Alors qu’elles devraient vivre normalement leur période menstruelle, la plupart de filles du site de Rugenge utilisent des loques par manque de serviettes hygiéniques, avec risque de contracter des infections. Un droit devenu un luxe, d’où la nécessité d’agir rapidement…
A l’approche du site Rugenge de la commune Mpanda en province Bubanza, tout visiteur est scruté par de dizaines d’enfants qui s’adonnent à différents jeux : les garçons au ballon, les filles au saut à la corde. Non loin de là, certains se désaltèrent dans un marais pendant que leurs ainés, des adolescents puisent de l’eau.
Cette eau visiblement pas potable est tout ce dont dispose ce site qui compte une cinquantaine de ménages pour préparer la nourriture, se laver, faire la lessive, etc. Les maladies : personne ne s’en soucie. Les habitants vivant dans ce site sont, comme on dit, protégés par le bon Dieu. Quant aux femmes et filles, elles souffrent plus que n’importe qui durant leurs périodes de menstruations.
Dignité en péril
Benita Nirera âgée de 15 ans, résidente du site n’y va pas par quatre chemins : « C’est la deuxième fois que cela m’arrive. Quand je ne me sens pas bien et que je vois que mes dates approchent, je prends un des pagnes que ma mère n’utilise plus ou ceux que je ne porte plus, je la coupe en plusieurs parties.»
Conséquence : elle a abandonné l’école parce qu’elle passait plusieurs jours dans cet état, ratant beaucoup de cours. « Les enseignants étaient toujours fâchés contre moi parce que chaque mois je devais m’absenter au moins quatre jours. Aujourd’hui je n’étudie plus. Je cultive pour les autres, et pendant cette période je ne vais pas travailler», regrette-t-elle.
Pour cette jeune fille, la période menstruelle est un calvaire alors qu’elle devrait la traverser normalement comme toutes les filles qui ne vivent pas dans ma précarité. Ce manque de serviettes empêche beaucoup de filles voire de femmes su site de vivre confortablement ce moment, ce qui les pousse à rester à l’écart durant cette période rendant ainsi les menstrues tabou. On ne parlera non plus des infections qui en découlent. Elles ne savent même pas si ce malaise qu’elles ressentent s’appelle infection, tellement elles s’habituent à se résigner que ça en devient une culture.
C’est le cas de Diella Minani, une jeune fille de 14 ans vivant sur le même site. Elle aussi utilise des loques que lui laisse sa maman. « Quand je n’en ai pas, je ne vais pas à l’école même si c’est un jour d’examen. Les enseignants me réprimandent souvent, parce que je n’ai pas de bonne note », fait-elle savoir.
Des conséquences inimaginables

Jacqueline Gakobwa, est une maman de sept enfants dont quatre filles et trois garçons vit dans ce même site de Rugenge. Pour elle, la culture d’utiliser les serviettes hygiéniques dans cette localité n’existe pas. « Regardez ce que je porte ! Ce n’est pas présentable même devant vous, imaginez alors ce qu’endure ma fille quand elle doit attendre que ce pagne que vous voyez s’use pour qu’elle en tire des loques à utiliser pendant ses règles » dit-elle d’un ton triste. Et de renchérir : « C’est trop cher pour nous. Ces choses c’est pour les riches. Imaginez la situation qui prévaut actuellement dans le pays. Nourrir mes sept enfants est la priorité. Les lopins de terre dont nous disposons pour cultiver ne dépassent pas 20 mètres sur 5.»
Euphrasie Nshimirimana, animatrice sociale attire l’attention sur le manque de connaissance à propos du danger que peut causer ce manque de kit de dignité. « Parfois, des organisations locales proposent une aide humanitaire permanente parce que ce site est composé de personnes indigentes qui ne peuvent pas se procurer les serviettes hygiéniques. Mais ils viennent une fois et reviennent une année après, alors qu’après eux ces démunis en ont toujours besoin.»
Pour elle qui les côtoie tous les jours, cette précarité est parmi les raisons qui poussent les jeunes filles à chercher ce dont elles ont besoin d’une manière incorrecte.
Plus qu’un cri d’alarme
Une enseignante qui a requis l’anonymat, se dit préoccupée par le nombre de jeunes filles qui ne peuvent pas suivre les cours comme il faut à cause du manque de kit de dignité. Ce malaise les maintient dans une situation d’indigence alors que toutes les jeunes filles devraient en bénéficier comme étant un droit et non un luxe.

Pour cette enseignante, cela devrait interpeller l’Etat. Le droit à la dignité et à la santé ne devrait pas être un privilège. Aujourd’hui encore, trop de femmes et de jeunes filles, en situation de précarité, sont contraintes de faire face à des menstruations sans solutions adéquates. Cela engendre non seulement des conséquences sur leur santé, mais aussi des impacts sur leur éducation, leur vie sociale et leur estime de soi. Des mesures devraient être prises pour rendre les serviettes hygiéniques accessibles gratuitement aux femmes les plus vulnérables.
Selon toujours elle, l’Etat devrait assumer ce rôle de garant de l’équité et de la justice sociale en mettant en place un programme d’accès gratuit aux serviettes hygiéniques pour les populations les plus vulnérables : « Une telle mesure est non seulement une avancée pour l’égalité, mais aussi un investissement dans l’avenir de notre nation. Il est temps d’agir pour que la dignité et la santé ne soient plus une question de privilège, mais un droit universel. »
Ce geste serait un pas vers l’égalité, la justice sociale et la reconnaissance des droits fondamentaux. Ensemble, mobilisons-nous pour mettre fin à la précarité menstruelle et garantir à chaque femme une vie dans la dignité !




