Une forte exportation au détriment de la demande locale
Plus au nord de Gitega, en province Muyinga, le commerce d’avocats va au-delà des frontières nationales. Les localités de Ngara et Kabanga en Tanzanie logent les principaux points de négoce de ce comestible. Certains commerçants interrogés à propos, disent qu’ils se frottent les mains. D’après eux, la valeur d’un avocat est d’une importance significative de l’autre côté de la frontière. Sous couvert d’anonymat, ils indiquent qu’un sac rempli d’avocats venu du Burundi peut être vendu à 60.000 shillings (soit 120.000 Fbu) ou plus selon la variété. Or, ce même sac s’achète chez les cultivateurs à un prix variant entre 30.000 et 50.000 Fbu, indique ceux croisés sur la colline Kinazi, zone Rugari, en commune Muyinga.
Néanmoins, la population de Muyinga regrette aussi la cherté de ce produit alimentaire sur le marché, où le prix d’une seule pièce oscille entre 1.500 et 2.000 Fbu. « Notre pouvoir d’achat ne nous permet de consommer cet aliment à volonté. On était plutôt habitué à l’acquérir à 300 ou 500 Fbu », soulignent certains d’entre eux.
Une réalité que reconnaît le gouverneur de Muyinga, Jean Claude Batungwanayo: « Nous sommes au courant que des avocats sont exportés en Tanzanie. Malheureusement, ce commerce ne fait pas rentrer des devises puisqu’il y’a absence de contrôle. Seules les caisses communales bénéficient des taxes en monnaie locale », déplore-t-il, avant d’ajouter: « Les avocats deviennent de plus en plus rares et chers ces dernières années. Ils sont prisés et leur demande est largement supérieure à l’offre. Des campagnes de culture d’avocats avait été lancées en 2005 et en 2006, mais peu ont répondu à l’appel. Certains avocatiers plantés n’ont pas pu être entretenus, et la production a tellement régressé. »
Le greffage pour une culture de rente
Même si la situation est compliquée, le gouverneur de Muyinga, Jean Claude Batungwanayo indique que l’administration est à pied d’œuvre pour redynamiser la filière. Ainsi, une sensibilisation accrue est en train d’être effectuée dans toutes les localités de cette province afin d’inviter la population à cultiver les avocats. Des techniques de greffage ont été vulgarisées pour promouvoir la variété « Hass », très convoitée sur le marché international: « Nous avons insisté auprès de la population sur l’usage de l’engrais naturel pour que le produit soit bio, donc d’une meilleure qualité. »

La cadence semble être à un niveau supérieur en province Kayanza. Avec l’appui de l’ONG Auxfin, en commune Gatara, 1.800 greffons de type « Ruhere » et « Choquette » ont été distribués à la population pour le greffage au grand bonheur des bénéficiaires: « On essaie de leur apprendre les meilleures pratiques de greffage, pour qu’à leur tour, ils puissent dupliquer cette technique dans leur communauté, afin que dans deux ou trois ans, on ait une récolte abondante et de qualité », notifie Régule Havyarimana, responsable de ce projet à Gatara.
Toute une chaîne de valeur à développer
Cependant, signale Innocent Banigwaninzigo, expert dans le domaine de l’agriculture, de l’élevage, de l’environnement et du changement climatique, l’exportation en quantité suffisante d’avocats nécessite de grandes étendues pour sa culture. D’après lui, l’Etat devrait disponibiliser des terrains pour la pratique de la culture intensive de l’avocat: « Il faut au moins un hectare pour la plantation de 200 à 500 avocatiers. Avec une démographie galopante, la majorité de la population burundaise n’est pas capable de pratiquer cette culture, car les terres arables s’amenuisent davantage. »
Par ailleurs, cet expert recommande au gouvernement de collaborer et d’encourager les investisseurs dans ce domaine, pour qu’ils puissent contribuer à la promotion de cette culture d’exportation, en plaçant leur fonds dans l’agriculture professionnelle d’avocats : « L’Etat doit corriger l’accès des produits burundais sur le marché international en certifiant dans ce cas l’avocat cultivé localement, ce qui facilitera le rapatriement des devises, sans pour autant passer par des intermédiaires surtout de la sous-région qui vendent nos avocats et perçoivent des grosses rémunérations aux dépens des agriculteurs locaux. »




