Dans la région de Gitega, les agriculteurs peinent à se procurer des semences de qualité. Ils sollicitent l’appui des autorités et des organisations compétentes afin de surmonter ces obstacles, améliorer leurs récoltes et rehausser leurs conditions de vie…
Les agriculteurs de la zone de Giheta, dans la commune et la province de Gitega, déplorent la rareté des semences sélectionnées pour la saison agricole en cours. Ils dénoncent également des prix prohibitifs qui rendent ces semences inaccessibles aux petits producteurs.
Felicita Nizigiyimana, agricultrice de la colline de Gisuru dans la zone de Giheta, explique : « Nous, petits producteurs, aimons utiliser des semences sélectionnées, mais nous n’avons pas les moyens de les acheter. Nous devons donc nous contenter de nos semences conservées. »
Même lorsqu’elles sont disponibles, ajoute-t-elle, leur coût reste trop élevé pour eux. Et d’espérer que le gouvernement pourra faciliter l’accès à ces semences. Marie Goreth Nahimana, agricultrice de la même zone, corrobore ces propos et confirme la difficulté pour les producteurs de se procurer des semences sélectionnées.
L’argent est versé, mais pas de semences livrées
Édouard Cishahayo, agriculteur de la même colline, raconte avoir payé 24 000 BIF en 2024 pour se procurer des semences de maïs PAN 53, dans l’espoir d’obtenir de bons rendements. Mais jusqu’à présent, il n’a rien reçu, malgré le versement effectué à la poste. Ses nombreuses réclamations restent sans réponse, et l’agronome communal affirme ne rien savoir à ce sujet.
Il précise que les semences, lorsqu’elles sont effectivement distribuées, sont souvent réservées aux producteurs chargés de les multiplier, alors que lui, les avait commandées pour ses propres cultures. « L’organisation TUBURA a proposé des semences, mais à un prix élevé de 13 000 BIF le kilo, bien supérieur à celui fixé par l’État. Même en me tournant vers les autorités locales, le chef de colline ne disposait d’aucune information et devait se référer à ses supérieurs », déplore-t-il.
Il regrette également que l’argent versé soit perdu et que la majorité des agriculteurs ne reçoivent pas les semences, seuls quelques membres de l’organisation TUBURA ayant pu y accéder, et encore, pas tous. « Les prix des semences sélectionnées sont trop élevés pour nous, petits producteurs. Par exemple, un kilogramme de maïs PAN 53 coûte entre 12 000 et 14 000 francs burundais, un montant que nous ne pouvons pas nous permettre », explique-t-il.
ISABU : La recherche au service des agriculteurs

Ciryl Mbonihankuye, chercheur à l’ISABU (Institut des Sciences Agronomiques du Burundi), explique que l’institut travaille à développer des variétés de plantes plus résistantes et plus productives. « Cette année, nous avons produit 186 tonnes de semences, mais nous manquons de moyens pour répondre pleinement à la demande des agriculteurs », précise-t-il.
Bien que l’ISABU fournisse des semences de qualité, la demande dépasse largement l’offre. Les responsables soulignent que ces semences sont souvent achetées par des intermédiaires qui les revendent ensuite à des prix élevés, rendant l’accès difficile pour les petits producteurs. M. Mbonihankuye ajoute que l’institut doit également faire face à des défis tels que le changement climatique et le manque de personnel, ce qui limite la disponibilité de semences sélectionnées en quantité suffisante.
Le programme TUBURA : un soutien partiel pour les agriculteurs
Le programme TUBURA, mis en œuvre par l’ONG One Acre Fund, vise à faciliter l’accès des agriculteurs aux semences sélectionnées et aux engrais. Les producteurs participant au programme reconnaissent qu’il contribue à améliorer leurs rendements, mais certains jugent les conditions d’adhésion trop contraignantes. Faute d’accès à ces semences, beaucoup doivent continuer à utiliser des semences non sélectionnées, ce qui limite leur production.
Selon Chartier Niyungeko, chargé des relations avec le gouvernement au sein de TUBURA, l’initiative soutient actuellement 470 000 agriculteurs en avançant les fonds nécessaires, remboursés progressivement par ces derniers. « Nous ne pouvons pas aider toute la population par manque de ressources », précise-t-il.
Le BPEAE rassure les agriculteurs

Jean Séverin Sinzobatohana, directeur de l’Agriculture, de l’Élevage et de l’Environnement de la province de Gitega, indique que 90 % de la population est déjà prête à lancer la saison agricole A. Les services techniques s’efforcent de leur fournir des semences sélectionnées.
Il rappelle que l’État déploie d’importants efforts pour distribuer notamment des semences de maïs PAN 53, très prisées pour leur qualité. Cependant, la quantité disponible reste insuffisante face à la forte demande des agriculteurs : « Dans ce contexte, les techniciens agricoles ont orienté les cultivateurs vers des fournisseurs fiables de semences de qualité, résistantes et productives ». Il se réjouit de constater que les producteurs abandonnent progressivement les semences locales au profit des semences sélectionnées, garantes de meilleurs rendements.
Concernant le prix des semences, il rappelle que l’État fixe un tarif officiel afin d’empêcher les fournisseurs d’imposer des prix arbitraires : « Je remercie le ministère de l’Agriculture pour sa vigilance à ce sujet. Bien que la distribution des semences ne soit pas encore achevée dans toutes les zones, elle se poursuit, et les agriculteurs qui n’ont pas encore été servis le seront prochainement ».




