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Santé Sexuelle de la Reproduction et Droits y relatifs

Lutter contre les violences sexuelles faites aux enfants, une affaire de tous

L’année 2023 aura été marquée par l’ampleur des violences faites aux enfants. Des chiffres qui font froid dans le dos et qui poussent tout un chacun à agir…

Le nombre de jeunes filles et garçons, victimes de ces violences, a grimpé considérablement cette année. « Plus de 300 cas de violences sexuelles faites aux enfants depuis le mois de janvier 2023 », déplore Ferdinand Simbaruhije, chargé de la communication au sein de la FENADEB.

Et d’en faire un tableau :

Mois en 2023Effectifs de filles victimesEffectifs de garçons victimes
Janvier222
Février21
Mars21
Avril26
Mai25
Juin28
Juillet28
Août32
Septembre331
Octobre35
Novembre37
Source: Fédération Nationale des Associations engagées dans le Domaine de l’Enfance au Burundi – FENADEB

Qu’est ce qui explique alors une telle ampleur ?

Dr Mélance Nduwimana, enseignant chercheur à l’Université du Burundi dans la faculté de psychologie, nous explique qu’il n’y a pas encore eu des études pour dégager le profil psychologique des agresseurs sexuels. Toutefois, il avance quelques hypothèses qui permettent de comprendre ce phénomène au Burundi : « Il y’a d’abord des facteurs individuels liés soit aux moments difficiles que le pays a traversés au cours de son histoire, soit à la consommation de substances psychoactives notamment les différentes drogues et les boissons hautement alcoolisées. Tous ces facteurs ont des conséquences sur la santé mentale des agresseurs et ainsi, ils ne sont plus à mesure de contrôler leurs comportements. »

Ensuite, poursuit notre expert, « il y a des causes sociales liées aux convictions et croyances de certains individus qui imaginent, par exemple, qu’avoir des rapports sexuels avec une fille vierge guérit certaines maladies ou peut occasionner le succès dans son business. »

Les victimes subissent doublement

Quid des victimes, de leur traitement, de la justice ? Dans son communiqué de presse sorti le 11 décembre 2023 lors de la clôture des dix jours d’activisme contre les violences sexuelles basée sur le genre, la FENADEB souligne quelques problèmes auxquels les victimes des violences sexuelles font face. Il s’agit notamment du paiement à leur charge des frais de transport lors du processus judiciaire, le paiement du certificat d’expertise médicale qui coûte entre 10.000 et 30.000 Fbu. Pour cette organisation, tous ces coûts découragent les victimes qui finissent souvent par capituler au détriment de la poursuite judiciaire des présumés auteurs.

Outre ces charges, les violences sexuelles faites aux enfants provoquent des conséquences sur toute la société en général mais plus particulièrement sur les victimes elles-mêmes. Dr Mélance Nduwimana indique qu’il y a plusieurs conséquences que subissent des victimes des violences sexuelles notamment les maladies sexuellement transmissibles, les grossesses précoces et non désirées, et le plus douloureux est que les filles qui sont violées avant même l’âge de maturité peuvent rencontrer des dégâts au niveau de l’utérus et être réduites à la stérilité, ce qui porte atteinte à leur avenir conjugal. 

Le Dr Mélance Nduwimana ajoute que, non seulement la victime est exposée aux maladies corporelles, mais elle peut aussi attraper des troubles mentaux suite aux frustrations subies qui peuvent provoquer la mélancolie, ou la phobie des autres.

Quant à la famille de la victime, elle éprouve d’importantes pertes tant économiques que moraux. Car en portant plainte devant la justice, elles déboursent des moyens financiers qu’elles auraient pu injecter dans d’autres affaires, surtout que la plupart de ces familles vivent naturellement dans des conditions très modestes. 

Ferdinand Simbaruhije est du même avis. Quelquefois, explique-t-il, la victime est marginalisée dans la société pour avoir connu un crime dont elle n’est ni auteure ni complice.

Malheureusement, les efforts de la FENADEB pour soutenir ces victimes ne portent pas loin. « Nous essayons d’aider ces victimes en leur procurant des avocats lors des plaintes judiciaires, en leur donnant des référencements sur les centres de santé susceptibles de prévenir d’éventuelles maladies. Mais nous nous heurtons au défi financier alors que les besoins à subvenir pour ces personnes sont immenses », déplore-t-il.

Quid de la protection de ces enfants ?

Ferdinand poursuit ses propos en faisant quelques suggestions pour promouvoir le bien être des victimes des violences sexuelles. Il fait savoir que l’aide à ces personnes ne devrait pas être la seule tâche des organisations de la société civile mais que le gouvernement devrait s’y impliquer de manière significative.

Selon lui, dans l’élaboration du budget national, on devrait préconiser un fond alloué au soutien à ces enfants, surtout les victimes de violences sexuelles car leur cas est délicat et peut impacter l’avenir du pays.

Quant à la peine des auteurs du viol, Docteur Mélance Nduwimana suggère qu’au-delà de l’emprisonnement, il faudrait penser à leur santé mentale. Ainsi au cours de leur séjour carcéral, ils devaient bénéficier d’une assistance psycho-sanitaire afin de prévenir d’autres dégâts.

Il propose également que la lutte contre les violences soit vulgarisée auprès de toute la population et que la loi pénale n’épargne aucun respoonsable quel que soit son statut social, car il se remarque des cas de règlement à l’amiable lorsque l’auteur du viol fait partie de l’entourage de la victime ou haut placé.

Article rédigé par Elysée Niyontoranwa, étudiant de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines du Département de Journalisme et Communication à l’Université du Burundi, en stage au sein du Magazine Jimbere.

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