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« Nappy », ou l’affirmation de l’africanité

Le mouvement est déclaré partout mais à des degrés différents

Les types de chevelures au Nigeria

En Afrique, ce mouvement devient un mouvement de classe. Ce sont des femmes qui ont un certain train de vie plus ou moins élevé qui peuvent se permettre d’être naturelles en utilisant certains codes de ce mouvement, à savoir les cosmétiques étrangers qui coûtent extrêmement cher et pas régulièrement accessibles localement : «Le mouvement Nappy ne se déclare pas de la même façon dans la plupart des régions que j’ai ciblé dans ma recherche pour ma thèse, notamment dans les communautés africaines en France, en Afrique de l’Ouest et en Afrique de l’Est, à travers une étude comparée entre le Kenya et le Burundi ».

A Nairobi, Christella dit avoit constaté « plus d’engouement par rapport à Bujumbura. » En cause : une culture « underground » du fait de la prépondérance du port des dreadlocks par rapport aux coiffures à base de cheveux crépus, frisés, bouclés et ondulés. « Au Burundi par contre, le nappy est influencé à la fois par le conservatisme, en référence à la coiffure de nos grand-mères Uruhanika et de la spiritualité (certaines églises n’admettent pas que leurs ouailles défrisent leurs cheveux). A la base, les femmes burundaises sont naturelles quant aux cheveux par rapport aux autres femmes d’Afrique. Le port de la perruque n’est pas aussi évident que dans les autres pays de l’Afrique francophone de l’Ouest ou du centre d’après les entretiens que j’ai réalisé ».

L’économie et l’environnement autour du cheveu crépu

En Afrique, le «nappisme » a démarré de manière timide mais aujourd’hui il commence à prendre le pas. Les professionnels capillaires des États-Unis ou de l’Europe viennent organiser des conférences et des ateliers capillaires sur le continent. Le cas étant celui d’Aline Tacite, fondatrice du salon Boucles d’Ebèneà Paris. En Côte-d’Ivoire, elle a été étonnée de voir que les coiffeurs maîtrisaient toutes les techniques de soin et de coiffure du cheveu défrisé sans avoir une réelle connaissance de textures crépues.

Si cet intérêt pour une cosmétique écologique semble être une aubaine pour le développement rural et agricole, peut-on dire que la transformation des matières premières sur le continent fait émerger de nouvelles logiques entrepreneuriales dont féminines dans le domaine esthétique et d’autres domaines connexes ?

Voyons au Burundi. «D’abord le pays est moins avancé en terme d’accès aux produits naturels et du coup, les nappies burundaises s’approvisionnent dans les pays de l’Afrique de l’Est (Kenya et Ouganda) ou carrément en Europe », dit-elle.

Or, «dans le monde rural, la plupart les agriculteurs produisent les matières premières pour la consommation alimentaire mais la branche cosmétique, celle que j’appelle cosmétique écologique africaine subsaharienne, cette partie est encore inexplorée par les Africains eux-mêmes ».

En conséquence, les effets socio-économiques, agricoles, esthétiques et de genre de ce phénomène font penser que les pratiques esthétiques des femmes afro-diasporiques sont des leviers pour l’essor de l’industrie cosmétique issue des terroirs cosmétiques africains : « Dans mes recherches, j’ai constaté que les pays africains restent des territoires où on vient pour l’exportation et ce sont des compagnies étrangères qui en bénéficient ».

Et d’ajouter : « Nous pourrions pousser vers une production locale qui coûterait moins chère, où il y aurait moins d’impact au niveau de l’environnement mais qui ajouterait une plus-value à notre pays surtout à notre monde rural et qui, enfin préserverait la santé globale en améliorant l’aspect esthétique des femmes. »

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