Cette tendance comporte des risques, notamment en cas d’inadaptation aux sols burundais ou de rupture d’approvisionnement.
Face à ces préoccupations, la ministre a tenu à rassurer : « Les semences locales ont un potentiel réel. Le problème est souvent lié à la perception des agriculteurs, qui pensent à tort que seules les semences importées sont performantes. » Elle a ainsi appelé à un changement de mentalité et à une meilleure valorisation des variétés locales.
Disparition de certaines cultures : un signal d’alerte
Les parlementaires ont également tiré la sonnette d’alarme sur la disparition progressive de certaines cultures traditionnelles, telles que le manioc, la colocase ou encore l’igname.
Ces pertes sont en grande partie liées aux maladies agricoles, notamment la mosaïque du manioc, qui a fortement affecté les rendements. Toutefois, le gouvernement affirme agir à travers l’Institut des sciences agronomiques du Burundi (ISABU), qui développe des semences améliorées et résistantes.
Ces variétés sont progressivement mises à disposition des agriculteurs, avec l’objectif de relancer les cultures menacées.
L’un des constats majeurs issus des débats est le décalage entre la production de semences et leur utilisation effective. Malgré la présence de multiplicateurs à travers le pays, les agriculteurs continuent de faire face à des pénuries, notamment en période de semis.
Selon la ministre, cette situation s’explique en grande partie par un manque d’intérêt pour les semences locales : « Les producteurs existent et travaillent, mais leurs semences ne trouvent pas toujours preneur. »
Ce déséquilibre, indique la ministre, entretient un cercle vicieux : faute de débouchés, les producteurs se découragent, fragilisant ainsi l’ensemble de la chaîne.
Pour remédier à cette situation, confie Calinie Mbarushimana, le gouvernement prévoit de renforcer les actions de sensibilisation et de formation des agriculteurs : des programmes d’encadrement seront déployés dans les provinces et sur les collines afin de promouvoir les bonnes pratiques agricoles, améliorer l’utilisation des semences locales et changer les perceptions sur leur efficacité.
En réduisant sa dépendance aux importations et en valorisant ses ressources locales, conclut la ministre, le Burundi ambitionne de construire un système agricole plus résilient, capable de faire face aux crises et aux défis futurs.




