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Vanessa Munezero, de l’échec scolaire à la transmission d’un métier

Après avoir échoué au concours national de 9e année, Vanessa Munezero aurait pu abandonner ses rêves. Elle a plutôt choisi la couture. Aujourd’hui, avec ses trois machines, cette trentenaire de Muhanga gagne sa vie grâce à son savoir-faire et transmet son métier à d’autres jeunes, dont certains ont déjà lancé leurs propres activités.

Sur la colline de Kibimba, dans la commune de Muhanga, le bruit des machines à coudre rythme désormais les journées de Vanessa Munezero. A 30 ans, cette couturière a transformé une déception scolaire en une véritable opportunité professionnelle. Son parcours commence pourtant par un échec au concours national de 9e année, qui lui ferme la porte de l’enseignement post-fondamental.

Née en 1996 sur la colline de Gashibuka, Vanessa ne cache pas que cette période a été difficile. Certains de ses anciens camarades, confrontés au même échec, ont abandonné leurs études tandis que d’autres se sont mariés. Elle, en revanche, décide de prendre une autre voie : apprendre un métier. Elle rejoint ainsi l’école technique secondaire Buntu (ETS Buntu), à Buye, dans la province de Butanyerera, pour se former à la couture.

« Une fois arrivée à l’école, j’ai constaté que nous avions de bons enseignants. Ils nous encadraient bien. Nous qui étudiions la couture étions considérés comme des élèves qui n’avaient pas réussi le concours national de 9e année. Les autres élèves nous méprisaient, notamment ceux des sections TIAA et hôtellerie, parce qu’après leurs études, ils recevaient des diplômes », se souvient-elle.

Mais les encouragements de la directrice de l’époque, Denise Nkurunziza, l’aident à persévérer. « Elle nous demandait de bien apprendre afin de maîtriser le métier. Même si nous étions méprisés, c’est pourtant nous qui confectionnions les uniformes portés par tous les élèves de l’établissement », raconte Vanessa. La directrice les encourageait surtout à acquérir leurs propres machines après leur formation, afin de transformer les connaissances acquises en véritable activité économique.

Aujourd’hui, Vanessa dispose de trois machines et travaille depuis son domicile à Kibimba. La couture lui permet de subvenir à ses besoins et de financer d’autres projets. Une petite culotte pour enfant lui rapporte 1 500 FBu, une blouse entre 30 000 et 50 000 FBu et une robe entre 15 000 et 20 000 FBu. Elle confectionne également des chemises et différents vêtements pour hommes et femmes.

« Il y a de l’argent dans ce métier. Pour ma part, je ne gagne pas moins de 900 000 FBu par mois. Cet argent me permet de subvenir à mes besoins et de réaliser d’autres projets », affirme-t-elle.

Quand apprendre devient aussi transmettre

Pour Vanessa, réussir ne signifie pas seulement améliorer ses propres conditions de vie. Depuis qu’elle maîtrise son métier, elle a choisi de partager son savoir-faire avec d’autres. Une dizaine de personnes ont déjà été formées par ses soins. Parmi elles, cinq ont pu acheter leurs propres machines et travaillent aujourd’hui à leur compte.

Ndayisenga Deo, chef de la colline de Ruganda, voisine de Kibimba, voit en elle un modèle pour les jeunes. « C’est elle qui confectionne régulièrement les vêtements des différents chefs de collines, ainsi que les habits que nous portons lors des cérémonies. De nombreuses personnes venant d’autres communes font également appel à elle », témoigne-t-il.

Selon lui, la réputation de Vanessa repose également sur sa fiabilité. « Elle est digne de confiance, respecte ses rendez-vous et accueille bien ses clients », souligne-t-il.

Dans la communauté, son travail est également apprécié pour son souci de valoriser chaque morceau de tissu. Une habitante témoigne : « Vanessa coud très bien. Lorsque vous lui donnez un vêtement à confectionner, elle ne garde pas le petit morceau de tissu qui reste. Elle vous le remet afin que vous puissiez, par exemple, faire confectionner une culotte pour votre enfant. »

Une formation qui ouvre d’autres portes

Emelyne Niyongere, de la colline de Gisara, fait partie de celles qui ont bénéficié de cette transmission. Après six mois de formation auprès de Vanessa, elle a acheté sa propre machine et exerce aujourd’hui son métier au marché de Muhanga.

« J’ai trouvé Vanessa en train de former une autre jeune femme. J’ai vu la manière dont elle l’encadrait et je lui ai demandé de m’apprendre également. Elle a accepté. Elle m’a formée pendant six mois. Lorsque j’ai maîtrisé le métier, elle m’a dit que je pouvais, à mon tour, commencer à travailler pour moi-même », raconte Emelyne.

Pourtant, Emelyne avait terminé les Humanités Générales dans la section des langues sans parvenir à décrocher un emploi. La couture lui a ainsi offert une autre possibilité d’insertion professionnelle.

D’autres jeunes sont actuellement en formation. Nadyizeye Liesse en fait partie. Après avoir terminé les Humanités Générales, elle a choisi d’apprendre la couture auprès de Vanessa. « Je commence à bien connaître le métier. Je sais déjà découper le tissu et assembler les différentes parties », explique-t-elle.

Jusqu’à présent, Vanessa formait gratuitement les personnes qui venaient apprendre auprès d’elle. Mais face à l’augmentation du nombre de jeunes intéressés, elle envisage désormais de demander une contribution d’environ 150 000 FBu pour six mois de formation.

« Compte tenu des connaissances que je lui transmets, cette somme ne sera pas élevée. C’est surtout dans le but de les aider », précise-t-elle. Elle envisage également de leur reverser une partie des revenus générés par les vêtements que les apprenants confectionnent pendant leur apprentissage.

Une activité qui profite à toute la commune

L’impact de l’activité de Vanessa dépasse son atelier. Pour Nsengiyumva Aristide, secrétaire exécutif de la commune de Muhanga, les couturiers comme elle contribuent à maintenir certaines activités économiques dans la commune.

« Nous n’avons pas besoin d’aller loin, puisque nous avons ici des personnes compétentes et fiables. De plus, la machine à coudre contribue à l’économie de la commune, notamment à travers les taxes », explique-t-il.

Selon lui, le développement de Vanessa profite également aux personnes qu’elle emploie et à celles qu’elle a formées. « Lorsqu’elle se développe, elle contribue au développement de la commune, mais aussi à celui des personnes qu’elle emploie et de celles qu’elle a formées. De manière générale, elle contribue au développement de toute la commune », souligne-t-il.

Pour les prochaines années, Vanessa nourrit une ambition claire : former au moins quatre jeunes tous les six mois, soit huit par an. D’ici 2030, elle espère ainsi avoir accompagné 32 jeunes dans l’apprentissage de la couture.

Son souhait va au-delà de ces chiffres. Elle encourage les jeunes qui ont abandonné leurs études ou qui, malgré leur diplôme, peinent à trouver un emploi à se tourner vers les métiers pratiques. Pour elle, apprendre un métier peut être un moyen de gagner sa vie, mais aussi de créer des opportunités pour les autres et de participer au développement de la communauté.

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