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Projets publics déconnectés des priorités sociales : les racines d’un malaise persistant

Alors que les besoins fondamentaux de la population demeurent largement insatisfaits, de nombreux projets publics peinent à répondre aux urgences sociales. Entre décisions prises sans concertation, gestion opaque des ressources, promesses électorales non tenues et déficit de redevabilité, le fossé entre gouvernants et citoyens ne cesse de se creuser.

Derrière les façades des institutions démocratiquement élues, une réalité accablante fragilise les relations entre gouvernants et gouvernés : la gestion des affaires publiques semble s’éloigner des principes de transparence et de responsabilité. Pour Kefa Nibizi, président du parti Codebu, le problème est avant tout structurel : « Il n’existe pas de planification rigoureuse ni de vision à long terme. On navigue à vue, au gré des urgences et des intérêts politiques du moment », déplore-t-il.

Selon ce politicien, l’absence de diagnostics participatifs et de concertation avec les populations locales conduit à des projets mal adaptés, inefficaces, voire contre-productifs. Il cite la réforme du système éducatif comme un exemple emblématique de cette dérive : « Cette réforme a été lancée sans résoudre au préalable les défis structurels qui minent l’éducation. Elle ne peut atteindre les résultats escomptés tant que les enseignants manquent de renforcement des capacités, peinent à joindre les deux bouts pour travailler dans de bonnes conditions, et que les établissements souffrent d’un manque de matériel didactique et de salles de classe adéquates », regrette-t-il.

Même son de cloche chez Abdoul Kassim, président du parti UPD Zigamibanga. Pour lui, la logique qui prévaut dans la mise en œuvre des projets publics est souvent celle de la rente politique : « Les projets sont fréquemment conçus pour servir des intérêts partisans ou claniques. Parfois, la construction d’infrastructures publiques, comme les écoles, devient une opportunité pour certains de détourner les fonds qui y sont alloués afin de remplir leurs poches, au détriment du bien-être de la population. »

Des leaders en quête de vision

Le président du parti UPD Zigamibanga estime que la planification des projets publics manque cruellement de rigueur, d’autant plus que certains d’entre eux apparaissent peu prioritaires aux yeux de l’opinion. Selon lui, les décideurs devraient améliorer leur approche de la gestion des affaires publiques en privilégiant l’écoute et la concertation avec l’ensemble des parties prenantes.

Abondant dans le même sens, Kefa Nibizi estime que certains responsables politiques demeurent prisonniers de logiques d’opacité et de réflexes de confrontation hérités d’un passé douloureux marqué par la colonisation et les conflits ethniques : « Certains leaders politiques, surtout en Afrique, manquent de vision pour le développement économique de leur pays. Ils sont davantage préoccupés par les rivalités politiques avec leurs adversaires que par l’avenir de leur nation. »

Pour le sociologue Tharcisse Bimenyimana, le mal est encore plus profond, car les projets de société brandis en période électorale restent souvent lettre morte : « Une fois élus, les dirigeants tournent la page de leurs promesses. Il n’existe aucun mécanisme de suivi, aucun audit indépendant, aucune obligation réelle de rendre compte », s’indigne-t-il.

Selon lui, la population devrait être consultée et écoutée avant l’élaboration et la mise en œuvre des projets publics : « En démocratie, c’est le peuple qui gouverne. Le dirigeant devrait donc exécuter ce que le peuple lui a demandé », conclut-il.

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