Jimbere

Kirundi French
Entrepreneuriat

Marie Ndinzemenshi, millionnaire grâce au fumain ?

On l’appelle l’as du village, cette cultivatrice de 39 ans. Elle habite la colline Masango, commune Mutaho de la province Gitega. Cette brave femme est l’initiatrice d’un projet innovant de fabrication d’engrais organique à base des déchets humains, un projet monté depuis 2018 après une formation reçue de CNAC Murima w’Isangi. Les «fournisseurs» ne manquent pas, et le projet prospère

Marie Ndinzemenshi devant ses espaces de collecte de déchets humains, à Mutaho

A ses début, Marie Ndinzemenshi consacrait tout son temps à l’agriculture. Malheureusement, la production s’avérait toujours médiocre. Ambitieuse, elle s’est posé la question de poursuivre la pratique de l’agriculture sur son lopin de terre et trouver un rendement meilleur.
Après avoir informé son mari de l’idée de transformer des excréments humains en produits fertilisants, l’entrepreneuse a reçu un avis négatif. Elle n’a pas renoncé, et elle a bien fait: après avoir beaucoup insisté, elle a réussi à le convaincre. Peu après avoir produit et utilisé l’engrais, elle s’était déjà acheté deux vaches, 3 propriétés valant 6 millions Fbu, pour ne citer que cela.

Engrais certifiés et subsides

Sur un champ de culture de maïs, avec une superficie d’un are, elle récolte entre 150 et 170 kg alors qu’elle ne pouvait dépasser les 70 kg en utilisant d’autres sortes de fumure.

La matière fertilisante mise au point la rend de plus en plus célèbre. Aujourd’hui, elle est sollicitée ici et là pour aider dans l’implantation d’usines de transformation du fumain: « Des dizaines d’unités sont dejà construites sur les collines de Mutaho et Bugendana de la province Gitega. En province Bururi, j’appuie les agriculteurs en tant que consultante», explique la vaillante Ndinzemenshi. L’engrais a été officiellement validé par l’Institut des Sciences Agronomiques du Burundi.

Lauréate de la compétition “Ndi umu DG” organisée en 2022 par Search for Common Ground Burundi à travers le studio Ijambo, elle a reçu une enveloppe de 15 millions de Fbu avec l’appui de l’USAID, en plus d’une cagnotte de 20 millions de la part de la Présidence de la République du Burundi.

A LIRE | Quelle seconde vie donner aux excréments humains ?

Marie Ndinzemenshi explique que pour obtenir l’engrais, on doit avant tout construire des latrines permettant la collecte des déjections humaines dans des trous séparés. Une fois la toilette remplie, elle est fermée pour attendre le compostage, tandis que les récipients pleins d’urine sont transportés dans un lieu de transformation avant d’être acheminés dans les champs. Pour éviter que les déchets ne dégagent des odeurs malodorantes, Marie explique qu’elle utilise de la cendre de bois ou de charbon.

Marie Ndinzemenshi dans ses champs nourris au fumain

Des pancartes sur la route

Marie Ndinzemenshi place de petites pancartes sur les pistes routières à proximité de chez elle. Elle suggère aux usagers de venir satisfaire leurs besoins naturels chez elle, où sont installés des sanitaires. Et les « fournisseurs » ne manquent pas…

Autre stratégie : elle aime souvent réunir les enfants du village. Elle leur donne à manger, surtout des fruits, facilitant la digestion. Celui qui éprouve un besoin naturel est invité, lui aussi, à un lieu d’aisance aménagé pour « la récolte ».

Pour sa fumure dite «Ryohora» provenant des urines, dans sa famille de trois personnes, elle récolte facilement, par mois, deux bidons de 20 litres chacun. 30 jours après sa transformation, elle les écoule à 1000 Fbu le litre. Quant aux excréments humains, elle obtient entre 250 et 270 kg de fumure «Tsindinzara» tous les neuf mois.

Marie Ndinzemenshi encourage d’autres femmes à oser entreprendre, tout en exhortant les hommes à soutenir leurs épouses en vue de concrétiser leurs rêves.

Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

To Top