Jimbere

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Société

Amours et désamours dans les rizières de Mpanda

© Jimbere / La beauté trompeur des rizières

Descente aux enfers

 De 2006 à 2012, Marc lui aura fait au total six enfants. « En 2010, à la quatrième grossesse, l’homme avait complètement changé. S’énervant pour un rien, découchant, il était devenu violent, tout ce qu’il n’était pas avant », se rappelle Marie Goreth. Son regard se perd tout à coup dans le paysage désolé des rizières asséchées. Sur son front sec malgré la fournaise dans laquelle elle se tient debout, passe une ombre. On peut facilement deviner un combat intérieur auquel elle se livre, puis elle finit par lâcher dans un soupir : « J’avais entendu qu’il fréquentait une autre femme, mais je ne l’ai pas vraiment cru avant ce jour de mi-2012 où il a ramassé toutes ses affaires et est allé vivre avec elle. » Auparavant, le mari avait apparemment usé de tous les moyens jusqu’à la frapper afin de la bouter dehors, mais elle avait tenu bon, ne pouvant pas se résoudre à abandonner ses enfants.

Donc ce jour, il décida de s’en aller. « Malgré mes supplications, les pleurs des enfants, il me jura qu’il refusait de passer le restant de sa vie avec une petite vieille».

Car effectivement après six accouchements, Marie Goreth avait perdu de sa superbe. Et l’argent du riz aidant, Marc ne manquait jamais de maîtresses pour le consoler, comme il le lui avoua dans un excès de colère.  Et comme pour la narguer, il aménagea à quelques 300 mètres plus loin, à la 4ème avenue de Murengeza, pour permettre à ses enfants, qui vivaient à la 3ème avenue, de faire un saut pour le voir. « Une attitude d’une part noble, mais qui ne dure plus depuis que sa nouvelle femme a mis au monde », nuance Marie Goreth.

Un combat perdu d’avance

 Délaissée, la jeune femme n’eut d’autre choix que de se tourner vers sa belle-famille. Cette dernière ne lui fut d’aucun secours, « au contraire, elle prit le parti de mon mari. » Quand elle se tourna vers le chef de secteur, il resta vague. « Apparemment, il avait eu le temps de discuter avec mon ex-mari, qui lui avait donné un pot de vin conséquent, et je n’eus d’autre choix que de m’en remettre à l’administration», explique la jeune femme.

Quand il eut vent de cela, le mari volage prit la fuite avec sa seconde femme et alla s’installer dans la capitale avec l’argent qu’il avait eu de la dernière  récolte de riz, lui laissant six bouches affamées à nourrir. « Maintenant, ils sont revenus, il a donné un capital à sa femme qui tient un joli commerce, et je commence à croire qu’ils ont corrompu quelqu’un à la commune car ils ne subissent aucune poursuite », analyse froidement Marie Goreth.

Livrée à elle-même, sans aucun revenu, la jeune femme de 35 ans, qui en paraît 50, ne survit que grâce à la maraude dans les champs de riz, cette culture qu’elle déteste mais dont elle ne peut se passer. Pendant ce temps, Marc siffle une bière au centre de Murengeza accompagnée de sa jolie épouse et de leur enfant dodu, et si on lui demandait ce qui les rend si heureux, nul doute qu’il répondrait : « Le riz. »

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