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Jadot Nkurunziza, l’artisan d’un Burundi plus vert

A l’heure où les déchets plastiques envahissent les rivières et les espaces publics, certains jeunes Burundais ont choisi d’agir plutôt que de se résigner. A travers son association Biratwerekeye Twese (« Ça nous concerne tous »), Jadot Nkurunziza mobilise des milliers de jeunes autour de la protection de l’environnement, tout en créant des emplois. Portrait d’un leader dont l’engagement dépasse les clivages et inspire toute une génération.

Sur les berges de la rivière Ntahangwa, au nord de la ville de Bujumbura, une pépinière attire le regard. Des milliers de jeunes plants d’arbres fruitiers, d’essences forestières et de fleurs ornementales y sont soigneusement entretenus. Derrière cette oasis de verdure se trouve Jadot Nkurunziza, un jeune environnementaliste qui a fait de la protection de la nature le combat de sa vie.

Fondateur de l’association Biratwerekeye Twese (« Ça nous concerne tous »), il a réussi à transformer une initiative citoyenne en un mouvement mobilisant des milliers de jeunes autour d’un même objectif : rendre le Burundi plus propre et plus vert.

« L’arbre, c’est la vie. Il nous permet de bien respirer. Nous fabriquons nos toitures à l’aide du bois ; nos bancs, pupitres et lits sont en bois, notre bois de chauffage aussi. Nous devons donc protéger la nature. »

Pour comprendre son parcours, le journaliste Jean-Paul Nicondindiriye s’est rendu dans cette pépinière dans le cadre de l’émission Aranyubaka, une production de La Benevolencija Grands Lacs qui met en lumière des Burundais dont les initiatives contribuent au développement du pays.

Autour de Jadot, plus d’une trentaine de jeunes travaillent quotidiennement. Ils produisent des plants, les entretiennent et les commercialisent. Pour beaucoup d’entre eux, cette activité représente bien plus qu’un simple emploi. « C’est un homme courageux qui mérite d’être applaudi. Pour nous, il est un exemple », affirme Hakizimana Rémy, employé de l’association.

Une autre bénévole, qui participe régulièrement aux activités de Biratwerekeye Twese, décrit un homme profondément engagé. « Je le vois souvent sur le boulevard Mwezi Gisabo sensibiliser les jeunes à garder la ville propre, à planter des arbres et des fleurs. Nous le voyons également enlever la jacinthe d’eau sur les rives du lac Tanganyika, un travail que beaucoup négligent. »

Selon elle, Jadot ne laisse jamais passer un geste qui nuit à l’environnement. « Lorsqu’il voit quelqu’un jeter une bouteille en plastique par terre, il intervient immédiatement pour sensibiliser cette personne et lui montrer où déposer ses déchets. »

Les autorités locales reconnaissent également son apport. Havyarimana Alexis, administrateur de la commune Ntahangwa souligne : « Il nous a aidés à embellir le Boulevard Mwezi Gisabo. Nous souhaitons désormais collaborer avec lui pour aménager la route reliant l’aéroport à Chanic. Son travail contribue à sensibiliser les jeunes à la protection de l’environnement et à lutter contre la pollution de nos rivières ».

Quand l’écologie devient une source d’emploi

Au-delà de son engagement environnemental, Jadot Nkurunziza offre également des perspectives économiques. Hakizimana Rémy explique que son salaire lui permet de subvenir aux besoins de sa famille.

« Je gagne entre 300 000 et 400 000 Fbu par mois. Cela me permet notamment de payer mon loyer », raconte-t-il.

Il reconnaît toutefois que ce travail lui permet aussi d’apprendre. « Il nous arrive de ne pas connaître le nom de certaines plantes. Jadot prend le temps de nous les expliquer afin que nous puissions mieux conseiller les clients. »

Annonciate partage cette reconnaissance. « Je gagne environ 300 000 Fbu par mois. Jadot est un excellent organisateur et un visionnaire capable de rassembler les jeunes autour d’un objectif commun. »

Une passion née dès l’enfance

Surnommé « Giti », Jadot Nkurunziza est né en 1994 à Nyakabiga, dans la ville de Bujumbura. Deuxième d’une famille de cinq enfants, il découvre très tôt le monde des arbres grâce à son grand-père.

Pendant les vacances, il se rend régulièrement à Banga, dans la commune Bukeye, où son grand-père entretient une pépinière de jeunes eucalyptus. Chargé de les arroser, le jeune Jadot s’interroge sur l’utilité de cette tâche.

Son grand-père lui répond inlassablement : « Les arbres nous donnent des fruits, nous permettent de respirer, fournissent le bois de chauffage, le charbon, les meubles, les pupitres scolaires et les charpentes de nos maisons. L’arbre, c’est la vie. »

Cette phrase restera gravée dans sa mémoire et guidera son engagement. Après des études en protection de l’environnement en Ouganda, Jadot revient au Burundi avec une conviction : les jeunes peuvent devenir les principaux acteurs de la préservation de leur pays.

Il crée alors Biratwerekeye Twese, une association dont le nom traduit sa philosophie : la protection de l’environnement est une responsabilité collective.

Aujourd’hui, ses activités rassemblent plus de 10 000 jeunes, en partenariat avec les Scouts, les Guides, les mouvements d’Action catholique, des associations de soutien aux orphelins ainsi que plusieurs organisations de bénévoles.

« Nous n’avons pas besoin de connaître votre origine, votre religion ou votre appartenance ethnique. Chacun d’entre vous a sa pierre à apporter à l’édifice national. »

Pour Jadot, la réussite de cette mobilisation repose sur un principe simple : l’inclusion. « Aucune discrimination. Chacun peut apporter sa contribution au développement du pays », affirme-t-il.

Selon lui, les jeunes engagés dans ses activités ont appris à dépasser les divisions. « Notre objectif est de rendre le Burundi plus beau. Les considérations ethniques, religieuses ou régionales n’ont pas leur place dans notre engagement. Nous travaillons ensemble pour une cause qui nous dépasse tous. »

Cet engagement lui vaut une reconnaissance internationale. Le 9 novembre 2021, il reçoit le prix du Meilleur jeune volontaire de l’année lors de la COP26 organisée à Glasgow, en Écosse. Son ambition reste intacte : contribuer à faire du Burundi un pays où les arbres, les fleurs et les espaces verts occupent une place centrale dans le quotidien des citoyens.

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