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Alimentation en électricité : promesses et désillusions

Pannes électriques, délestages, coupures intempestives occasionnant des dommages des machines et électroménagers… le quotidien des usagers est de nouveau mise à rude épreuve ces derniers jours par une crise énergétique, aggravée par une pénurie sévère et persistante du carburant, qui servait néanmoins d’alternative pour fournir une énergie électrique autonome et suffisante. Cela demeure ainsi malgré l’espoir suscité par des annonces retentissantes de la part de la Regideso d’inverser la tendance.

C’est un gros défi et malheureusement pas nouveau pour les citadins de la Mairie de Bujumbura. Plutôt, un casse-tête pour les usagers de l’électricité qui en tirent leur gagne-pain. Aujourd’hui plus qu’hier, tous les quartiers de la capitale économique partagent une même réalité quasi quotidienne : les coupures de courant électrique.

Ce fardeau pèse lourdement sur le business en plein centre-ville de Bujumbura. Éric*, comme d’autres geeks déchante. Depuis plusieurs semaines, relate-t-il, ils n’arrivent plus à honorer les engagements envers leurs clients, faute de l’électricité fournie par la Regideso : « On craint de mettre la clé sous le paillasson sous peu, puisque les pertes s’accumulent du jour au lendemain. Nos matériels consomment beaucoup d’énergie électrique, et nécessitent une grande quantité de carburant pour alimenter le groupe électrogène, alors que l’or noir manque cruellement. »

Même son d’indignation chez Richard*, qui détient un secrétariat public. Lui admet avoir perdu tout espoir : « On ne sait plus à quel saint se vouer, car on n’arrive pas à travailler ne fût-ce que 4 heures par jour faute d’électricité. On se demande comment on va vivre alors que le courant électrique fait défaut.»

Les petits métiers souffrent

La même rancœur est aussi ressentie chez Mireille*, gérante d’une pâtisserie à Bwiza. Cette dame dit ne pas comprendre pourquoi son quartier peut connaître un délestage toute la journée, ce qui perturbe gravement son commerce : « On travaille à perte car le lait périme faute de courant électrique qui alimente les frigos assurant ainsi ses bonnes conditions de conservation. Nos investissements s’effondrent à vue d’œil, et on ne voit pas comment on va les récupérer. »

Cette crainte est partagée par Claude*, qui gère lui aussi un atelier de soudure à Kanyosha. Il regrette que sa famille manque parfois de quoi mettre sous la dent, car cette situation les contraint dans un désœuvrement où il rentre à la maison souvent bredouille : « Je ne suis plus capable d’assurer la ration alimentaire quotidiennement, car notre boulot ne marche pas normalement. Il faut que l’Etat trouve une solution à ce problème de coupure d’électricité, afin qu’on soit soulagé. »

Du désarroi dans les ménages

Marie*, une veuve qui vit à Ngagara, au nord de la ville de Bujumbura, s’inquiète des pannes électriques qui plonge dans le noir tout son quartier pendant plusieurs jours. Elle craint des bandits qui profitent de l’obscurité qui règnent pour s’infiltrer dans les maisons ou dévaliser les passants : « On ne peut pas dormir tranquillement car c’est impossible d’assurer notre sécurité à l’absence de l’électricité. Bien plus, on ne peut plus conserver nos aliments dans nos frigos, et ceux-ci se détériorent sous nos yeux impuissants.»

Toujours à Ngagara, même les tenanciers des bars disent être pénalisés par ce phénomène de panne électrique qui n’en finit pas. Pour eux, cette situation affecte le flux de leur clientèle et leurs stocks de viande périssent. La question qui taraude plus d’un est pourquoi ce problème de délestage et des pannes persiste ?

La Regideso promet le changement

Jean Albert Manigomba, DG de la Regideso : « Dès le mois de juin 2025, il n’y aura plus de coupures d’électricité. »

Reconnaissant les coupures intempestives d’électricité en Mairie de Bujumbura, Jean Albert Manigomba, directeur général de la Regideso explique que cette situation est liée à la vétusté du réseau de distribution du courant électrique, fait des câbles et fils usés : « Nous comptons remplacer ces outils qui datent de longtemps par des nouveaux, ce qui résoudra définitivement le problème. La Regideso a des moyens financiers suffisants », assure-t-il, dans une conférence de presse tenue le 25 mars 2025.

Mr Manigomba ne s’en arrête pas là. Il promet aussi une électrification effective de tout le pays, dans moins de 2 moins. Son optimisme repose sur une production générée par les barrages électriques récemment construites : « Dès le mois de juin de cette année, il n’y aura plus de coupures d’électricité, car la Regideso s’est doté de barrages capables d’offrir une énergie électrique dans tout le pays, notamment le Kabu16, Rusumo Falls et Jiji qui génèrent respectivement 20 MW, 27,5 MW et 32,5 MW. La puissance en électricité installée s’élève à 135 MW, alors que la demande ne dépasse pas 90 MW. », renchérit-t-il, avant d’ajouter que les poteaux électriques en bois seront remplacés par ceux en métaux et que les compteurs de courant électrique seront bientôt distribués gratuitement aux usagers.

Toutefois, une certaine opinion reste sceptique à ces promesses de la Regideso. Un observateur de la situation qui a requis l’anonymat, dit ne pas comprendre pourquoi la Regideso n’arrive pas à concrétiser ses promesses envers les clients. Il rappelle que ce n’est pas la 1ère fois que le DG de cette institution tient un discours pareil. En janvier 2024, pointe-t-il, des annonces allant dans ce sens ont retenties dans les médias, mais aucune évolution observée sur terrain.

L’urgence s’impose

Faustin Ndikumana, président du Parcem : « La première chose que les investisseurs étrangers évaluent dans un pays où ils veulent investir est le niveau d’accès à l’électricité. »

Pour Faustin Ndikumana, président du Parcem, la première chose que les investisseurs étrangers évaluent dans un pays où ils veulent investir c’est le niveau de raccordage à l’électricité et le délai d’accès à l’internet. Néanmoins, rappelle cet économiste, les opérateurs économiques qui ont investi dans l’exportation au Burundi ont déclaré que leurs industries d’exportation travaillaient à 60%, parfois même moins de 60%, suite au délestage et au manque d’électricité suffisant.

Mr Ndikumana recommande un investissement public massif : « Si on doit attendre les opérateurs économiques privés, on risque d’attendre pour longtemps, parce que des fois, investir en électricité, le profit n’est pas immédiat, donc il faut analyser la capacité du pouvoir d’achat. Il faut que le gouvernement mobilise les fonds et investisse dans le secteur. Et puis, on va intéresser les privés petit à petit. Mais dire qu’on va laisser les privés s’engager dans le secteur, c’est difficile parce que c’est un domaine très stratégique. »

Faustin Ndikumana souligne la nécessité de remplacement des réseaux d’installation vétustes, qui date de la période coloniale. Pour atteindre la vision 2040-2060, insiste le président du Parcem, le gouvernement devra corriger le déficit énergétique (taux d’accès à l’électricité est maintenant à 20%) en mobilisant des fonds publics et auprès de ces partenaires, mais aussi en luttant contre la corruption, avec une volonté politique traduite par des actions concrètes sur terrain.

*nom d’emprunt

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