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Gouvernance

La nouvelle loi sur l’administration communale : espoir d’une gouvernance renforcée ou recul ?

Conformément à la nouvelle loi organique du 07 juin 2024 portant réorganisation de l’administration communale, l’administrateur communal, bien qu’élu, n’est plus membre du conseil communal dès la signature du décret présidentiel de nomination (article 37). Contrairement à la précédente loi qui faisait de l’administrateur le secrétaire du conseil, la nouvelle approche sépare désormais clairement les fonctions exécutives et délibératives. Une réforme saluée par certains, mais critiquée par d’autres…

Des citoyens de la province de Kayanza, tels que Prosper Ntigacika de la colline Muhingira et Léonidas Mayange, ancien membre du conseil communal de Gatara, regrettent que l’administrateur ne participe plus à la planification des projets. Pour eux, un administrateur impliqué dès la conception garantit une meilleure exécution et permet une évaluation équitable dans un cadre transparent.

Athanase Barakamfitiye, de la colline Musave, exprime quant à lui des doutes : il craint qu’un administrateur exécutant des projets auxquels il n’a pas contribué dans la conception soit moins impliqué ou mal évalué, d’autant plus qu’il ne siégera plus lors des réunions d’évaluation.

Une réforme saluée par les experts

Pour Patrice Saboguheba, politicien et conseiller communal à Mukaza, cette réforme était nécessaire. Il estime qu’un administrateur qui planifie et exécute à la fois les projets devient juge et partie. La nouvelle structure permettra au conseil communal de mieux exercer son rôle de contrôle. Toutefois, il insiste sur la nécessité d’avoir des administrateurs et des conseillers compétents et engagés, dénonçant le système des listes bloquées qui favorise parfois des personnes incompétentes.

Diomède Ninteretse, spécialiste en bonne gouvernance salue également la réforme, y voyant une volonté claire de renforcer la décentralisation. Néanmoins, il insiste sur la nécessité de doter les communes de moyens financiers suffisants. « Ce ne sont pas les lois qu’il faut chanter, mais les moyens qu’il faut garantir pour leur application », affirme-t-il, mettant l’accent sur la redevabilité et la transparence.

Jean Baptiste Hajimana, membre du comité de coordination de l’Association des Communes du Burundi (ACOBU) partage cet avis. Selon lui, retirer l’administrateur du conseil permettra un contrôle plus objectif. « Aujourd’hui, il est difficile de juger un administrateur qui siège dans l’organe qui l’évalue », dit-il, ajoutant que le conseil aura désormais le pouvoir de le convoquer pour obtenir des éclaircissements.

Des défis à relever

Malgré l’optimisme autour de cette nouvelle loi, les intervenants soulignent plusieurs défis : manque de compétences et de leadership chez certains conseillers, problème de listes électorales bloquées favorisant des candidats inappropriés, et surtout absence d’un budget clairement défini dans la loi.

 Sans moyens adéquats, indiquent les intervenants, la mise en œuvre des projets reste compromise, même avec une meilleure organisation administrative.

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