Dans leurs prédications, certains leaders religieux peinent à dissocier la foi et leurs positions politiques. Des dérapages qui déroutent leurs fidèles, au point de les diviser.
À Karusi, comme dans d’autres coins du pays, les églises grouillent de fidèles à la quête de la foi. Ils écoutent, chantent et dansent sur fond des prédications de leurs leaders religieux. Ces derniers sont considérés comme des messagers de Dieu sur terre.
Cependant, cette ambiance est entrecoupée par des enseignements, des fois, à caractère politique. À Gihogazi, en commune Bugenyuzi de la province Karusi, ce phénomène est d’actualité. Diomède* (38 ans) regrette que certains leaders religieux confondent leurs missions de prêcher la bonne nouvelle au militantisme politique : « C’est surtout pendant la période électorale que les hommes de Dieu tiennent des discours qui tendent à soutenir la cause des uns au détriment des autres. »
À peine voilé, glisse Immaculée (43 ans), d’autres leaders religieux n’hésitent pas à critiquer les formations politiques dont ils ne partagent pas la même idéologie : « Leur enseignement vire aux diatribes et autres messages réducteurs qui minimisent les autres forces politiques. »
De la pure manipulation
Des églises considérées comme des lieux de rassemblement par excellence se transforment ainsi en un endroit où se fait la propagande politique : « Pour certains leaders religieux, c’est l’occasion de transmettre le message des politiciens avec qui ils partagent la même idéologie », déplore Marc* (56 ans), habitant lui aussi la colline Gihogazi.
Sournoisement, renchérit Alice* (32 ans), certains leaders religieux s’appuient sur des enseignements de la foi pour soutenir une cause d’un parti politique : « Ils tirent des extraits écrits dans les livres saints sans toutefois mentionner leur contexte, afin de manipuler l’opinion qui ignore parfois le sens des circonlocutions.»
Plus de sagesse que d’émotions

Pour Acher Niyonizigiye, expert en leadership, les leaders religieux doivent savoir comment s’adresser aux différentes catégories de personnes, sans utiliser des mots dégradants, des mots qui portent atteinte à la dignité des individus : « Il y a des leaders religieux qui vivent avec beaucoup d’amertume dans leur cœur, et qui, s’ils n’ont pas eu cette éducation nécessaire, surtout dans la communication officielle, la colère peut déborder, l’amertume peut les dominer, et ils peuvent se retrouver en train de véhiculer des messages divisionnistes.»
Cet expert attire l’attention sur les conséquences de ces messages politisés qui sont annoncés par les leaders religieux dans les églises : « Les paroles des leaders religieux atteignent beaucoup de gens. Et quand ça contient des messages blessants, il y aura certainement des gens qui seront blessés.»
Otto Mbazumutima, conseiller communal en charge des affaires juridiques, sociales et politiques de la commune Bugenyuzi assure que des réunions à l’endroit des leaders religieux sont tenues régulièrement pour les sensibiliser à une communication non-violente dans leurs discours.
*nom d’emprunt




