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Société

Des clichés aux conflits : le pouvoir destructeur des stéréotypes

Dans les milieux ruraux ou urbains, les préjuges & stéréotypes transmis de génération en génération peuvent devenir des catalyseurs silencieux de tensions et de violences sociales. En déconstruisant leur mécanisme, c’est tout l’avenir de notre société qui est préservée.

C’est un mal que plus d’un peinent à se détacher. Les clichés ethniques et sociaux se nichent dans les discours familiers, l’éducation et les traditions populaires. Ils cristallisent les antagonismes, sapent les efforts de réconciliation et renforcent les barrières invisibles entre les communautés.

Sur la colline de Gashibuka, en commune Matongo, de la province Butanyerera, les témoignages sont plutôt glaçants. Elisabeth* (43 ans), habitant cette colline, s’indigne que les enfants soient biberonnés de la haine que portent leurs parents suite aux épisodes tragiques qui ont endeuillé le pays : « Dans les chaumières, certains géniteurs ne se gênent pas de caricaturer devant leurs progénitures, tout un groupe ethnique qu’il soit hutu ou tutsi, en mettant tous les membres dans le même panier, tenus ainsi responsables de tous les maux. »

Bien plus, regrette Edouard* (37 ans), habitant aussi la colline Gashibuka, certains parents osent semer la haine dans la communauté par des accusations de sorcellerie et de magie noire, en interdisant les enfants toute relation de proximité avec les familles soupçonnées de faire de telles pratiques : « Ce comportement alimente un climat de méfiance et de division dans la société, d’autant plus que même certains gestes amicaux n’ont plus de place entre les enfants ou les jeunes de même âge, vivant dans une même localité. »

Un héritage toxique

Selon toujours Edouard*, quand les enfants grandissent en absorbant les paroles des adultes, souvent empreintes de préjuges et de stéréotypes, cela renforce des marginalisations et des discriminations de tous bords : « Ces tensions non résolues peuvent dégénérer en violence physique, parfois collective. Elles peuvent être sources des chasses aux sorcières, des conflits intercommunautaires, des lynchages, etc. »

Même son de cloche chez Patrice Saboguheba, sociologue, qui alerte sur la transmission de ces préjuges et stéréotypes. « Si les étiquetages, l’héritage douloureux du passé est enseigné de génération en génération, de famille en famille, de communauté en communauté, petit à petit, ça va se constituer en un mouvement de haine, de révolution, qui ne ratera pas une occasion pour déclencher des hostilités ou réagir violemment à une éventuelle action de celui qu’il considère comme ennemi », déplore-t-il.

Briser le cycle de violence

Pour Méthode Habonimana, chef de colline Gashibuka, les parents ont le devoir d’élever leurs enfants en leur inculquant les valeurs morales de solidarité et du vivre-ensemble : « Il est tellement important que la société soit sensibilisée sur les conséquences de la transmission des préjuges et stéréotypes. Quand un adulte transmet des enseignements de la haine, il importe que l’entourage soit mobilisé pour le ramener sur le bon chemin. »

D’après Jean-Marie* (47 ans), habitant la colline Gashibuka, afin de briser le cycle de violence, la transmission de la mémoire doit être exemptée de rancune, de préjugés et de stéréotypes envers l’une ou l’autre partie : « Il faut parler des faits avec honnêteté, sans chercher à accuser, mais à expliquer avec clarté. Les témoignages des parents doivent inspirer le pardon, l’importance de la cohésion sociale plutôt que la haine ou la méfiance. »

Quant au sociologue Patrice Saboguheba, les autorités administratives, politiques et religieuses ont aussi un rôle à jouer pour casser cette transmission des préjugés et stéréotypes, car ayant une grande influence sur les esprits et les consciences surtout des jeunes : « Leur opinion peut aiguiser le sens critique des enfants envers les discours de leurs parents. » 

 Lorsque les leaders dans la communauté prêchent le vivre-ensemble, la cohésion sociale plutôt que la haine, conclut-il, la jeunesse aura ainsi la chance de surmonter les idées reçues et bâtir une société unie, fondée sur la vérité, l’amour et la concorde.

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