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La loi sur les violences basées sur le genre: salutaire mais inconnue

Difficile application, faute de moyens

Mais une faille de taille existe. Selon la loi spécifique sur les VBG, à l’article 28, « chaque parquet doit avoir des juges instructeurs spécialisés en matière de traitement des dossiers des victimes des VBG, ce qui n’est malheureusement pas le cas. Les moyens constituent une balise» fait savoir Alice Emilie Ntamatungiro. Avant de promettre « qu’avec l’année qui vient, des avancées significatives seront faites ».

La même faille réside au sein du ministère de la Sécurité Publique et de la Gestion des Catastrophes. Selon l’article 11 de ladite loi, l’instance chargée de la protection et de la prévention des violences devrait disponibiliser un expert des violences faites aux femmes par poste de police : « Actuellement, il n’en existe qu’un par province », explique OPC2 Clotilde Poyongo, du Département à la Police chargé de la prévention et de la protection des violences : « La vision 2019-2025 prévoit cet expert par poste de police et au niveau de chaque commune.»

©JIMBERE | La synergie des médias sur la loi contre les VBG a été tenue alors que le monde célébrait 16 jours d’activisme sous le thème : « Les violences faites aux femmes et aux filles, ça nous concerne tous»

Si cette loi est certes bien faite, elle n’est efficace que lorsqu’elle rend justice aux nécessiteuses. En 2017, le ministère des Droits de la Personne Humaine, des Affaires Sociales et du Genre a procédé à la vulgarisation de cette loi, comme l’ a indiqué Aline Munyaneza au cours de la synergie. Elle a ajouté qu’il existe des cadres de rencontre tous les deux mois des concernés par les droits de la femme en concertation avec les administrateurs locaux pour échanger sur l’état des lieux des VBG dans les communautés. Pamphile Nyandwi de CORDAID a dit que dans les jours à venir, ils vont apporter une assistance surtout aux plus démunis en appuyant les centres de prise en charge intégrés.

Au niveau de l’AFJO, une grande sensibilisation à tous les échelons du pays sur le contenu de la loi est très importante comme l’a dit souligné Agnès Nindorera, représentante légale de l’AFJO, un devoir qui devrait interpeller les instances habilitées pour que même les localités les plus éloignées du pays en soient informées : « C’est d’ailleurs le pourquoi de cette synergie », a-t-elle glissé. Elle a interpellé le CNC, qui est d’ailleurs cité au niveau de l’article 12 de cette loi, de suivre avec intérêt les programmes diffusés par les médias « pour qu’ils ne soient pas discriminatoires envers les femmes ou montrent des rapports vexatoires ou inégalitaires entre hommes et femmes. »

Signalons que cette synergie a été possible grâce à l’appui financier du Royaume des Pays-Bas à travers l’ONG Cordaid et cela dans le cadre du projet « Partenariat stratégique pour le lobbying et le plaidoyer » mis en œuvre par l’AFJO et cinq autres partenaires depuis 2016 au Burundi.

Promulguée le 22 septembre 2016, la Loi portant prévention, protection des victimes et répression des auteurs de violences basées sur le genre nomme « des pratiques traditionnelles préjudiciables au genre ». C’est notamment :
Le lévirat: une coutume qui consiste à imposer à une veuve d’épouser son beau-frère ou son beau-père
« Gukanda (umuvyeyi) » : une forme de viol conjugal tolérée par la culture qui consiste dans le fait qu’un homme force sa femme à avoir des rapports intimes avec lui après l’accouchement avant que celle-ci ne soit rétablie
Union multiple : vivre en union libre avec plusieurs partenaires à la fois
« Guteka ibuye rigasha » : pratique culturelle qui consiste, pour un homme, à forcer sa femme ou sa fille d’avoir des rapports sexuels avec un guérisseur traditionnel pour que le remède prescrit « ait ses effets escomptés »
« Gukazanura » : pratique coutumière qui reconnaît à un homme le droit de faire préalablement des rapports sexuels avec sa belle-fille le jour du mariage de son fils

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