Alors que la CENI a lancé à Gitega la campagne d’éducation électorale pour la présidentielle de 2027, le coût annoncé du scrutin, estimé à plus de 80 milliards de BIF, alimente les discussions. Entre nécessité démocratique et priorités de développement, acteurs politiques et société civile divergent sur la pertinence d’un tel budget.
Le 22 avril 2026, à Gitega, la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a officiellement lancé la campagne d’éducation électorale en vue de l’élection présidentielle de 2027. À cette occasion, le président de la République, Évariste Ndayishimiye, a jugé le coût des scrutins particulièrement élevé, estimant que ces fonds pourraient être orientés vers des projets de développement. Pour certains, les moyens consacrés aux élections restent nécessaires pour garantir une bonne organisation du scrutin.
L’atmosphère électorale commence déjà à se faire sentir au Burundi. Un an avant la présidentielle de 2027, la CENI entend renforcer les capacités de toutes les parties prenantes, y compris celles de l’électorat, afin de garantir des élections libres et transparentes, selon son président, Prosper Ntahorwamiye.

Dans son discours, le chef de l’État a dénoncé des élections « budgétivores ». « J’ai demandé au président de la CENI combien coûterait un seul scrutin, et il m’a répondu que cela dépasserait 80 milliards de BIF. Pourtant, avec une telle somme, on pourrait construire dans chaque commune une école à régime d’internat », a déclaré Évariste Ndayishimiye, appelant à une réflexion approfondie sur cette question.
Selon lui, les pays développés ne passent pas leur temps à organiser des élections en permanence. « Même en Afrique, ce sont les pays qui ne modifient pas constamment leurs institutions qui parviennent à se développer », a-t-il affirmé.
Au-delà des élections, la question de la gouvernance
Certaines voix considèrent toutefois ces dépenses comme indispensables, tandis que d’autres les jugent excessives, estimant que cette hausse découle notamment de la nouvelle organisation du calendrier électoral.
Au sein du parti FPI Ineza, on estime que les 80 milliards prévus pour les élections ne représentent pas une somme excessive comparée aux dépenses annuelles de l’État. Son président, Francis Rohero, explique : « Les 80 milliards représentent environ 1,2 % des dépenses de l’État. Si cette activité est importante pour le pays, en permettant de porter à la tête du pays des dirigeants capables de faire progresser la nation, alors cette part du budget ne devrait pas poser problème. »
Selon lui, les véritables difficultés apparaissent lorsque les élus gèrent mal les ressources publiques ou les orientent vers des projets sans impact réel.

Même analyse du côté de Gabriel Rufyiri, président de l’Olucome. « Les dépenses liées à un scrutin représentent une part minime des finances publiques. Si les autres ressources étaient bien gérées, tout fonctionnerait mieux. Le véritable enjeu n’est donc pas le budget électoral, mais la bonne gouvernance », affirme-t-il.
Au sein du FPI Ineza, on estime également que pour renforcer la crédibilité du pays et le respect de ses dirigeants, les élections doivent être organisées tout en favorisant le développement économique national, afin que les dépenses électorales restent supportables. Selon ce parti, lorsque l’économie recule, les coûts liés aux élections finissent par être perçus comme une perte.
Pour Agathon Rwasa, à l’approche des élections, la priorité devrait être d’ouvrir un dialogue national sur la situation économique, politique et sociale du pays. Selon lui, les Burundais devraient se réunir pour identifier des solutions capables de restaurer la confiance des citoyens et de la communauté internationale. Il déplore également l’aggravation de la pauvreté, alors que l’État continue d’augmenter les taxes et impôts.
« Un nouveau système électoral qui pose problème »
Pour l’APDR, le nouveau système électoral adopté par le Burundi soulève plusieurs préoccupations. Selon ce parti, il mobilise davantage de moyens financiers, alors que l’organisation de plusieurs scrutins regroupés sur une même période, comme auparavant, permettait de réduire les coûts et de simplifier l’organisation.
Le parti estime également que ce système plonge le pays dans une dynamique électorale quasi permanente. À peine les élections de 2025 terminées en août, la préparation de celles de 2027 a déjà débuté en avril 2026.

Selon Bazawitonde, avec ce nouveau calendrier électoral, le Burundi risque de rester continuellement en campagne électorale, avec des élections prévues en 2025, 2027, 2030, 2034, 2035, 2040, 2041, 2045 et 2048. « Cette fréquence empêche le pays de se consacrer pleinement au développement et ralentit certaines activités nationales », estime-t-il.
Banzawitonde reconnaît néanmoins certains avantages à ce système : « Le chef de l’État dispose d’un mandat suffisamment long pour agir et, puisqu’il est élu seul, il peut être remplacé plus facilement en cas de mauvaise performance, contrairement aux scrutins groupés. »
Pour rappel, environ 68 milliards de BIF avaient été utilisés pour l’organisation des élections de 2020. Le même montant avait également été prévu pour les élections de 2025.




