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Hygiène

Les menstrues à l’école: l’intimité questionnée

La dignité durant la période des menstruations est primordiale pour chaque jeune fille tant au niveau scolaire qu’au foyer. Les reporters du Magazine Jimbere ont sillonné cinq provinces du pays pour se rendre compte de l’état des lieux des infrastructures en milieu scolaire (les sanitaires, la disponibilité des serviettes hygiéniques) et l’apprentissage en général, en temps des menstruations.

Notre aventure débute sur Bubanza. Nous sommes à l’ETB, (Ecole Technique de Bubanza). Nous arrivons vers la fin des cours. L’encadreur du jour, Didier Ntakarutimana, nous donne un accueil très chaleureux, et d’un geste sur sa montre, il nous fait signe que notre temps est compté : « Vous n’allez tout de même pas empêcher mes élèves d’aller au réfectoire. Ico munda gishaka ico mu nkono. Nous sommes à la dernière heure. »

A peine finit-il ces propos que la cloche marquant la fin des cours sonne. Et en l’espace de deux minutes, tous les élèves, du moins ceux du premier tour, ont leur assiette et cuillère en main, prêts pour l’attaque. C’est l’heure du déjeuner.

L’ETB, une école technique à système d’internat, les filles n’y sont pas bien évidemment nombreuses. « Ici, et probablement comme ailleurs, les filles ne sont trop attirées par les filières techniques, encore moins dans une internat », explique l’encadreur.

Le défi de la disponibilité de l’eau

Vu de l’extérieur, l’ETB semble être une école avec des locaux intacts, mais, à y voir de plus près, les infrastructures sont dans piteux état et entretenues, tant au dortoir, au réfectoire qu’aux sanitaires. La propreté y laisse à désirer. L’eau, à l’ETB, est une grande préoccupation. « Nous faisons souvent face à des robinets à sec. Heureusement que nous avons une voiture qui nous aide à en puiser à l’extérieur du lycée. Mais j’avoue que c’est une grande préoccupation pour le bien-être de tous, et des élèves plus particulièrement », confie Didier Ntakarutimana.

Au corridor reliant les dortoirs pour filles au réfectoire, Fidia Habarugira, 20 ans, finaliste dans la section informatique de maintenance, est du second groupe au réfectoire. Elle nous accorde ses quelques minutes pour une petite entrevue, et nous brosse un peu sur la gestion des menstruations vis-à-vis des infrastructures du lycée : « Je dirai que la situation n’est pas alarmante. Les toilettes des filles sont très loin de ceux des garçons, tout prêt de nos dortoirs. Cela garantie notre intimité. Seulement, la propreté n’est pas assez rassurante. Les serviettes hygiéniques utilisées, nous les mettons dans un carton approprié, puis un travailleur les brûle systématiquement. »

Fidia fait cependant savoir que l’indisponibilité de l’eau ne fait pas l’affaire, surtout durant la période menstruelle : « Normalement pendant les menstrues, chaque fille devrait prendre une douche 3 fois par jour et changer de serviette après s’être lavé. Mais cela n’est pas pratiquement possible quand on n’a pas de l’eau dans les robinets, ce qui entache notre hygiène menstruelle. »

Dans l’un des établissements visités lors du reportage du Magazine Jimbere…

Des toilettes moins propres, le grand danger

A l’école Comibu de Kayanza, de vocation musulmane, l’hygiène est prise très au sérieux, surtout celles des jeunes filles. « Ce n’est pas un aspect à négliger. Une élève qui rate les cours à cause des menstruations ou les infrastructures qui ne garantissent pas la propreté, serait un échec pour notre école », indique Moussa Habonimana, encadreur. Et de préciser que les toilettes y sont entretenues de façon très régulière en plus d’être suffisantes, tant pour les garçons que pour les filles : « Nous impliquons également les élèves dans cette propreté ». Il fait également savoir que pour une bonne collaboration entre élèves et responsables d’écoles, les filles ont une tante éducatrice, chargée de leur bien être à l’école, y compris la gestion de leur menstruation.

Au lycée Mwumba de la province Ngozi, les infrastructures sanitaires ne sont pas rassurantes. A 5 mètres des toilettes, une odeur suffocante accueille tout passant. Difficile d’accéder à ce lieu d’aisance. Des déchets infestent les lieux. « Ce n’est pas sain pour nous. Ces toilettes sont une porte ouverte aux infections. Il est difficile d’observer la propreté quand l’eau n’est pas disponible », s’indigne Diela Manirakiza, élève de la 2nde économique. Effectivement, à notre passage, les robinets étaient à sec, et c’est assez fréquent, comme le révèle la jeune Diela.

Quant à la gestion de leur hygiène menstruelle au niveau de l’école, elle fait savoir que n’est pas chose facile : « Celles qui vivent près de l’école préfèrent rentrer pour se changer, d’autres empruntent les toilettes du voisinage où l’eau est disponible pour se laver. Mais on ne peut pas nier qu’il y’en a qui restent dans leur état, jusqu’à ce qu’elles rentrent. Cela a des conséquences car elles peuvent contracter des maladies infectieuses. »

Toilettes archaïques au lycée communal Karemba

Ce lycée de la commune Itaba, vers la sortie de la province Gitega, est visiblement calme. Les classes ne sont pas engorgées comme la majorité d’autres écoles du pays. Chaque classe contient au maximum 30 élèves. Leonidas Nihangaza professeur à ce lycée, explique cela par la pluralité des écoles. Il indique également que les collines de cette localité ne comptent pas beaucoup de jeunes par rapport aux autres communes de Gitega.

Au niveau sanitaire et infrastructures, le lycée Karemba est très en arrière. Pas de robinets modernes pour eau potable. Ils utilisent l’eau des rivières. Quant aux toilettes, on ne peut les apercevoir par un simple cout de regard. Ce sont de minimes huttes en tôles, avec des puis construits à l’ancienne, et des dalles faites de branches d’arbres. « Les élèves, surtout les jeunes filles préfèrent aller dans le voisinage. Avec ce manque d’eau, leur santé est menacée. Les toilettes modernes et l’eau propre sont une grande préoccupation pour le lycée, mais il s’est avéré que cela dépasse nos moyens », fait savoir un encadreur sur place.

A l’Ecofo Nkayamba, au chef-lieu de la province Rumonge, la grande préoccupation est l’insuffisance des toilettes par rapport au nombre d’élèves. « Nous avons un effectif de 774 élèves dont 303 filles. Tous se partagent 4 pièces de toilettes, et en très mauvais état. Cela entache l’hygiène, surtout celle des filles », annonce Sadiki Nduwayo, directeur de cette Ecofo.

Et de conclure en lançant un cri d’alarme aux bienfaiteurs pour la construction des nouvelles toilettes modernes pour le bien être des élèves.

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