Confronté à une pénurie persistante de carburant depuis 2022, le Burundi cherche des solutions pour rétablir un approvisionnement normal. Alors que des députés proposent d’ouvrir davantage le marché aux opérateurs privés, cette option divise. Si certains y voient un moyen de mettre fin aux ruptures d’approvisionnement, d’autres estiment que le manque de devises demeure le principal obstacle.
Depuis 2022, le Burundi fait face à une pénurie persistante de carburant, entraînant de nombreuses difficultés dans les déplacements des citoyens ainsi que dans le transport des biens essentiels. Cette situation affecte fortement la vie quotidienne de la population et le fonctionnement de l’économie nationale.
Face à cette crise, des députés ont proposé, lors d’une séance de l’Assemblée nationale tenue le 5 mai 2026, d’ouvrir davantage le marché aux opérateurs privés, à l’image de ce qui a été fait dans le secteur du sucre.
Cette proposition est soutenue par certains citoyens et des organisations de la société civile. Selon eux, autoriser des investisseurs privés capables d’importer les produits pétroliers permettrait d’améliorer leur disponibilité sur le marché.
Des citoyens prêts à accepter une légère hausse des prix
Pour plusieurs citoyens, la libéralisation pourrait mettre fin aux pénuries, même si elle devait entraîner une légère augmentation des prix.
Elysé N., vendeur de produits Brarudi, estime que cette mesure permettrait avant tout de garantir la disponibilité du carburant. Selon lui, malgré une hausse modérée du prix à la pompe, elle pourrait également contribuer à faire baisser les prix d’autres produits grâce à la fluidité du transport.
Dans le même sens, Emelyne I., habitante de la zone Cibitoke, en commune Ntahangwa, souligne que la rareté du carburant favorise le marché parallèle, où les prix sont largement supérieurs aux tarifs officiels. Elle cite l’exemple du trajet Bujumbura-Ngozi : alors que le tarif officiel est inférieur à 13 000 BIF, il est aujourd’hui difficile d’effectuer ce voyage pour moins de 30 000 BIF.
Selon elle, payer, par exemple, 12 000 BIF au lieu de 10 000 BIF le litre resterait acceptable si cela permettait de trouver facilement du carburant et de se déplacer sans difficulté.

Alexis Nimubona, chargé de la communication à l’OLUCOME, estime lui aussi que la libéralisation pourrait non seulement assurer la disponibilité du carburant, mais également contribuer à la baisse des prix de plusieurs produits de consommation. Il rappelle qu’avant 2022, ce secteur était entre les mains d’opérateurs privés, sous la régulation de l’Etat.
De son côté, Faustin Ndikumana, président du PARCEM, souligne que la pénurie actuelle entraîne d’importantes pertes économiques, notamment le ralentissement des activités, les perturbations des déplacements et du transport des biens essentiels, ainsi qu’une hausse du coût de la vie. Selon lui, l’essentiel est de garantir un approvisionnement suffisant, même si cela implique d’aligner les prix sur ceux du marché international.
Le gouvernement met en garde contre une flambée des prix
Le Premier ministre, Nestor Ntahontuye, estime que la libéralisation pourrait entraîner une hausse importante du prix du carburant, qui passerait de 4 000 BIF à 6 000, voire 7 000 BIF le litre.
Il souligne également que la principale difficulté réside dans la régulation des prix à l’arrivée du carburant sur le territoire national.
Comme alternative, il encourage le recours aux véhicules électriques afin de réduire la dépendance du pays aux produits pétroliers.
Le manque de devises, principal obstacle

Pour l’économiste Diomède Ninteretse, la libéralisation ne constituerait pas, à elle seule, une solution durable. Il explique que le principal problème reste le manque de devises, indispensables pour importer le carburant.
Selon lui, les opérateurs privés seraient confrontés aux mêmes difficultés que l’Etat, puisque les importations sont payées en devises alors que les ventes sont réalisées en francs burundais.
Il estime néanmoins que si l’Etat garantissait l’accès aux devises, la libéralisation pourrait produire des résultats positifs. Il insiste également sur la nécessité pour l’Etat de continuer à jouer son rôle de régulateur afin d’éviter les abus dans la fixation des prix.
Selon le Dr Martin Ndayizeye, secrétaire permanent au ministère ayant l’énergie dans ses attributions, la gestion du carburant importé est assurée par la SOPEBU, principal importateur du pays.
Il précise toutefois que cinq autres sociétés privées : Interpetrol, Delta, YOC, BUBP et Prestige disposent également d’autorisations d’importation.
Le Burundi a besoin d’environ 30 millions de litres de carburant par mois pour satisfaire la demande nationale.
Chaque société importatrice est tenue de déclarer les quantités introduites auprès de la SOPEBU afin qu’elles soient enregistrées dans le système Igitoro Pass, chargé d’assurer le suivi de la distribution des produits pétroliers.




